Congo-Kinshasa: Catholiques et protestants à la CENI - Trois cycles électoraux chaotiques... ça suffit !

30 Juillet 2021

Considérée hier comme l'apanage de seuls acteurs politiques, la manie des prolongations a fini par toucher le monde des religieux, qui passaient jusqu'ici pour des modèles de la société. Soudain, l'adage biblique qui énonce « Tu vois seulement la paille qui est dans l'œil du voisin, mais ne vois pas la poutre qui est dans ton œil», s'accomplit.

Alors qu'ils occupent le premier rang de ceux qui exercent des pressions sur le gouvernement pour que les élections prochaines se tiennent dans le délai constitutionnel, les représentants des confessions religieuses semblent oublier que le respect du calendrier électoral est la conséquence du respect de toutes les étapes y afférentes. Ils continuent à faire monter des enchères pour des raisons que l'opinion ignore, pendant qu'ils sont au-delà du délai leur imparti pour désigner le président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

D'après certaines indiscrétions fuitées de la réunion des confessions religieuses, ce sont les représentants des églises catholique et protestante qui bloquent la machine. Ils refusent de s'incliner devant le choix de la majorité des confessions, soit 6 sur un total de 8 admises à cet exercice. N'eut été ce blocage expressément entretenu par les catholiques et les protestants, la fumée blanche serait aperçue dans le délai.

CENCO et ECC : rotation, SVP !

On rappelle en passant que le consensus avait été adopté comme mode d'arbitrage pour la désignation du président de la centrale électorale, choix dévolu aux délégués des confessions religieuses. Et suivant ce principe de rotation, les catholiques et protestants devraient tout logiquement s'abstenir des débats sur l'oiseau rare attendu pour succéder à Corneille Nangaa, du fait que ces deux confessions ont déjà occupé chacune deux fois la présidence de la Ceni depuis l'instauration du cycle électoral en 2006. Curieusement, constate avec stupéfaction l'opinion, ce sont elles qui font monter les enchères et prennent l'ensemble des Congolais en otage comme si elles disposaient du veto sur toutes les autres confessions religieuses jouissant du même droit.

Pour rappel, le tout premier président de la centrale électorale fut un catholique, en la personne d'Apollinaire Malumalu qui avait organisé les deux tours de la présidentielle, les législatives nationales et provinciales de 2006. Il a été rappelé au même poste en 2012 et était mort en fonctions.

Les protestants, à leur tour, ont aussi déjà occupé la présidence de cette institution d'appui à la démocratie avec notamment Daniel Ngoy Mulunda et Corneille Nangaa. Ce dernier fut coopté après la mort en fonctions d'Apollinaire Malumalu.

Comme on peut le constater, le principe de rotation étant acquis, les catholiques et protestants devraient logiquement se retirer de la course et donner aussi la chance aux autres de montrer de quoi ils sont capables.

Bilan catastrophique

Par ailleurs, personne n'ignore la prestation des délégués catholiques et protestants qui ont eu à occuper la présidence de la centrale électorale en organisant les trois cycles électoraux réputés chaotiques.

Les élections de 2006, organisées par un délégué catholique, ont été manquées par la guerre aussi bien au premier qu'au second tour de la présidentielle, sans compter de nombreuses irrégularités qui avaient entaché les résultats des législatives nationales et provinciales.

En 2011, les résultats de la présidentielle ont été jugés de manière unanime chaotiques.

En 2018, l'opinion se rappelera de cet aveu d'impuissance du président de la Cour constitutionnelle, Benoît Lwamba, en guise de mea culpa, face à la multitude des contentieux électoraux qui n'en finissaient pas.

Bizarrement, tous ces cycles électoraux jugés chaotiques ont été organisés par les représentants de ceux-là qui pensent continuer à dicter leur loi aux autres malgré les échecs patents récoltés par leurs représentants.

Plus donneurs de leçons que modèles

Les bons diseurs ne sont toujours pas de bons faiseurs, dit-on. Cet adage a fait ses preuves en République Démocratique du Congo, au regard des chaos ayant marqué l'organisation de trois cycles électoraux que le pays a connus jusqu'ici. Curieusement, ils ont été pilotés t par les représentants de ceux-là qui passent pour des donneurs des leçons.

Fraudes massives, doublons, fictifs, électeurs, mineurs, militaires et policiers, étrangers... toutes ces irrégularités constituent un dénominateur commun des trois cycles électoraux que la RDC a enregistrés à ce jour.

Certains de ceux qui parlent et critiquent aujourd'hui avaient pris une part active à ces irrégularités et s'étaient tus devant ce qui paraissait comme scandale. Et aujourd'hui, ils tentent de se faire passer pour de petits saints, croyant que le gens n'ont pas de mémoire pour oublier si vite les événements d'un passé assez récent !

En 2006, par exemple, la représentante du parti de Jean-Pierre Bemba, Mme Ebengo Mika, occupant le poste de premier vice-présidente de la centrale électorale, était restée bouche cousue face aux fraudes que dénonçait son camp. Alors que c'est elle qui devrait éclairer la lanterne en disant la vérité des urnes aux Congolais. Malheureusement, elle avait opté pour le silence jusqu'à présent. Idem pour les élections chaotiques de 2011, où le même phénomène s'était répété. Le professeur Jacques Djoli avait choisi le çamp du silence alors que c'est lui qui devait dire à vérité aux Congolais. Mais, aujourd'hui, il reprend des critiques dans le cadre du G13, oubliant qu'il porte une lourde responsabilité devant l'histoire dans cette déconfiture électorale ayant fait des morts.

Halte au régionalisme subversif

Il est étonnant que les hommes de Dieu, censés être modèles de la société, puissent se compromettre dans des considérations de bas étage indignes de leur rang. La culture paroissiale n'a pas sa place en démocratie, elle est son antithèse.

Recourir aux vieilles pratiques décriées et propres aux politiciens en mal de positionnement pour éliminer un adversaire, est une lâcheté aux conséquences incalculables.

Sur ce point, il importe de rappeler qu'il n'y a pas longtemps que des discours xénophobes tenus par certains prêtres catholiques aux allures de haine tribale, avaient fait des morts à Kinshasa et dans quelques provinces du pays. Curieusement, la hiérarchie de l'église n'a jamais présenté des excuses aux fidèles pour ce comportement xénophobe qui sème la désunion en vue de solliciter le pardon de Dieu pour l'acte commis. Toutes les réunions et assemblées générales de la CENCO qui se sont succédé au lendemain des élections de 2018 jusqu'à présent, aucune allusion n'a été faite à cette question. Et à la surprise générale, les mêmes discours semblent revenir en force.

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