Cote d'Ivoire: L'éditorial de Venance Konan - ... C'est un comportement

30 Juillet 2021
éditorial

« La paix, ce n'est pas un vain mot, c'est un comportement. » Ainsi parlait Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d'Ivoire indépendante, père de la nation ivoirienne. Il y a deux jours, le Président de la République Alassane Ouattara a reçu son prédécesseur Laurent Gbagbo, qui avait, il y a onze ans, refusé de reconnaître sa défaite à l'issue de l'élection présidentielle. Cela avait entraîné la Côte d'Ivoire dans une quasi guerre civile qui avait coûté la vie à environ trois mille personnes, si l'on s'en tient aux chiffres officiels fournis par l'ONU. La communauté internationale avait dû intervenir vigoureusement pour faire cesser les combats qui devenaient de plus en plus meurtriers, et Laurent Gbagbo et ses proches avaient été bombardés dans sa résidence. Il fut plus tard détenu dans le nord du pays, avant d'être envoyé à la Cour pénale internationale qui le soupçonnait de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Après près de dix ans de procès, Laurent Gbagbo a été innocenté, faute de preuves suffisantes, et il est rentré au pays.

Il y a deux jours, Laurent Gbagbo s'est rendu au palais présidentiel qu'il avait occupé durant dix ans. Il a rencontré le Président de la République avec qui il chemina politiquement pendant quelques années avant que leurs chemins ne divergent et qu'ils ne deviennent d'irréductibles adversaires politiques. Ils se sont embrassés, tutoyés, se sont pris par la main, ont plaisanté, échangé de bons mots en rappelant qu'ils étaient des amis, et promis de se revoir dans l'intérêt de la Côte d'Ivoire et des générations actuelles et futures.

Se sont-ils vraiment réconciliés ? Nous osons le croire. Et nous y croyons d'autant plus fort que nous en avons besoin. Ceux qui comme nous ont connu les années Houphouët-Boigny ont vécu dans une Côte d'Ivoire en paix avec elle-même et avec ses voisins. Oh, il y eut des moments de frictions, même de grosses mésentente, mais nous sûmes les surmonter sans trop de casse. Il est vrai qu'il y eut l'aura et l'autorité du chef d'alors, mais il y eut aussi le contexte. Nous étions en période de parti unique.

Après la mort du chef il y eut le multipartisme et la mésentente, la zizanie et la lutte pour le pouvoir. Sautons toutes les étapes que nous connaissons tous pour nous arrêter à ce jour du 11 avril 2011 où Laurent Gbagbo fut arrêté en compagnie de son épouse Simone. Les images ont fait le tour du monde. Laurent Gbagbo a passé de longues années en prison, loin de son pays et des siens. Revenu dans son pays il y a quelques semaines, il avait toutes les raisons de haïr certaines personnes, dont le Chef de l'Etat et son allié d'alors, Henri Konan Bédié qui l'avaient envoyé croupir dans une geôle pour le restant de sa vie de l'autre côté du « grand fleuve. »

Laurent Gbagbo a passé toutes ces années en prison parce qu'il avait refusé la victoire d'Alassane Ouattara. Moralement on n'aurait pas pu lui reprocher de n'avoir pas été saluer Alassane Ouattara après avoir été blanchi par la justice internationale. Peut-on reprocher à un ancien prisonnier de ne pas saluer celui qui l'y a envoyé ?

La réconciliation, ce n'est pas un vain mot, c'est un comportement. Laurent Gbagbo a eu le comportement que l'on attendait d'un homme qui avait placé la réconciliation et la paix dans son pays au-dessus de son amour-propre, de son égo et de ses ressentiments, de ses souffrances. Comme l'avait fait en son temps Alassane Ouattara, lorsqu'il se réconcilia avec Henri Konan Bédié. Lequel en avait fait de même en recevant Laurent Gbagbo chez lui. Oui, chacun de nos grands leaders a eu le comportement de la réconciliation, de la paix, de l'union entre les fils de ce pays. Il appartient aux suiveurs de ces trois grands hommes que nous sommes tous pour la plupart d'entre nous, militants des différents partis politiques, journalistes militants et autres, de nous inscrire dans leur démarche en ayant le comportement et surtout les mots de la réconciliation, de la paix. Cela nous impose, si nous ne voulons pas être en porte-à-faux avec nos leaders, d'avoir les paroles, les gestes et les attitudes qui sont en conformité avec cette réconciliation tant chantée. Depuis les rencontres entre Laurent Gbagbo et ses anciens adversaires politiques, ils sont nombreux à avoir dit ou écrit « ils sont donc morts pour rien, ceux qui sont morts en se battant pour l'un de ces hommes contre l'autre. » Tout à fait. Houphouët-Boigny est mort il y a déjà plusieurs décennies. Et nos problèmes ont commencé après sa disparition.

A cause des trois grands leaders actuels que sont Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. Mais ils ne nous demandaient pas de mourir pour eux. C'est du moins ce que nous croyons. Ils nous demandaient plutôt de vivre pour construire la Côte d'Ivoire avec eux. Pourquoi ne changerions-nous pas désormais de logiciel pour rebâtir ensemble ce pays, en enlevant la haine de nos cœurs, grâce à l'entente retrouvée entre nos trois leaders réconciliés, vraiment réconciliés, réellement réconciliés ?

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