Sénégal: Lire ou relire - « Racines » de Idrissa Sow Gorkoodio

Publiée à Dakar aux éditions Dieylani, cette prose poétique éponyme au roman d'Alex Halley exhale le parfum de la Négritude à travers des fresques du passé et de l'actualité.

« Oui à l'unité africaine à la dignité de la race noire / Pour une humanité meilleure ! », par ce cri, le poète sénégalais Idrissa Sow Gorkoodio remémore les valeurs patrimoniales du continent africain. Nostalgique d'une enfance radieuse, il plaint le contraste actuel d'un âge de souffle démolisseur qui occasionne une grande déchéance.

Sur les traces de Léopold Sedar Senghor, le poète s'élance, à l'image des griots, dans un discours incantatoire, lyrique et épique. Le recueil compte cinq parties ou « effluves » selon la terminologie même du poète. Il rappelle à travers une geste la tragédie du premier décembre 1944, au cours de laquelle environ soixante-dix tirailleurs africains fut fusillés par l'armée française parce qu'ils réclamèrent le paiement de leurs primes de démobilisation. Une telle injustice ne doit jamais être enterrée, pense-t-il, non pour susciter des sentiments vengeurs, mais plutôt pour montrer aux yeux du monde les fautes graves qu'il faut éviter de répéter dans l'histoire, au nom de la sacralité de la vie et de la dignité humaine.

Dans le même sillage, il inscrit au panthéon les personnages marquant de l'histoire des peuples noirs opprimés. Mamadou Dia, Senghor, Omar Sankharé, Lumumba, Sankara, Mandela, Chaka, Samory, Nkrumah, Cabral, Simon Kimbangu, père Tempels, Cheik Anta Diop, Obenga...

L'auteur dénonce le mal social qui perdure et empêche l'épanouissement de l'enfant, du jeune et surtout de la jeune fille africaine, alors que les droits de l'Homme sont partout adoptés comme principes fondateurs des institutions. « Des filles à la carrière scolaire prometteuse sont sans cesse sacrifiées à l'autel des mariages forcés et des grossesses précoces » s'indignent-il (p. 30). Ou « Je rêve que mes quatre petits-enfants noirs vivent un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère... » (p. 20).

Idrissa Sow Gorkoodio fait l'éloge de la femme en général et de celles qui se sont distinguées avec noblesse en particulier. Il s'agit, entre autres, d'Akhenaton, Caroline Faye, Mariama Bâ, Winnie Mandela, Aretha Franklin, Rosa Parks, Wangari Mathaï, Suzanne Césaire, Anna Zignha de Matamba, Aline de Kabrousse, Colette et Paulette Nardal.

Le Pr Mamoussé Diagne déclare dans sa préface : « On l'aura compris, le cœur du poète est vaste, et ses bras ouverts accueillent sans aucune discrimination ni d'ethnie, ni de couleur, ni d'époque, ni de localisation, ceux et celles qui ont forgé un destin grandiose à l'Afrique ». Poète panafricaniste, Idrissa Sow Gorkoodio se fait le chantre de la paix en faveur des nations africaines endeuillées par des crises politiques, notamment pour la Centrafrique qu'il défend à travers le poème « Rédemption » (p. 65). Ce recueil a bénéficié de la postface de l'écrivain congolais Pierre Ntsemou.

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