Cameroun: Affaires - Kye-Ossi au ralenti

La fermeture de la frontière avec la Guinée équatoriale a conduit à la chute du commerce, et même à la désertion de cette ville par les commerçants.

Réveil animé à Kye-Ossi, ville frontalière du département de la Vallée du Ntem, région du Sud. Il n'est que 5h du matin, mais la cité vit déjà au rythme des klaxons de motos, chants de coqs et ronflements de bus de transport interurbain qui arrivent dans la ville en provenance de Douala et Yaoundé. Ce 16 juillet 2021, le long de l'axe principal qui débouche à la frontière avec la Guinée équatoriale, des lève-tôt sont repérables, malgré la fine brise qui enveloppe cette ville, véritable plaque tournante des échanges commerciaux entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale. Dans le même temps, des « couche-tard », se font presque expulser des snack-bars.

Du côté de la frontière, des soldats en faction montent la garde derrière des barricades en bois. Une tente dressée par les soins de l'armée camerounaise sert d'abri aux militaires. Aucun mouvement, fut-il des hommes ou des véhicules, n'est observé. C'est le calme plat. Au fur et à mesure que l'obscurité cède la place aux premières lueurs du jour, les mouvements des hommes, véhicules et moto-taxis s'intensifient, mais sans grande importance. « Il ne faut pas s'attendre à voir plus de monde que ça.

Depuis la fermeture de la frontière avec la Guinée équatoriale, les mouvements sont très timides à Kye-Ossi, alors qu'avant, il était difficile de se frayer un chemin au milieu de la marée humaine qui inondait les rues et marchés », renseigne le moto-taximan servant de guide à l'équipe de CT. C'est que, depuis la fermeture de la frontière survenue en 2017 et confortée par l'irruption du Covid-19 en mars 2020, les activités économiques ont pris un coup, faisant ainsi perdre à cette ville, tout son dynamisme.

Récession

« Avant la fermeture de la frontière, on avait des commerçants camerounais qui allaient acheter du vin en Guinée équatoriale, tout comme des Gabonais. Mais depuis que la frontière est close, ces mouvements ne sont plus possibles », déplore Hassan Mohamed, commerçant. « Je mettais à peine trois jours pour écouler ma marchandise.

Parce que les clients ne manquaient pas dans les boutiques. Mais avec la situation que nous vivons depuis quelques années, c'est à peine si on voit dix clients dans la boutique par semaine. Mes bénéfices ont été réduits de 4/5 », explique Moustapha Baba, autre commerçant. Sylvie Ntyam, quant à elle, avait pour habitude de venir acheter du vin à Ebibeyin (Guinée équatoriale) pour aller le revendre à Douala. Mais la fermeture des frontières lui impose de s'installer à Kye-Ossi, et de mettre un terme à son activité.

« Je suis mère célibataire de trois filles. Je suis installée de manière permanente ici depuis plus d'un an, parce que faute de marchandises, il m'est difficile de me rendre régulièrement à Douala. J'ai donc opté pour cette cafétéria qui me permet de prendre soin de mes filles pour qui je suis l'unique parent », précise-t-elle. Au marché de la ville, une dizaine de boutiques fermées, investies par des touffes d'herbes. Sur l'axe principal de la ville, la mention « Boutiques à louer » ou « Magasins à louer », se lit sur les façades de ces espaces dédiés au commerce.

Traduction de la morosité qui caractérise désormais les activités économiques. Ghislaine Ntyo'o, tenancière d'une boutique de lingerie, se souvient avec mélancolie de ce qu'elle qualifie de « beaux-jours. » « J'avais déjà des clientes équato-guinéennes et gabonaises qui venaient s'approvisionner chez moi. Mais avec la fermeture de la frontière, j'en ai perdu plus de la moitié. Je me retrouve à me tourner les pouces à longueur de journée, par manque de client », se plaint-elle.

Désertion

L'une des conséquences de cette morosité est le départ de plusieurs commerçants. Ceux-ci ont préalablement pris la peine de vendre leurs maisons (pour ceux qui trouvent des preneurs) et autres biens dans le but d'aller chercher fortune ailleurs. « J'ai plusieurs frères qui ont effectué un repli stratégique du côté de Douala parce qu'il n'est plus facile de faire des affaires à Kye-Ossi », martèle Léon Echu, tenancier d'une boutique. Certains, apprend-on, ont attendu avec impatience le départ en congés des enfants pour regagner Yaoundé et Douala.

Hassan Mohamed, fait partie de ceux-là. « La rentrée scolaire s'annonce et comme je n'ai plus d'activité génératrice de revenus ici à Kye-Ossi, je n'ai qu'une seule solution : retourner à Douala pour trouver autre chose à faire », explique ce père de trois enfants. Ibrahim Mouiche, lui, a dû se reconvertir en conducteur de moto, pour pouvoir subvenir aux besoins de sa progéniture. « Quand vous avez une famille à nourrir et que votre activité principale (le commerce, Ndlr) est bloquée comme c'est le cas en ce moment, il faut obligatoirement trouver une activité parallèle », confie-t-il. Avant de conclure : « Je ne suis pas sur la moto parce que je le souhaite, mais, par pis-aller ».

Outre ces commerçants, plusieurs sources évoquent également le départ des grandes entreprises à travers la fermeture de leurs succursales installées à Kye-Ossi. La Société anonyme des Brasseries du Cameroun, Congelcam, etc. figurent parmi les sociétés citées par ces sources.

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