Burkina Faso: Lycée Zinda - Grille de lecture du personnel

La décision de fermer le lycée Philippe Zinda Kaboré à quelques jours de la rentrée scolaire ne cesse d'alimenter les débats. Le jeudi 2 septembre 2021, le personnel dudit établissement, qui ne partage pas le point de vue des décideurs sur ce sujet, ont donné de la voix. Selon les conférenciers, les raisons invoquées par le ministre Stanislas Ouaro, à savoir la réduction de la distance parcourue par les élèves, le saccage des tables-bancs et le non-fonctionnement du lycée, ne résistent pas à l'analyse.

La salle choisie à la Bourse du travail pour la rencontre avec les hommes des médias était pleine à craquer comme le lycée Philippe Zinda en pleine rentrée. A ce rendez-vous, il n'y avait pas que des pisse-copies, même si leur nombre était considérable. Dans la rangée où il y avait une forte concentration de professeurs, si on nous demandait de citer un seul nom, sans balbutier c'est Bassolma Bazié que nous aurions dit. Cet ancien professeur de Sciences de la vie et de la Terre (SVT) du noble Zinda, qui a rendu sa démission de la fonction publique le 19 janvier 2021 est venu soutenir ses collègues d'hier. Si cette décision du gouvernement de fermer le Zinda avait été prise l'année passée, peut-être que c'est lui qui aurait été le principal animateur de la conférence de presse du jour. Les choses ayant évolué, étaient face à la presse pour demander au ministre de l'Education de reconsidérer sa décision : Louise Kanzié, Jean Baptiste Gonga, tous les deux professeurs d'histoire-géographie et Karim Toussakoé, délégué du personnel.

Les trois arguments avancés par le ministre Ouaro pour justifier la fermeture du plus grand lycée du pays ont été contre-attaqués par les conférenciers. Concernant la réduction de la distance, selon les enseignants, c'est « insulter l'intelligence » des citoyens que de dire que les élèves seront soulagés alors que certains d'entre eux ont la possibilité de s'inscrire encore dans des lycées mitoyens du LPZK tels que le lycée Nelson Mandela, le lycée municipal Paspanga et le lycée Bogodogo.

Le deuxième point, les tables-bancs saccagés, est, de l'avis de Karim Toussakoé, un argument qui ne vole pas haut. Selon lui, ce sont de vieux outils qui demandaient à être réparés. « Il n'existe aucune classe dans les lycées publics où il n'y a pas de tables-bancs défectueux. Donc les comptabiliser et les ajouter à la lutte des élèves est malhonnête de la part des autorités », a-t-il déploré. Le tenant du crachoir a même appris à l'assistance que le Zinda dispose tellement de quoi s'assoir pour apprendre que deux cents tables-bancs ont été prêtés au lycée Nelson Mandela dans le cadre des concours.

La dernière justification du ministre, qui porte sur le fonctionnement de l'établissement, n'est pas fondé non plus, selon le délégué du personnel. A la mémoire collective, il a rappelé que le conseil des classes du mardi 27 juillet 2021 s'est tenu pour valider les résultats scolaires. Il se pose alors la question suivante : « D'où sont venues ces données qui ont permis de faire une telle validation ? Contrairement à ce que l'administration veut nous faire croire, le matériel informatique et les données nécessaires au fonctionnement de l'établissement sont restés intacts ».

Pour les 300 membres du personnel que compte le Zinda, le démembrement de l'établissement participe d'un plan pour que les mesures dans le document de base des assises nationales telles que la fin de la gratuité, la suppression des bourses scolaires, la suppression du second tour aux examens puissent passer comme une lettre à la poste. Ce qui les amène à faire cet appel : « Une telle perspective doit interpeller tous les citoyens épris de justice sociale et de conditions meilleures pour les acteurs de l'éducation pour une bonne formation de nos enfants ».

Avant de se séparer de leurs hôtes, les animateurs de la conférence de presse, uniquement des professeurs, ont eu une pensée pour le petit personnel (vigiles, magasiniers... ). Si eux, fonctionnaires de l'Etat, pourront enseigner dans d'autres établissements, ils se demandent quel sera le sort réservé au personnel mentionné plus haut.

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