Maroc: Delta n ' aura pas fini de nous inquiéter

Un vilain variant qui brouille les cartes

Les efforts déployés par le Maroc en matière de vaccination contre la Covid-19 risquent-ils d'être compromis par le variant Delta du SARS-CoV-2 ? C'est ce que laissent penser de récents documents officiels américains relayés par le journal Le Monde.

Basés sur des études scientifiques, ces documents ont indiqué que «ledit variant est aussi contagieux que la varicelle» et qu'il «a probablement des effets plus graves que ses prédécesseurs» tout en précisant que «les personnes contaminées semblent autant le transmettre, qu'elles soient vaccinées ou non».

Une analyse menée à Provincetown, dans l'Etat du Massachusetts, où près de 900 cas de Covid-19 ont été dépistés après les festivités de la fête nationale du 4 juillet, a révélé qu'il n'y avait «pas de différence» entre la charge virale dans le nez et la gorge des personnes vaccinées et celles non-vaccinées. A noter, cependant, que les trois quarts des participants à cet évènement étaient vaccinés. En revanche, il y a eu peu d'hospitalisations à la suite de l'apparition de ce foyer et aucun décès n'a été annoncé.

En outre, lesdits documents ont montré que les contaminations de personnes vaccinées ne sont pas aussi rares qu'on le pensait puisque 35.000 infections symptomatiques ont été enregistrées par semaine sur les 162 millions d'Américains vaccinés.

Dans notre pays, les données sur le variant Delta manquent. Seuls quelques chiffres circulent. Cependant, les spécialistes sont unanimes à considérer que l'incidence élevée du taux de contamination enregistrée dernièrement est due à l'entrée et à la propagation rapide du variant Delta au Maroc qui représente 60% des cas. Certains d'entre eux n'hésitent pas à évoquer «une vague Delta» due au non-respect par les citoyens des mesures de restriction sanitaires. Selon le professeur Tayb Hamdi, le Maroc enregistre aujourd'hui 4.000 cas positifs au quotidien contre 300 ou 400 auparavant. Il a également indiqué que le taux de propagation du virus dans certaines villes (Casablanca, Fès, Marrakech) est passé de 0,7% à 1,45% et que le taux d'occupation des services de réanimation a augmenté de 7% à 16%.

Qu'en est-il donc de l'efficacité des vaccins ? Pour répondre à cette question, les scientifiques jouent la prudence et exigent encore du temps pour évaluer la situation et en tirer des conclusions. Une étude israélienne publiée le 5 mai dernier a démontré que le vaccin de Pfizer et BioNTech protégeait à plus de 95% contre l'infection (symptomatique et asymptomatique). A souligner, cependant, que des chiffres émanant du ministère de la Santé israélien ont indiqué que le vaccin de Pfizer et BioNTech ne protégerait plus qu'à 39% contre l'infection, tout en restant très efficace pour prévenir les hospitalisations. De son côté, une étude britannique publiée le même mois a confirmé que cette efficacité diminuait un peu face au variant Delta, mais restait élevée à 88%, contre l'infection symptomatique.

En France, une note de la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) a révélé qu'un adulte peut avoir reçu deux doses de vaccin et tomber quand même malade. La même source a expliqué que 6% des nouveaux cas enregistrés du 28 juin au 4 juillet derniers en France concernaient par exemple des personnes complètement vaccinées et que ces «porteurs vaccinés» du virus peuvent contaminer d'autres personnes.

Toutefois, les études suggèrent que le potentiel de contamination demeure moindre chez ces porteurs vaccinés que chez les non vaccinés puisqu'ils auraient une charge virale plus faible. Une étude menée en Israël sur quelque 5.000 patients, tous âges confondus, a ainsi montré que la contagiosité était corrélée à la quantité de virus présente dans le nez. En effet, cette quantité est beaucoup moins importante chez les patients ayant reçu une dose de Pfizer depuis au moins douze jours que chez les non-vaccinés (3 à 4,5 fois moins). Un groupe de chercheurs de l'Institut Necker estime que «le portage nasopharyngé diminue fortement à mesure que la réponse immunitaire induite par le vaccin se développe. Mais à l'heure actuelle, personne ne connaît la quantité de virus minimale nécessaire à la transmission de la maladie».

Hassan Bentaleb

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