Ile Maurice: Éclairage - Incursion dans l'univers d'un gang

Gang, ce mot anglais signifiant bande organisée de malfaiteurs, a barré la une des journaux cette semaine, du fait qu'un videur ait été abattu par balle. Et selon les premières informations obtenues, il s'agit d'un règlement de comptes entre gangs. A quoi ressemble un gang local ? Qui en fait partie et comment fonctionne-t-il ? Nous avons tenté d'en savoir plus...

La discrétion est le maître mot de ses membres. Non seulement notre interlocuteur, qui fait partie d'un de ces gangs, tient à tout prix à garder l'anonymat mais il a préféré aussi, dans un premier temps, opter pour des échanges par personnes interposées. Ce n'est qu'au moment où il s'est senti suffisamment en confiance qu'il a accepté de nous parler directement. Mais la loquacité n'est pas son fort. De plus, pour que l'on n'arrive pas à le retracer, il nous a parlé à partir d'un téléphone qui n'est même pas le sien. C'est dire le degré de méfiance. «A chaque fois qu'il y a une information liée à un gang qui est rendue publique, on est tous pointés du doigt», dit-il pour se justifier. Puis, la confiance est difficile à gagner dans ce milieu.

Notre source, qui refuse de dévoiler son âge, explique que ces groupes sont baptisés «gangs» par les autres. Ce n'est pas l'appellation qu'ils se donnent ou utilisent lorsqu'ils parlent d'eux. «Nous ne sommes pas un gang. Juste un groupe.» Quelle est la différence ? «Nous, lorsqu'on parle de gangs, ce sont plutôt des groupes religieux», dit-il. Et son groupe à lui ? Il n'a strictement rien à voir avec Dieu. «Me pa vedir nou fer seki pa bizin», s'empresset-il d'ajouter, en devançant notre question. Donc, son groupe fait quoi au juste ? Il assure la sécurité des événements ou des lieux principalement, surtout quand il s'agit de rassemblements nocturnes. Notre interlocuteur pèse bien ses mots. «Se bann fet ki lapolis pann rod donn lotorizasion».

Mais son groupe et lui ne s'adonnent pas qu'à de la surveillance déguisée. Sans dire qu'il s'agit de règlements de compte, il dit qu'ils sont souvent sollicités pour «mettre de l'ordre». C'està-dire ? «Pa pé dir fer taper la. Me parey kouma ou, kan enn fami ou enn kamarad dan problem, ou pa ale ed li ? Si li pé gagn problem ek kiken, ou pran so part ? Nou fer parey». Une fois de plus, il insiste qu'il n'est pas question de règlement de comptes ni d'intimidation.

Ce que les autres font, il ne souhaite pas l'aborder, même lorsque nous insistons. Nous devons donc prendre un moyen détourné pour le faire parler. Souvent, lorsqu'il s'agit de gangs, le lien avec la drogue n'est jamais bien loin. Là encore, notre interlocuteur parle «d'amalgame facile». Il y a des groupes comme le sien, puis, il y a les barons de la drogue. Ce sont deux mondes différents, affirme-t-il. Ceux-là ont une organisation différente et hiérarchisée avec le baron à la tête, ses hommes de confiance, ses distributeurs, «jockeys» et bien d'autres. «Dan mo cas, nou pé koz enn group ki kouma enn group kamarad.» Sans hiérarchie, donc ? Sans hiérarchie officielle, réplique-t-il. Oui, il y a bien une sorte de chef que les gens appellent pour des contrats de surveillance ou pour «met enn lord parla». Mais les autres sont tous au même niveau et se mobilisent en fonction de leur disponibilité.

Cette organisation interne mène à une autre question : comment se constitue un tel groupe et comment de nouveaux membres sont-ils recrutés ? A l'écouter, il n'y a pas de recrutement, mais d'adhésion. Cela a toujours été le cas dans ce groupe, qui compte une trentaine de membres. Il y a les amis et les connaissances de ceux qui font partie du groupe et qui, de temps en temps, sont appelés en renfort. Et progressivement, ceux-là finissent par en faire partie intégrante, dépendant de leurs performances. «Par performance, je veux dire la manière dont ils surveillent une soirée comme, ne pas céder aux avances des invités, ne pas boire, soit les mêmes règlements qui sont généralement imposés aux videurs officiels»

Et à quel moment sont-ils appelés pour «met lord» ? Là encore, il ne fournit pas de réponse claire. «Si zot parla, nou dir zot vini kan nou pé ale fer ene letour... ». Pour en revenir à l'origine du groupe, lui-même ne peut l'expliquer clairement. Ce sont quelques-uns de ses amis qui, à force de traîner ensemble, ont fini par devenir un groupe soudé. Ce n'est pas un travail à plein temps, et tous les membres ont leur vie personnelle, de même qu'un emploi, précise-t-il. Lui, il gagne sa vie comme tôlier.

N'est-ce pas un peu trop rose cette situation qu'il dépeint ? Et surtout, quelle est la nécessité de marcher avec des armes si leur objectif est simplement d'assurer la surveillance et un peu de «met lord» ? Possède-t-il un katana ? Notre interlocuteur parle de «caricature». Les katanas sont rares, précise-t-il, et ceux qui postent, sur les réseaux sociaux, des photos d'eux avec un katana, possèdent souvent des versions décoratives de cette arme japonaise. Mais il finit par avouer que oui, les membres du groupe possèdent souvent des armes tranchantes. «Ena sab, enn laserp. Mé pa servi pou bat dimounn. Tou dimounn kav ena sa». Les emportent-ils lorsqu'ils vont aider leurs amis, qui appellent à l'aide ? Non, dit-il, affirmatif. Il se peut que d'autres groupes fonctionnent autrement. Mais lui, il n'en a jamais vu. Quant aux armes à feu, il répond sans détour que ceux qui en possèdent font partie de réseaux et ont des contacts haut placés, car posséder une arme à feu n'est pas à la portée de tous. Qui sont-ils ? Nous n'en saurons pas davantage...

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