Cameroun: Qui veut aller loin...

A vrai dire, la scène politique camerounaise devrait être régulièrement animée, compte tenu du nombre élevé de formations politiques légalement constituées. Ce n'est pourtant pas le cas.

On observe en effet que l'immense majorité des plus de 320 partis politiques qui existent aujourd'hui n'a aucune implantation réelle sur le terrain, encore moins de base militante. En période préélectorale et électorale, on assiste à un réveil opportuniste de quelques dizaines d'entre eux. Mais, même dans ce cas de figure, lorsque l'enjeu électoral justifie une mobilisation particulière, il est rare qu'une cinquantaine de partis fassent parler d'eux au-delà des contours de la localité d'origine de leurs fondateurs.

C'est dire que lorsque les élections ne sont pas programmées dans un horizon proche, comme c'est le cas cette année 2021, la tendance à l'hibernation est encore plus forte. En attendant d'en sortir pour quelques-uns à l'approche des élections municipales, législatives et de la présidentielle prévues en 2025. Le prétexte est donc trouvé pour affirmer qu'il n'y a pas de raisons sérieuses de se déployer sur le terrain en ce moment.

Cependant, il y a, depuis quelques semaines, un certain frémissement dans les rangs d'à peine une dizaine de partis politiques. Leurs responsables évoquent, si ce n'est la préparation d'un congrès annoncé, le renouvellement des organes de base, l'implantation dans des localités non encore conquises ou alors la remobilisation des militants et sympathisants en vue de reconquérir le terrain perdu.

Quoi qu'il en soit, ces activités sont au demeurant normales pour des organisations qui ont pour vocation première la conquête ou la conservation du pouvoir politique. Autrement dit, si les partis et formations politiques concourent à l'expression du suffrage universel, ils remplissent également d'autres fonctions a priori non électorales, telles que la formation de leurs militants, la formation de l'opinion publique, la sélection des candidats devant diriger les différentes structures hiérarchisées du parti, l'encadrement des élus, etc.

Mais, quelle que soit l'idée qui sous-tend la moindre activité d'une formation politique digne de ce nom, il y a, en toile de fond, la volonté d'atteindre à plus ou moins long terme le but ultime qui est d'accéder aux postes électifs permettant de diriger la cité. Vue sous ce prisme, la remobilisation en cours dans nombre de partis politiques n'est pas neutre.

Elle participe d'une démarche bien pensée visant à huiler la machine qui, le moment venu, sera suffisamment préparée et prête à gagner les scrutins à venir dans un environnement concurrentiel. Cela signifie que même si aucune élection au suffrage universel direct ne pointe à l'horizon au Cameroun dans moins de quatre ans, il n'est pas inutile de se mettre déjà en ordre de bataille car qui veut aller loin ménage sa monture.

C'est aussi vrai que l'est le proverbe bamiléke qui dit qu'on ne nourrit pas la poule le jour du marché. Moralité : il n'est pas tôt pour les partis de commencer à quadriller le terrain, à s'organiser et à mettre en œuvre leurs stratégies de conquête ou de conservation du pouvoir parce que ça risque d'être tard de le faire seulement à la veille des élections. L'attentisme peut coûter cher si l'adversaire s'y est pris longtemps à l'avance et dans ces conditions, on ne pourra plus le rattraper.

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