Burkina Faso: Triple lynchage à Banlo (Poni) - Plus jamais ça !

Horrible ! Effrayant ! Inhumain ! Et on en passe. Y a-t-il seulement un mot pour qualifier ce que des Burkinabè viennent d'apprendre avec effroi ce week-end-là ? Difficile vraiment d'en trouver pour juger de ce qui s'est passé dans le village de Banlo, commune rurale de Bouroum-Bouroum, dans la province du Poni.

En effet, trois agents du CCVA (Centre de contrôle des véhicules automobiles), de retour d'une cérémonie de passation de service à Gaoua (chef-lieu de région), ont été sauvagement lynchés et leurs corps abandonnés à environ un kilomètre de la voie. Selon la version officielle émanant du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Gaoua et rendue publique le samedi 28 août 2021, les victimes auraient mortellement fauché un enfant de dix ans. Toujours selon la version officielle, le corps d'un des malheureux occupants du véhicule portait même des traces de balles.

Ont-ils, après l'accident, été sortis du véhicule et conduits loin de la route pour être mis à mort comme des chiens ? Ont-ils, dans une fuite désespérée pour échapper à la furie de la foule, été rattrapés par les riverains et mis à mort, une pratique dont seraient coutumières certaines localités de la région du Sud-Ouest et même d'ailleurs? Sans doute que les enquêtes de la police et de la justice permettront d'établir avec précision les circonstances de cette sauvagerie digne du Moyen Age.

Qu'on se le dise : loin de nous l'idée de stigmatiser une communauté, mais selon plusieurs témoignages, cette partie du Burkina est réputée pour de tels actes si bien que les transporteurs et autres usagers de la route au parfum de la situation n'hésitent pas en cas d'accident à prendre la poudre d'escampette, quitte à se mette à l'abri au premier poste de gendarmerie ou de police.

Il est vrai que sous d'autres cieux, les faits de vindicte populaire ne manquent pas, surtout en cas d'accident, avec le saccage de véhicule qui est même parfois incendié. Mais tuer les acteurs et témoins directs de ce qui s'est passé est un pas que rarement peu de personnes franchissent. Pour la présente affaire, l'on ne va pas dire comme certains que c'est un trait culturel de cette zone, mais le fait que les lynchages en règle y soient récurrents commence à interroger.

On peut comprendre le sentiment et la douleur de parents qui ont perdu un être cher, mais il faut toujours éviter de se faire justice. Si les occupants du véhicule n'avaient pas été tués, on aurait certainement savoir pu les circonstances exactes dans lesquelles le drame s'est produit. En tous les cas, on n'avait pas besoin de ça. Surtout en ce moment où presque chaque jour qui passe le sang de Burkinabè coule sous les balles des terroristes, de tels comportements sont à bannir. Plus jamais ça donc, et vivement que cette affaire de Banlo soit tirée au clair le plus rapidement possible.

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