Madagascar: Contre le tapage, appeler le 0202228170

C'est mon marronnier : j'associe le bruit au désordre, le vacarme au laisser-aller, le tapage à la barbarie. Pour mémoire, et pour ne retenir que les titres les plus explicites, en des hashtags implicites : Chut ! (04.12.2012), La civilisation du silence (01.08.2017), Ce peuple qui murmure (01.02.2018), C'est tellement vulgaire le bruit (23.05.2019), La chasse au bruit (19.09.2019).

Le bruit est un problème de santé publique : à la suite de l'OMS (Organisation mondiale de la Santé), le Gouvernement malgache devrait sanctionner ce diagnostic par une législation idoine. C'est une question de vie ou de mort, comme la désertification du Sud ou l'étiage de l'Ikopa. Tellement plus existentiel que la (théorique) séparation ou (l'encore plus hypothétique) équilibre des pouvoirs dans la Constitution. Éminemment vital au même titre que l'indispensable sauvegarde de l'exceptionnelle biodiversité malgache.

Karaoké, veillées funèbres, «famadihana» ou «famorana» à fond d'amponga, voitures aux moteurs trafiqués, motos et scooters à échappement libre, klaxons intempestifs, pétards et vuvuzélas qui devraient être interdits à l'importation, carnavals publicitaires, le grand cirque à casseroles d'une propagande électorale, les hauts-parleurs qui déversent leurs versets sur la voie publique : à la vitesse du son, pardessus les murs, cette petite musique indésirable ne doit jamais envahir l'espace vital d'autrui.

L'ouverture d'un karaoke ou d'une boîte de nuit, sinon d'un lieu de culte, dans un quartier déjà habité, ne peut pas se faire au détriment du calme, de la tranquillité, du confort, des primo-arrivants. Comme les tubercules, il faut donc enterrer et aménager en souterrain les sources de nuisances sonores. Ou les enfermer dans un bunker avec seule possibilité pour les échos de se renvoyer entre quatre murs.

Dans cette guerre aux décibels, il faudra de la cohérence et épuiser certaines logiques. Contre la pétarade intempestive d'un moteur : remonter au garagiste qui a libéré l'échappement. Contre la camelote accoustique, dont la molette s'est détraquée à fond de volume, assurer la traçabilité jusqu'au magasin fournisseur et l'importateur. Équipements, accessoires et gadgets, doivent se conformer aux nouvelles normes anti-tapage pour franchir les frontières.

«Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquilité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé» : c'est à l'article R1334-31 du Code de la Santé Publique en France. Le législateur malgache, plutôt que d'abolir la peine de mort ou de bricoler la nationalité malgache, pourrait s'intéresser à un problème actuel, très quotidien : l'atteinte insidieuse du tintamarre diurne et du tapage nocturne au «moral de la nation». Entre autres menaces, cette érosion par le bruit vulgaire érodera progressivement et emportera inéluctablement notre mode de vie.

De 69 à 72 décibels : voilà à quoi tient la certaine idée d'un vivre-ensemble qui était la civilisation telle qu'on la pleurera trop tard une fois qu'elle aura disparu.

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