Afrique: Des réfugiés afghans en Ouganda ? - L'oncle Sam assure sa sécurité loin de ses frontières

Les députés débattent en séance plénière.

C'est une sollicitation pour le moins surprenante : Les Etats-Unis, pour ne pas dire la toute-puissante Amérique, qui demandent à une république bananière comme l'Ouganda de Yoweri Museveni d'assurer ses arrières en matière de sécurité. C'est en tout cas ce à quoi donne à penser l'administration Biden qui a demandé au gouvernement Museveni d'accueillir temporairement des Afghans qui fuient leur pays depuis la prise de Kaboul par les insurgés talibans. Le hic, c'est que ces émigrés malgré eux ne demandent pas à venir en Afrique, mais plutôt à aller aux Etats-Unis.

Mais voilà, dans le sauve-qui-peut général qui s'est emparé de la population afghane depuis le 15 août dernier, offrant des scènes surréalistes d'un aéroport de Kaboul submergé par les candidats à l'exil qui s'accrochent qui à des ailes, aux portes et aux trains d'atterrissage d'avions au péril de leur vie, les Etats-Unis et l'Union européenne, qui s'attendent à être inondés de demandes d'asile, ne savent pas toujours à quel Afghan se fier. Ils ont besoin de temps pour faire le tri du bon grain de l'ivraie dans ces vagues de migrants qui viendront échouer sur leurs aéroports. Et s'il faut appeler un chat un chat, les nouveaux maîtres de Kaboul pourraient bien user de ruse pour envoyer chez l'ennemi juré américain des troupes de la 5e colonne sous les haillons de réfugiés politiques.

A ruse, ruse et demie donc du côté de Washington qui vient baliser sa sécurité sur les bords du lac Victoria en demandant à l'Ouganda d'accueillir entre 1000 et 2000 Afghans, le temps pour ses sécurocrates et autres experts en migration de faire des vérifications pointues avant qu'un titre de séjour ne soit délivré aux élus afghans pour l'eldorado américain.

Véritable opération de tamis s'il en est, on attend de voir à quoi va ressembler ce purgatoire ougandais pour les exilés afghans qui rêvent du paradis américain. Pendant 2 à 3 mois, selon les premières estimations, ces anciens collaborateurs des troupes américaines en Afghanistan devront faire la preuve qu'ils sont loyaux avec leurs anciens employeurs et qu'ils ne cachent pas des dagues - de mauvaises intentions- dans leurs turbans, dont ils se serviraient pour frapper traitreusement leur pays d'accueil à la moindre occasion . Ainsi va la realpolitik et Washington, qui n'en est pas à son premier afflux massif de réfugiés, fait sienne la maxime qui dit que « la confiance n'exclut pas le contrôle ». Gare donc aux brebis galeuses parmi ces candidats afghans à l'exil aux Etats-Unis !

Mais l'Oncle Sam ne fait-il pas ici preuve d'une prudence excessive ? Pourquoi fait-il cette opération de tri des réfugiés afghans si loin de ses propres terres ? Ce qu'il craint pour sa propre sécurité, l'Ouganda et peut-être bien toute l'Afrique, pourraient en souffrir. En effet, des Talibans purs et durs infiltrés parmi les réfugiés pourraient déserter leurs camps, une fois en Ouganda, pour prendre le maquis dans les forêts de cette région des Grands-Lacs. Le gouvernement du président Museveni a-t-il mesuré toutes les conséquences de sa « disponibilité humanitaire et morale » en faveur de ces futurs réfugiés afghans ? N'est-ce pas parce que ce sont des réfugiés potentiellement dangereux que les Etats-Unis les soumettent à cette épreuve du purgatoire tropical, si loin de leur sol ?

Prévenu, le gouvernement de Museveni devrait y réfléchir par 2 fois avant d'offrir son hospitalité dans le cas d'espèce. Du reste, on sait qu'il ne le fait pas par charité chrétienne. Mais les millions de dollars que viendrait à recevoir l'Ouganda pour prendre en charge ces réfugiés pas comme les autres pourraient s'avérer des broutilles pour garantir sa sécurité et celle de la région des Grands-Lacs si des Talibans y prenaient pied sous le couvert d'exilés politiques à exfiltrer d'Afghanistan.

On croise les doigts pour que les faits nous démentent, non sans faire remarquer que « prudence est mère de sureté ». C'est d'ailleurs pourquoi l'Oncle Sam balise sa sécurité en Afrique, à mille lieux de ses frontières.

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