Congo-Kinshasa: Présidence CENI - Etude comparative des profils des candidats Denis Kadima et Cyrille Ebokoto

Après le raté de juin-juillet 2020 avec la désignation controversée de Ronsard Malonda Ngimbi, Secrétaire exécutif de la CENI sous Corneille Nangaa, considéré à tort ou à raison comme la cheville ouvrière de la fraude qui a émaillé les élections de décembre 2018, les confessions religieuses ont été conviées une année après au même exercice.

C'est-à-dire, doter la future Centrale électorale habilitée à organiser les échéances électorales de décembre 2023 d'un Président, parallèlement à la désignation des autres membres du Bureau et de la plénière par la classe politique représentée à l'Assemblée nationale et les autres forces de la société civile. Juillet 2021 n'a pas apporté non plus bonheur.

A la date butoir fixée par la chambre basse, soit le 28 juillet, les huit confessions religieuses commises à cette tâche, à savoir l'Eglise catholique, représentée par la CENCO, l'Eglise du Christ au Congo (ECC), l'Eglise kimbaguiste, la communauté islamique, les Eglises de réveil, l'Armée du salut et les Eglises indépendantes, étaient loin de s'accorder sur l'oiseau rare tant attendu pour succéder à Corneille Nangaa. Même la prorogation de 48 heures leur accordée n'y a rien changé.

L'Eglise catholique et l'ECC ont campé sur leur position de ne pas voir Denis Kadima accéder au poste de Président de la CENI au motif que, selon les informations dont disposait le Président de la CENCO, Mgr Utembi, le précité est proche du Président Félix Tshisekedi et qu'il y a eu, en outre, des menaces et des tentatives de corruption dans le chef des 6 autres confessions religieuses. Pour ces dernières, les allégations du prélat catholique n'engageaient que lui-même et, faute de consensus, le vote restait la seule voie de recours aux termes de l'article 17 de la charte régentant la plate-forme confessions religieuses.

A la reprise des pourparlers le 30 juillet après la suspension des travaux deux jours plus tôt, aucune avancée n'a été notée. Bien au contraire, les positions se sont davantage radicalisées avec la proposition jugée inopportune de Mgr Utembi appelant à la disqualification et du candidat de l'Eglise catholique Cyrille Ebokoto et de celui de l'Eglise kimbanguiste, Denis Kadima, soutenu par les 5 autres confessions religieuses.

Devant ce dialogue des sourds, un rapport, en guise de procès-verbal de non conciliation signé par toutes les parties, a été dressé et déposé par la suite à l'Assemblée nationale. Logique dans leur démarche, les 6 autres confessions religieuses ont dressé leur PV désignant Denis Kadima comme Président de la CENI et M. Bimwala, un salutiste, comme membre de la plénière. La balle est donc revenue à la chambre basse pour gérer cette patate chaude afin de lancer le processus électoral, dont le point de départ est l'installation des membres de la CENI.

À cet effet, le Président Christophe Mboso et ses collègues députés ont plusieurs outils, au nombre desquels la loi révisée portant organisation et fonctionnement de la CENI, résultant de la proposition de loi de Christophe Lutundula Apala, alors député.

Critères d'éligibilité et procédure de désignation des membres de la CENI

Promulguée le 07 juillet 2021 par le Président de la République, la loi dite Lutundula, qui modifie et complète une dizaine d'articles de la Loi organique n°10/13 du 18 juillet 2010, est précise en ce qui concerne les critères d'éligibilité et la procédure de désignation des membres de la CENI. Aux termes de l'article 12, les membres de la CENI sont choisis parmi les personnalités indépendantes reconnues pour leur compétence, intégrité morale, probité et honnêteté intellectuelle.

En complément à l'article 16 qui fixe le statut des membres et à l'article 17 qui soulève les incompatibilités avec la qualité de membre de la Centrale électorale, il est stipulé que «nul ne peut être désigné membre de la CENI s'il est ou a été cadre national ou provincial d'une organisation politique ou d'une organisation de la société civile affiliée ou alliée à une organisation politique au cours de 5 (cinq) années précédant sa désignation».

En ce qui concerne sa composition, la CENI compte 15 membres, à raison de 6 pour la Majorité, 4 pour l'Opposition et 5 pour Société civile, dont 2 désignés par les confessions religieuses, 2 par les organisations d'observation et d'éducation électorales et un par les organisations féminines de défense des droits de la femme. Les confessions religieuses et les organisations de la société concernées sont celles ayant la personnalité juridique, une existence effective sur le terrain et une expérience avérée en matière d'organisation, d'observation ou d'éducation électorales.

Cette désignation, qui tient compte de la parité Homme-Femme, de la jeunesse, et de la représentativité provinciale, ne se fait pas de manière arbitraire. Pilotée par l'Assemblée, elle suit une procédure prescrite par la loi, séquencée comme suit : l'assemblée plénière de l'Assemblée nationale adopte, dans le respect de la loi organique/CENI, le calendrier de désignation proposé par la Conférence des présidents ; selon ce calendrier, les composantes se réunissent pour désigner les membres de la CENI conformément à l'article 10 de la loi. Elles transmettent à l'Assemblée nationale pour entérinement les procès-verbaux de désignation et les pièces y afférentes ; l'Assemblée nationale réunie en plénière crée une Commission paritaire Majorité-Opposition chargée d'examiner les dossiers individuels des personnes désignées au regard des conditions et critères légaux.

La Commission les auditionne en présence des délégués des composantes qui les ont désignées ; la Commission paritaire soumet pour approbation son rapport à l'assemblée plénière de l'Assemblée nationale ; les désignations non entérinées sont notifiées par le Bureau de l'Assemblée nationale à la composante concernée pour désigner de nouvelles personnes. Les nouvelles désignations suivent la même procédure d'entérinement ; le Bureau de l'Assemblée nationale transmet au Président de la République la liste des désignations entérinées pour investiture des personnes concernées.

Quel profil pour le candidat Président de la CENI et comment est-il désigné ? Sus-évoqué, l'article 12 de la loi organique de la CENI fixe les critères d'éligibilité au sein de la Centrale électorale au premier desquels la compétence avec tout ce qui lui est lié, notamment, la qualification, l'expérience, les charges assumées et les prouesses réalisées. C'est le critère-clé, de fond, autour duquel gravitent les autres, de forme, mais qui ne sont pas moins importantes.

Dans ce cas, évaluer les prétendants à tel ou tel autre poste revient à les passer au peigne fin par rapport à ces critères de manière décroissante. Des candidats seront ainsi éliminés au fur et à mesure. Les profils des deux candidats à problème, à savoir Cyrille Ebokoto, candidat de l'Eglise catholique, et Denis Kadima, candidat de l'Eglise kimbanguiste, méritent d'être passés au crible afin de se rassurer sur les atouts de l'un et de l'autre pour piloter la future CENI. Leurs CV obtenus sur la toile ont conduit à l'élaboration du tableau ci-dessous :

En principe, c'est après avoir évacué le critère compétence que l'on peut passer au fur et à mesure aux autres aux fins de maintenir en définitive le meilleur d'entre les candidats, car on ne peut diriger la CENI uniquement sur base, par exemple, d'indépendance, mais sans compétences avérées sur le plan électoral.

Sur le palier d'indépendance, la loi est claire en ce qu'elle souligne que «nul ne peut être désigné membre de la CENI s'il est ou a été cadre national ou provincial d'une organisation politique ou d'une organisation de la société civile affiliée ou alliée à une organisation politique au cours de 5 (cinq) années précédant sa désignation». C'est sur base de cette disposition légale que devait s'évaluer le critère d'indépendance. Est-ce que Denis Kadima et Cyrille Ebokoto appartiennent à des partis politiques ou à des organisations de la société civile affiliées à des partis politiques ? Il ne suffit pas seulement de l'affirmer, mais il convient d'en administrer la preuve, notamment la carte de membre ou l'acte d'adhésion.

Les deux précités peuvent-ils avoir des préférences entre les partis politiques qui existent ou en sont sympathisants ? C'est possible, mais cela n'a rien à voir avec la qualité de membre d'un parti politique. En effet, tous ces chefs religieux votent pour tel ou tel autre leader politique ou pour tel ou tel autre parti politique, sans être nécessairement membres. Le vote exprimé ne leur attribue pas pour autant la qualité de membres d'organisations politiques?

Il est facile pour Mgr Utembi, comme le Cardinal Fridolin Ambongo autrefois, de dire que selon les informations en leur possession, il s'avère que Denis Kadima est proche du Président Félix Antoine Tshisekedi et qu'il y a eu des menaces du pouvoir et des tentatives de corruption dans le chef des confessions religieuses.

À la limite, ce sont des imputations dommageables, car leurs déclarations ne sont pas une parole d'évangile. Ils peuvent manipuler l'opinion comme on peut aussi les manipuler. La preuve, c'est qu'en 2020, l'Eglise catholique a fait un mea culpa, en réalisant que Jeannine Mabunda avait dribblé sa hiérarchie. Même si Cyrille Ebokoto n'est pas un politicien, qu'est-ce qui prouve qu'il serait indépendant de son Eglise si jamais il était désigné Président de la CENI ? Déjà, sa hiérarchie ne s'empêche pas de clamer l'alternance en 2023.

Qu'est-ce à dire ? Donc, selon l'Eglise catholique, Félix Antoine Tshisekedi ne peut pas rempiler. Elle s'investit donc à ce sujet. Aussi, il est à peine compréhensible que la CENCO veuille se servir de son candidat comme une monnaie d'échange pour obtenir le désistement de Denis Kadima, produit d'une corruption. Cette démarche est illogique en ce que l'on ne peut pas sacrifier Cyrille Ebokoto qui répond aux critères de probité, de moralité, d'indépendance et d'honnêteté intellectuelle pour un «marginal».

Il n'y a pas donc de dessin à faire pour comprendre que le problème de la hiérarchie catholique est ailleurs. Elle savait pertinemment bien qu'avec le principe d'une confession religieuse une voix, son candidat n'avait aucune chance. De ce fait, elle a même anticipé en ameutant la communauté internationale pour que celle-ci impose le consensus qui signifie, en d'autres termes, le vœu des Eglises catholique et protestante. En atteste le message de la patronne de la MONUSCO, Bintou Keita, au Président de l'Assemblée nationale, Christophe Mboso N'kodia Puanga.

Selon le Représentante de Antonio Guterres, «il est bien que la désignation du Président de la CENI se fasse par consensus comme le souhaite l'Eglise catholique». N'est-ce pas là une pression qu'elle fait sur les autorités nationale via la communauté internationale ? Curieusement, c'est elle qui crie à la pression du pouvoir sur les autres confessions religieuses. Donc, les autres confessions religieuses sont tellement inconscientes qu'elles ne peuvent pas s'interroger sur l'activisme débordant de l'Eglise catholique.

Du reste, il n'est pas aberrant de penser que les prélats catholiques rouleraient pour une certaine classe politique en RDCongo, pourquoi pas pour d'autres sujets sur le plan international, pour lesquelles ils prépareraient l'alternance.

La déclaration «d'ENSEMBLE» publiée le même 31 juillet n'en est pas moins une indication. Pourquoi le consortium de Moïse Katumbi, dont on connaît les accointances avec l'archevêque-cardinal de Kinshasa, prend-t-il position à partir d'une situation inhérente aux confessions religieuses ? Et d'ajouter que l'on veut confisquer le processus électoral.

Trouve-t-il catholique l'attitude des catholiques à l'endroit des autres confessions religieuses et à l'endroit du Président de la République qui est, sans scrupules, traîné dans la boue ? Le mépris et la délation dont les prélats catholiques font montre sont-ils de nature à faire progresser réellement le processus électoral ? N'est-ce pas une façon de créer artificiellement une crise politique ?

De toutes les façons, il revient à l'Assemblée nationale de gérer avec méthode ce dossier sur base de la loi et d'autres instruments à sa disposition pour le triomphe de la République et de l'Etat.

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