Nigeria: Le gouvernement nigérian menace de faire remplacer les médecins grévistes

Hôpital gouvernemental à Abuja: beaucoup de patients rentrent à la maison ou se rendent dans les centre hospitaliers privés à cause du manque de médecins pour leur prise en charge.

Abuja — Le ton monte entre le syndicat nigérian des médecins du secteur public, en grève, et le gouvernement fédéral. Ce dernier menace d'invoquer l'article 43 du Code du Travail, qui stipule que "Pas de travail, pas de salaire". Les médecins grévistes répliquent qu'ils ne vont pas reprendre le travail sans la réponse à leurs revendications.

Tout a commencé lundi dernier lorsque le syndicat national des médecins résidents du Nigeria a appelé ses membres à abandonner le travail pour entamer une grève illimitée. Raisons? Le non paiement des arriérés de salaire de plusieurs mois, l'absence d'équipements de protection adéquats dans les centres hospitaliers, entre autres griefs.

Les médecins disent que la grève fait suite à un ultimatum de 21 jours qu'ils avaient donné au gouvernement. Mais le ministre nigérian du Travail, Chris Ngige, dément et menace de remplacer les médecins en grève s'ils refusaient de reprendre le travail ce lundi.

"Ils ne devraient pas entrer en grève sans me notifier 15 jours avant le début du mouvement. Ils m'ont au contraire envoyé un communiqué de leur meeting à Umuahia. Dans ce communiqué ils ont fait une liste de leurs demandes et des résolutions. Mais cela ne constitue pas un préavis de grève. Et c'est pourquoi je vais invoquer l'article 43 du Code du Travail", a dit le ministre.

La réaction des médecins grévistes ne s'est pas fait attendre. Il n'y aura pas de reprise de travail sans la satisfaction de nos revendications, réplique le syndicat.

Dr Roland Aigbovo est médecin résident de l'hôpital public de la commune d'Asokoro à Abuja, la capitale fédérale.

"Pourquoi cela prend trop de temps aux autorités pour faire un contrôle et avoir les informations des cadres qui ont travaillé et qui n'ont pas été payés ? ", s'interroge-t-il. "Je pense que comme la grève précédente avait été suspendue et on a repris le travail, ils ont estimé que nous allons continuer à travailler et attendre le jour qu'ils vont penser à résoudre le problème. Mais les choses ne se passent pas comme ça", explique-t-il.

En avril dernier, le syndicat des médecins avait suspendu une grève de 10 jours qui avait paralysé les activités dans divers établissements de santé du pays.

Monday Adjeh, expert en droit et relations sociales du travail, regrette la ligne dure que le gouvernement veut adopter face à la crise.

"Le gouvernement a certes le droit de faire ça. Mais si vous considérez les relations entre employeur et employé, c'est une relation spéciale et vous ne pouvez pas être aussi strict dans une telle situation. Le gouvernement ne peut juste pas se lever et dire à quelqu'un qu'il ne va pas recevoir son salaire parce qu'il ne venait pas au travail alors que ce dernier réclame son droit légitime. Ça ne se fait pas", conclut l'expert.

Entre temps, les patients arrivent tous les jours dans les hôpitaux publics pour des soins. En vain.

"Tout ce que je veux demander au gouvernement c'est de faire face aux problèmes des gens. Si vous êtes un responsable et vous pensez que vous êtes là-bas pour les populations vous devez faire preuve de responsabilité et faire face aux problèmes des gens. Ce n'est pas juste", réagit Ilijah Mercy, une patiente venue pour se faire consulter.

C'est dans ce contexte de tension dans le système de santé que le gouvernement fédéral a officiellement annoncé la troisième vague de covid-19 due au variant delta.

Depuis juillet, le nombre de nouveaux cas de covid-19 augmente chaque semaine au Nigeria. Le pays a à ce jour fait état de plus de 178 000 personnes contaminées par le covid-19 et plus de 2000 décès.

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