Ile Maurice: Mahébourg - Quand foire rime avec désespoir

À cette heure de la journée, soit à 10 h 30, ces ruelles sont habituellement bondées non seulement de forains mais aussi d'acheteurs. Or, depuis quelque temps, ces derniers semblent bouder la foire de Mahébourg. Au grand regret des commerçants.

«Il m'est arrivé de terminer la journée avec une seule vente», confie Azim Neemajee, vendeur de t-shirts et de shorts depuis plusieurs années. Mais les temps sont devenus très durs. «Mes articles datent du début de l'année et je ne les ai pas encore écoulés.»

Hormis ces problèmes de vente, il décrit une autre situation : celle de l'emplacement où il se trouve. «Nous sommes sur le chemin. S'il pleut, nous devons tout ramasser car ce chemin se transforme vite en piscine. Pourtant, nous payons une redevance au conseil de district pour occuper les lieux.»

Il n'est pas le seul à déplorer les conditions dans lesquelles ils doivent travailler. Beaucoup se plaignent de l'accumulation d'eau mais aussi des minibus qui obstruent les rues latérales où leurs commerces se trouvent. «Plusieurs marchands illégaux viennent vendre leurs produits. Nous en avons informé les responsables du conseil de district ou encore les inspecteurs qui surveillent régulièrement nos stands. Mais personne ne fait rien», ajoute Mamade.

Ce marchand se plaint aussi des toilettes qu'ils doivent utiliser. «Elles ne sont pas propres et parfois dépourvues d'eau. Imaginez notre situation, d'autant que nous devons passer une journée dans ces lieux.»

Produits de base

Pour Vijendra Ramalingum, les clients se font rares car beaucoup se retrouvent dans une situation financière difficile. «Beaucoup n'achètent que les produits de base. Alors que nos produits qui sont pour la plupart des vêtements, des ustensiles de cuisine, des produits artisanaux, entre autres, personne ne semble en avoir besoin.»

Il attend l'arrivée des touristes pour espérer sortir la tête hors de l'eau. «Avec le Covid-19, c'est vraiment difficile. Nos meilleurs clients sont les Réunionnais. Comme ils sont en vacances en cette période, ils avaient pour habitude de venir acheter nos produits. Mais voilà plus d'un an qu'ils ne viennent plus.»

Cet état de choses les révolte encore plus car ils n'ont pas le droit de travailler en dehors de cette foire. «Une loi a été passée pour que nous ne puissions travailler qu'à une seule foire. Donc, si nous travaillons à Mahébourg, il nous est désormais impossible d'aller travailler à la foire de Rose-Belle comme c'était le cas avant», explique Manoj Bahadoor, porte-parole des marchands des deux foires.

«En gros, avec quatre jours de travail par mois, nous devons faire rouler notre cuisine et notre maison. Pourquoi l'on ne nous laisse pas travailler ? On ne demande rien d'autre, même pas de subvention.» Il est outré quand il voit, en fin d'année, des fonctionnaires qui viennent vendre des produits.

«Ils ont eu un permis et prennent nos clients alors qu'ils touchent déjà leur salaire à la fin du mois.» La foire de Mahébourg a perdu de son éclat. Le confinement et le naufrage du MV Wakashio ont contribué à encore plus les mettre à genoux.

Un nouveau bazar en construction

Une nouvelle foire est en voie d'être construite. Elle se situera à côté du stade Harry-Latour. Les travaux ont démarré en début d'année et devraient se terminer vers la fin d'avril 2022. Son coût tourne autour de Rs 105 millions. Elle pourra accueillir quelque 630 forains. Elle devrait offrir des facilités comme des toilettes et un meilleur stationnement pour les commerçants.

Frais d'étals: les forains dans le flou, le ministère rassure

Depuis la réouverture des foires et marchés, la foule est absente, au grand dam des commerçants. En plus du manque de clients et de revenus, ils disent craindre pour leur avenir, d'autant qu'ils ont jusqu'au 31 juillet pour payer leur tenant fee, même pour les mois de confinement.

Pour Manoj Bahadoor, cette requête des autorités est irréalisable. «À cause du confinement, cela fait près de quatre mois que nous n'avons pas travaillé. Les économies que nous avions ont été utilisées pendant cette période.»

Le porte-parole des marchands de la foire de Mahébourg et de Rose-Belle explique qu'ils devront s'acquitter d'une amende de 25 % du tarif à partir du 2 août, s'ils n'ont pas payé leur redevance au 31 juillet. «Nous ne demandons pas de subvention aux autorités mais uniquement de nous comprendre. Nous investissons notre propre argent pour nos produits, mais laissez-nous respirer un peu. Le stress commence à gagner toutes les familles de ce secteur.»

Quatre-Bornes aussi

Ils ne sont pas les seuls à faire face à ce problème. Les marchands de la foire de Quatre-Bornes sont concernés également, à l'instar de Lawkesh Dawodal qui y travaille depuis bientôt trois ans. «Pour opérer dans la foire, on nous met la pression pour payer. L'argent fait défaut actuellement. Il ne faut pas oublier que ces derniers mois, nous n'avons pu travailler car on nous l'avait interdit.» Comme lui, nombreux se demandent où trouver l'argent pour payer ce tenant fee.

Même son de cloche à Flacq. «La dernière fois que nous avons payé pour notre étal c'était en février», soutient un marchand de la région, qui confie que plusieurs d'entre eux n'ont pas reçu d'assistance financière pour les mois durant lesquels ils n'ont pas pu travailler.

Cabale

Au niveau du ministère des Collectivités locales, l'on balaie d'un revers de main ces interrogations. «Une mauvaise communication a circulé. Le gouvernement ne peut rester insensible à la situation de ces maraîchers qui n'ont pas travaillé pendant plusieurs mois. Nous avons demandé que le tenant fee ne soit pas payé pour ces mois où ils n'ont pas exercé. L'on arrive à se demander si ce n'est pas une cabale montée de toutes pièces par l'opposition pour faire croire que l'État n'a pas à cœur la situation des Mauriciens», soutient un préposé du ministère.

Il confirme que pour les mois de mars à mai, tous les forains et marchands ont été exemptés du paiement de tenant fee.

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