Madagascar: Fonds souverain - Un levier pour le développement

Un projet de loi relatif à la création d'un fonds souverain est déposé au Parlement. L'État veut à travers ce fonds se donner les moyens de ses ambitions.

Il fallait y penser. Au lieu d'être réduit au financement des bailleurs de fonds dont les résultats sur le développement restent discutables, il faudrait d'un fonds propre pour financer les projets de l'État. Dans le milieu financier on l'appelle fonds souverain. Le conseil des ministres a décidé de franchir le Rubicon en envoyant un projet de loi au Parlement.

Il s'agit d'un système en vogue dans certains pays à cette nuance qu'il s'agit de pays riche et qui thésaurisent leur excédent dans un fonds souverain. Pour Madagascar il s'agit de mobiliser des capitaux pour financer les projets de développement en l'occurrence les projets de l'émergence ou les velirano. Ce fonds sera l'illustration de la vraie indépendance et de la souveraineté.

On aura un fonds dont on décidera de l'utilisation sans des conditions imposées par les propriétaires de capitaux ou les magnats financiers. On ne sera plus réduit à quémander pour construire des logements sociaux, des hôpitaux, des écoles, des routes, des usines, des stades, des Colisée... Mieux, on ne sera plus soumis au remboursement ni à l'asservissement du service de la dette pendant des dizaines d'années.

Réaliste

Les bailleurs de fonds n'octroient que des fonds adaptés à notre capacité d'absorption et notre solvabilité. Ce qui limite les impacts des aides étant donné qu'on ne peut pas faire des investissements productifs mais juste quelques infrastructures qui seront détruites en attendant un prochain financement. Avec le fonds souverain, on sera affranchi des intérêts et on pourra enchaîner les projets sans attendre les négociations et le bon vouloir des bailleurs de fonds qui fait perdre beaucoup de temps.

On peut très bien innover pour renflouer ce fonds et adapter les règles et le cadre légal pour faciliter les procédures. C'est donc loin d'être une utopie. C'est d'autant plus réaliste que l'Etat détient encore des participations dans plusieurs sociétés et entreprises dont la contribution peut être sollicitée. Certaines sociétés et entreprises disposent même une épargne importante comme la CNaPS ou la Caisse d'Epargne qu'on peut placer dans des investissements de l'État.

Dans tous les cas, on ne va pas réinventer la roue. Beaucoup de pays africains disposent déjà d'un fonds souverain. La plupart sont certes des pays pétroliers mais d'autres ne le sont pas. Il leur suffit de mobiliser l'épargne nationale quitte à faire un emprunt patriotique. On l'avait d'ailleurs fait dans le passé pour financer le développement de la culture de riz à l'époque de Ratsiraka et son rêve d'autosuffisance alimentaire. La population a beaucoup contribué mais le projet s'est terminé en queue de poisson.

L'expérience a été renouvelée par Marc Ravalomanana dans la reconstruction du Rova de Manjakamiadana. Là aussi il y avait une belle adhésion populaire au projet alors que pour les sociétés et entreprises c'était presque une obligation sous peine d'être punies d'une manière ou d'une autre. On peut d'ailleurs mettre à contribution les grandes sociétés minières, pétrolières, de télécommunications, banquières...

On peut encore élargir les sources de financement de ce fonds souverain qui peut également amortir les contre-coups de l'inflation, payer les arriérés des bourses d'étudiants ou des indemnités des fonctionnaires, financer des recherches médicales, stabiliser l'ariary...

Le fonds souverain constitue ainsi un accélérateur de développement et un synonyme d'indépendance. L'État aura à portée de main un fonds nettement suffisant pour concrétiser son programme sans devoir sous soumettre à une perfusion des bailleurs de fonds. Mieux vaut donc tard que jamais. Si on est là après 60 ans d'indépendance et 40 de coopération avec les bailleurs de fonds, il doit y avoir une explication. Elle est là, nette et claire.

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