Afrique: Rencontre Gbagbo-Ouattara, menace terroriste, critiques contre son institution - Djouha Kehi Edouard, Président du groupe Rhdp au Sénat se prononce

interview

Djouha Kehi Edouard, président du groupe Rhdp au Sénat depuis juillet 2021, par ailleurs président de la commission Sécurité et Défense au Sénat, dans cette interview, se prononce sur l'actualité politique ivoirienne, notamment la rencontre Ouattara-Gbagbo, les attaques djihadistes et le rôle du Sénat.

En tant que président du groupe Rhdp au Sénat, vous semblez peu connu des populations. Parlez-nous de vous.

J'ai milité au Mouvement des étudiants et élèves de Côte d'Ivoire (Meeci), avant mon départ aux Etats-Unis. J'ai été membre fondateur du Rassemblement des républicains (Rdr) aux Etats-Unis. Puis, Alassane Ouattara m'a nommé délégué général adjoint du Rdr dans ledit pays. En 2010, il m'a demandé de rentrer au pays afin de participer à la compétition pour la conquête du pouvoir d'Etat. Après la crise post-électorale de 2010, Alassane Ouattara m'a assigné la gestion de la réforme du secteur de la sécurité, notamment les questions de désarmement, de démobilisation et de l'intégration des ex-combattants.

Vous êtes donc un cadre du parti au pouvoir, quel commentaire faites-vous de la rencontre Ouattara-Gbagbo ?

Nous sommes tout de même heureux de savoir que si aujourd'hui, il y a entente, cela ne fera que renforcer l'unité et la cohésion entre les Ivoiriens. Dieu merci Monsieur Laurent Gbagbo a pris la responsabilité, dans une tenue d'homme d'État, pour revenir racoler le fil coupé. En son temps sur la chaîne de télévision TCI au golf, j'avais dit à Laurent Gbagbo qu'il avait perdu le pouvoir dans les urnes. Cependant, il pouvait reconnaître sa défaite et négocier avec le nouveau Président à l'effet de participer aux raffermissements des liens entre les Ivoiriens, à la continuité et au développement. Onze (11) ans après, je crois que ce cri a été entendu.

Pensez-vous que cette rencontre va véritablement aider à apaiser les tensions et renforcer la cohésion sociale ?

Les politiciens ont l'art de faire croire que c'est ce qu'ils veulent que le peuple veut. En réalité, en Côte d'Ivoire, il n'y a pas de problème intercommunautaire. Il y a des problèmes de vision et de stratégie politique. Et ces porteurs de visions avant même de convaincre le peuple, font croire que tant que leur vision n'est pas mise en œuvre il n'y a pas d'entente. Les deux hommes se sont rencontrés et un autre jour est né et rien ne s'est passé. Souvent les Ivoiriens se font des frayeurs. Ils prennent leur sort pour le remettre entre les mains de quelqu'un d'autre. Aux Etats-Unis, la force réside dans la vivacité du peuple. Le pouvoir est pour le peuple par le peuple.

Le peuple justement sera aux urnes en 2025. Pour vous, le Rhdp a-t-il des chances de se maintenir au pouvoir lors de la prochaine présidentielle face au tandem Gbagbo-Bédié qui s'est récemment créé ?

Là, c'est l'analyste politique qui parle. Si je regarde les données des deux (2) dernières élections, je dirais oui. Le Fpi et le Pdci se sont déjà coalisés contre le Rhdp aux législatives en mars 2021. Aujourd'hui, chaque parti sait à peu près là où il domine et là où il a des défis. En tout état de cause, le Rhdp s'en est sorti avec plus de 155 députés. L'opposition n'a pas pu atteindre cent (100) députés sur un total de 255. Selon moi, la somme des élections législatives est égale à l'élection présidentielle. Parce que ce sont les mêmes votants de l'élection présidentielle qui votent aux législatives. Lorsque nous regardons les faits et le taux que le Rhdp a remporté aux élections passées, nous pouvons dire techniquement qu'aux élections de 2025, le Rhdp gagne. Mais en politique un jour est comme cent (100) ans. Il faudrait que le Rhdp continue de faire ce qui a convaincu le peuple ivoirien pour lui donner l'Assemblée nationale afin de conserver le palais présidentiel.

Étant un élu du peuple, quel regard portez-vous sur la cherté de la vie ? Selon vous, que doit faire concrètement le gouvernement pour régler définitivement ce problème ?

À cette question, il faut éviter de l'analyser avec l'œil de l'intellectuel, de l'économiste. Il faudrait voir cela comme un citoyen lambda, sinon il y a un dynamisme dans toutes les sociétés. Il y a toujours tendance à augmenter le prix ou à fixer un prix par rapport au contexte commercial. Comme solution pour maintenir les prix des denrées alimentaires, il faut maîtriser l'inflation et la maintenir. Il faut que le gouvernement contrôle l'équité du service aux consommateurs. Il doit contrôler les plus-values (c'est-à-dire du transport au détaillant qui vend au marché) car les planteurs sont très justes. Cependant, il y a des facteurs qu'il faut prendre en compte. Des vendeurs fixent souvent leur prix en fonction du quartier. Il faut faire ses emplettes là où la marchandise te coûtera moins. Cela emmènera le commerçant qui augmente les prix, à les revoir. Cette mauvaise perception est également un facteur de la cherté de la vie. Il faudrait que les consommateurs marchandent au mieux pour que l'offre et la demande soient en leur faveur.

L'émergence en 2020. Après plus de 10 ans de gestion du Rhdp, pensez-vous que la Côte d'Ivoire a réussi ce pari ?

L'émergence est un vaste chantier. Voyons les faits. En 2011, lorsqu'Alassane Ouattara prenait le pouvoir, il y avait combien de rues bitumées comparé à aujourd'hui ? Quelle était la facilité qu'un habitant avait pour obtenir une maison ? Tout Ivoirien sérieux qui a pu regarder autour de lui vous dira oui que de 2011 à 2021, la Côte d'Ivoire a évolué, s'est modernisée, elle s'est donnée des outils pour se projeter dans l'avenir. C'est de l'émergence ! Par contre, il y a des données techniques qui définissent l'émergence. Vous pouvez avoir 18/20 sur un agrégat et avoir un 9/20 sur un autre. Il nous faut faire des efforts dans certains domaines. Il y a des avancées en termes de l'émergence. Je dirais qu'il y a des efforts à faire. L'émergence, c'est l'ambition qu'on s'est donnée, et il y a du travail. Nous sommes très satisfaits du travail qui a été fait.

En tant que président de la commission Sécurité et Défense, comment vous et vos collègues du Sénat comptez-vous aider à lutter contre les attaques terroristes en Côte d'Ivoire ?

Ce n'est pas tout qui est su par le citoyen. Au Sénat, nous convoquons les ministres devant notre commission. Notre rôle, c'est de savoir que font nos gouvernants. Nous sommes très satisfaits du travail qui est fait pour assurer la sécurité des populations face à ce phénomène déshonorant et déprimant. Si vous voyez que ces attaques ne sont pas fréquentes, c'est parce qu'il y a un travail qui est fait au quotidien. Je félicite l'armée de Côte d'Ivoire avec à sa tête, le ministre de la Défense, Birahima Ouattara. Nous sommes fiers de nos soldats.

Revenons sur les violences qui se sont déroulées dans les régions du Cavally et du Guémon lors de la crise post-électorale de 2010 qui ont présenté un mauvais profil de la jeunesse de ces régions. Qu'en dites-vous et quelle stratégie vous et les autres cadres avez-vous mis en place pour que cela change ?

Pendant 22 ans, je n'étais pas au pays. Ce n'est qu'en 2010 que je suis revenu chez moi. À la sortie du golf en 2011, alors que les uns demandaient à être des ambassadeurs, moi j'ai préféré aller au désarmement. À l'époque, j'étais conseiller technique à la présidence chargée de l'ouest. J'ai parcouru les villes et hameaux pour sensibiliser mes parents Wê et leur dire que ce n'est pas le rôle du citoyen de porter des armes. De 2011 à 2015, nous avons fait un désarmement à 90 % des miliciens et des groupes d'auto-défense. Nous avons fait en sorte que tous les supplétifs dont les "dozos" quittent l'armée. Aujourd'hui tout se passe bien. Le peuple Wê et les allogènes vaquent à leurs occupations. Pour preuve, lors de la récente élection présidentielle d'octobre 2020, il n'y a pas eu de violence à l'ouest contrairement à d'autres régions telles que les villes de Yamoussoukro, Dabou, Daoukro, etc. Nos parents ont compris qu'il faut laisser le travail de la sécurité au gouvernement et nous en sommes fiers.

Quelle réaction avez-vous face à tous ceux qui trouvent que le Sénat comme d'autres nouvelles institutions sont plus budgétivores qu'autres choses ?

Au Sénat, nous avons des anciens Premiers ministres, des ministres, des anciens hauts cadres de ce pays. Des Ivoiriens qui ont de l'expérience à l'extérieur et qui réfléchissent comment améliorer les lois qui régissent le quotidien des Ivoiriens. Au Sénat, ce sont des mains solides, d'expériences qui travaillent pour le compte du citoyen. La moyenne d'âge au Sénat, c'est 67 ans. Sinon la plupart ont plus de 70 ans. Ces sages ne cherchent pas à se faire connaître mais plutôt à faire connaître leur pays. Nous avons vu les lois sur le foncier, sur la dernière Constitution...Notre défi, aujourd'hui, est d'ouvrir nos portes au peuple afin qu'il voit qui réfléchit tout le temps pour que nous ayons la paix, la cohésion sociale...

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