Cameroun: « Bendskins » - Suspense à deux roues

Le premier long métrage du réalisateur camerounais Narcisse Wandji, un thriller, est une incursion dans l'intimité de ces travailleurs à moto.

Trois histoires, trois visages. Marie, Sani et Franck, les héros de « Bendskins » prennent la vie comme elle vient. Narcisse Wandji pour son tout premier long métrage a choisi de s'infiltrer dans le quotidien mouvementé d'un trio de moto-taximen. Des horizons différents liés par ces deux-roues et leurs aléas.

A travers son film de 90 minutes, le réalisateur camerounais joue les avocats défenseurs et lève le voile sur la réputation de ces travailleurs, que le commun des usagers de la route range dans la section des trouble-fête, toujours prêts à griller les feux et la signalisation, à braver les passages interdits, à rayer ou emboutir les carrosseries des véhicules, ou pire encore, à dérober les sacs et autres biens à l'arraché. Il veut leur donner une casquette plus humaniste, de pères et de mères de famille, loyaux et protecteurs.

Sauf qu'il y a une ombre au tableau. Elle s'appelle Franck (incarné par Christian Aliguena). Des trois personnages du film, il est celui qui répond le plus à l'étiquette sombre collée au dossard des motos-taximen. Il est plongé dans une intrigue sordide entre trafic et braquage. Mais chut, ne disons pas tout, il y a encore plein de mystères à creuser et à élucider autour de ce personnage...

Les deux autres compères, Marie (Merveille Akamba) et Sani (Danilo Melande), ont eux aussi des comptes à régler avec la vie. La première court derrière cet homme, qui il y a quelques années a abusé d'elle. Le spectateur suit cette femme forte au caractère bien trempé dans sa quête spirituelle au parfum de revanche. Une touche féminine et surtout féministe apportée par le réalisateur qui souligne, l'air de rien, que tout métier est ouvert à tous. Sani, quant à lui, est face à un dilemme emmené par la grossesse non désirée de sa copine : être père ou ne pas être père ? Telle est sa question.

Le scénario de « Bendskins » à la fois attractif et distrayant, est agrémenté d'acteurs de métier (Jacobin Yarro, Landry Nguetsa, entre autres) et de jeunes pépites (Stella Tchuisseu, Danilo Melande, etc) qui se donnent la réplique sans trop de cacophonie. A saluer également, l'effort de création et de maintien du suspense fourni par Narcisse Wandji, qui pour un premier long métrage réussit à tenir d'un bout à l'autre le suspense des trois récits, tout en maintenant le cinéphile à l'intérieur de la surprise.

Et puis un bol d'air frais, cette brise sur la peau et des paysages qui défilent, ça nous change de « Walls » son dernier film, et cette sensation d'étouffer entre les quatre murs d'une prison. Autre qualité de « Bendskins », son odeur locale, apportée par les dialogues, l'environnement et le visuel. Loin d'être parfait, ce film a le mérite de poser le regard sur une couche malgré tout utile de la société, pratiquant une activité qui nourrit son homme.

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