Burkina Faso: Une lettre pour Laye - Blaise au peuple burkinabè

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Cher Wambi,

Très bientôt, les insectes volants nocturnes feront leur apparition, signe que la saison pluvieuse tire à sa fin. Si au cours de septembre, l'ultime mois de l'hivernage, Dame Nature nous gratifie de sa générosité, les fruits de la terre seront à la fois à la hauteur du labeur de nos braves paysans et de nos espérances.

Alors, continue de faire des offrandes au Goama du village afin qu'il continue d'intercéder auprès de Dieu et des ancêtres afin que nous sortions de cette saison avec la promesse d'une bonne campagne agricole.

En attendant, voici les quantités d'eau tombées au cours de la période du jeudi 26 août au mardi 1er septembre 2021 :

Bobo-Dioulasso : 58,3 mm ; Bogandé : 46,2 mm ; Boromo : 37,3 mm ; Dédougou : 45,7 mm ; Dori : 66,4 mm ; Fada N'Gourma : 64,9 mm ; Gaoua : 70 mm ; Ouagadougou : 30,5 mm ; Ouahigouya : 66,3 mm ; Pô : 94,3 mm.

Cher Wambi, qu'est-ce qui nous arrive ? Cette semaine les deuils ne font que succéder aux deuils sans qu'on sache quand cette série noire va s'arrêter. En effet, au moment où on a maille à partir avec les terroristes, qui sèment la mort depuis plus de 6 ans, les événements semblent se succéder dans une constance macabre.

A ce sujet tu as dû apprendre ce qui s'est passé le vendredi 27 août dernier à Banlo dans la commune de Bouroum-Bouroum, province du Poni, où 3 agents du CCVA (Centre de contrôle des véhicules automobiles) ont été battus à mort après que leur véhicule a mortellement fauché un garçon âgé d'une dizaine d'années. Suite à cet accident, des habitants de la localité, comme pris par une folie meurtrière, ont pourchassé et rattrapé les 3 occupants de la voiture et les ont lynchés sans autre forme de procès avant de jeter les corps des infortunés dans un champ de maïs.

Après ce drame, c'est à Koudougou qu'on a assisté à l'effondrement d'une dalle d'un immeuble en construction à l'université Norbert Zongo le mardi 31 août 2021. Les opérations de recherche et de secours ont permis d'extraire des décombres un blessé répondant au nom de Stéphane Abdoul Bassirou Nonkané, étudiant stagiaire à l'Institut universitaire de technologie de Koudougou ; malheureusement quatre corps sans vie seront retrouvés sous les gravats. Il s'agit, d'une part, de ceux de Baba Ibrahim Compaoré, Serge Alexandre Kaboré et Mounira Nana, tous étudiants stagiaires à l'Institut universitaire de technologie de Koudougou et, d'autre part, de celui d'Agbo Ivon, manœuvre de nationalité béninoise, employé de l'entreprise chargée des travaux de construction.

Le lendemain mercredi 1er septembre 2021, des orpailleurs se sont clandestinement introduits dans le domaine de Bissa Gold, une société minière, à Sabcé dans la province du Bam. Informée de leur présence, une équipe de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) chargée de la sécurisation du site s'est rendue sur le terrain afin de les en chasser. La police raconte, dans un communiqué daté du 2 septembre, donc d'hier, que c'est après ces faits que des orpailleurs ont signalé aux CRS que certains de leurs camarades seraient toujours dans les galeries. Les fouilles entreprises ont permis de découvrir 6 corps sans vie, « morts probablement des suites d'un manque d'air lié à la profondeur des trous et 7 autres personnes blessées », selon la police.

Cher cousin, si je reviens sur ces tristes événements, c'est pour m'appesantir sur le drame survenu à l'université de Koudougou pour dire que trop, c'est trop au sujet des effondrements d'immeubles et d'édifices publics dans notre pays.

En effet, tu te rappelles la série d'écroulements de plusieurs écoles primaires et post-primaires au début de la saison pluvieuse. Ainsi, le lundi 24 mai 2021, un bâtiment de trois classes du lycée de l'Amitié s'est écroulé à Koudougou. Au même moment dans la commune de Dandé dans le Houet, un bâtiment de trois classes également s'est décoiffé et effondré en occasionnant la mort d'un élève et en en blessant 24 autres. Quelques jours après, c'est l'école primaire de Djimbara à Gassan qui s'effondrait dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 juin 2021 après un orage.

Suite à cette série noire, le ministre de l'Education nationale, Stanislas Ouaro, avait déclaré que «nous travaillons à situer les responsabilités» alors que le gouvernement annonçait avoir «instruit de collecter toutes les informations afin de situer les responsabilités sur le plan administratif et/ou judiciaire». Un trimestre après ces événements et ces déclarations, c'est toujours le silence radio concernant la situation des responsabilités et les poursuites judiciaires et sanctions administratives promises.

Cher Wambi, on ne cessera de le dire, tous ces événements malheureux ont une seule origine, les petits arrangements entre amis politiques, entre parents et entre beaux-parents dans les procédures de passation des marchés de l'Etat. Et c'est là un mal bien burkinabè où quiconque dispose d'une parcelle de pouvoir devient un véritable pourvoyeur de marchés publics, souvent au mépris des cahiers des charges, contre bien sûr des dessous de table. Et ce qui vient de se produire à Koudougou n'est rien d'autre que la manifestation de la boulimie de certains responsables, toujours prêts à s'enrichir au mépris des intérêts et même de la vie des populations.

Suite à ce qui s'est passé dans la cité du Cavalier rouge, le ministre de l'Enseignement supérieur, Alkassoum Maïga, s'est rendu sur le terrain et a clamé, urbi et orbi, que personne ne jouirait d'une quelconque impunité.

Eh bien, monsieur le Professeur, nous vous prenons au mot et nous osons croire que l'interpellation et la mise en garde à vue des mis en cause marquent l'entame d'une enquête qui permettra de situer les responsabilités et que tous ceux qui seront reconnus coupables paieront pour leurs forfaits.

En tout cas on attend des réponses aux questions qu'on se pose et on réclame surtout des sanctions qui sont le seul remède contre ces drames que nous vivons.

Décidément, cher Wambi, entre la Société minière Bissa Gold installée à Sabcé dans la province du Bam, région du Centre-Nord, et les populations, c'est du « je t'aime moi non plus », tant la cohabitation est émaillée de conflits. Les uns en sourdine, les autres ouvertement. Quand ce ne sont pas les jeunes qui se plaignent de ne pas être suffisamment recrutés par la société, ce sont les associations qui disent ne pas bénéficier des retombées de la mine.

En 2012, une centaine de jeunes ont érigé un barrage sur la route nationale n°22, fermant ainsi le passage pour protester contre la société minière Bissa Gold parce que la mine n'aurait pas respecté le cahier des charges en faisant un recrutement parallèle de personnel au détriment de la main-d'œuvre locale.

Courant avril 2018, les populations riveraines impactées par les exploitations minières reprochaient à Bissa Gold de ne pas tenir ses engagements.

Le lundi 2 août 2021 la mine a de nouveau été confrontée à une manifestation. La population a interrompu les activités d'exploitation pour exiger de Bissa Gold le respect de ses engagements vis-à-vis de la population locale.

Dernière manifestation en date de ces relations tumultueuses, cette hostilité des populations à la mine qui s'est soldée par le saccage d'une dizaine de véhicules de la société minière.

Cher cousin, tout serait parti de la découverte de corps sans vie d'orpailleurs dans la fosse appartenant à la mine. En effet, selon plusieurs sources un groupe d'orpailleurs sont descendus clandestinement dans la galerie, et suite à une alerte donnée à la police qui assure la sécurité des lieux, certains ont pu s'enfuir alors que d'autres, qui se trouvaient dans le sous-sol, ont trouvé la mort. Mais pour les populations, ils auraient été gazés. En représailles, les jeunes s'en sont pris à la mine.

Cher Wambi, j'ai tenté de joindre le maire Pierre Zoungrana, qui se trouvait avec les manifestants, lesquels sont revenus de nouveau à la mine pour se faire entendre. Je n'ai pas pu en apprendre davantage parce que le bourgmestre était en pourparlers avec les croquants. Mais je me ferai le devoir de revenir sur cette affaire lorsque j'en saurai davantage.

En attendant, je te propose le communiqué de la direction générale de la Police nationale. Un document qui porte sur les circonstances du décès des six personnes.

Le mercredi 1er septembre 2021, des orpailleurs se sont clandestinement introduits dans les anciennes galeries de la mine d'or de Bissa Gold de Sabcé, dans la province du Bam, région du Centre-Nord. Informée de leur présence sur les lieux, une équipe de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS), chargée de la sécurisation du site, s'est rendue sur le terrain afin de les dissuader. Quelques instants après, des orpailleurs sont revenus pour signifier aux éléments de la CRS que certains de leurs camarades seraient toujours dans les galeries. C'est ainsi qu'ensemble ils procéderont à la fouille des différentes galeries et constateront malheureusement six (6) corps sans vie, morts probablement des suites d'un manque d'air lié à la profondeur des trous, et sept (7) autres personnes blessées et toutes admises au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Sabcé.

Informé des faits, le commissaire de police de district de Sabcé, après compte rendu au procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Kongoussi et sur instructions de ce dernier, se rendra sur les lieux pour les constatations d'usage en présence d'un agent du CSPS de Sabcé.

En ces circonstances douloureuses, le directeur général de la Police nationale présente ses condoléances les plus attristées aux familles éplorées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés.

Par ailleurs, il invite les populations au calme et à la retenue, et tient à leur rappeler l'impérieuse nécessité de respecter les dispositions réglementaires prises par le gouvernement en matière d'exploitation artisanale des sites miniers.

Ouagadougou, le 2 septembre 2021

(Vous trouverez aussi en page 5 le communiqué du procureur sur le même sujet.)

Cher wambi, à présent, je t'invite à feuilleter avec moi le carnet secret de Tipoko l'Intrigante.

- Dans le but d'améliorer l'offre de formation en santé et par conséquent les prestations des soins dans les Etats membres de la CEDEAO, l'Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) a procédé à une harmonisation des curricula de formation des infirmiers et sages-femmes.

Cette uniformisation vise également à faciliter la mobilité des étudiants et des professionnels de santé dans la sous-région.

Par lettre no 2021-00448/MERSI/SG/DEGESup/DIPES du 3 mai 2021, le ministère de la Santé invitait, entre autres, les promoteurs d'établissements privés de formation en santé à se conformer au cahier des charges des Institutions privées d'enseignement supérieur (IPES).

Par conséquent, dans le privé, à partir de la rentrée 2021-2022, le recrutement d'élèves dans les filières « licence en sciences infirmières et obstétricales » (LSIO) est uniquement autorisé aux IPES.

Au regard de cette nouvelle réglementation, le Bénin, dont nombre d'élèves viennent poursuivre des études en LSIO au Burkina Faso, a adressé une correspondance aux autorités burkinabè afin d'obtenir la liste des IPES.

Il ressort de la réponse du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation que seuls deux établissements privés ont reçu, à la date du 20 août 2021, l'accréditation de formation LSIO.

Il s'agit de l'Institut privé supérieur de santé Sainte-Edwige (IPSS/SE) situé à Ouagadougou, secteur 6 de l'arrondissement 1, et de l'Institut de formation et de recherche interdisciplinaire en sciences de la santé et de l'éducation et annexe (IFRISSE) à Ouagadougou, secteur 23, quartier Wemtenga (siège), et à Saaba.

Félicitations donc aux autorités de la Santé pour tous ces efforts en vue d'assainir le milieu des établissements privés de santé où certains promoteurs sont plus soucieux de l'appât du gain que de la qualité de la formation.

On espère qu'elles s'en donneront les moyens pour veiller au respect scrupuleux des nouvelles dispositions en vigueur.

Il revient également aux parents d'élèves de savoir désormais distinguer le bon grain de l'ivraie pour ne pas envoyer leurs enfants dans des écoles dont les diplômes ne seront plus reconnus.

A bon entendeur, salut !

- Suite à la série d'attaques terroristes survenues au cours du mois d'août dernier, l'ancien président burkinabè Blaise Compaoré a adressé, depuis son exil d'Abidjan, un message de condoléances au peuple burkinabè.

Dans sa lettre de compassion, l'ex-locataire du palais de Kosyam appelle à l'union sacrée et invite les uns et les autres à mettre en sourdine les incompréhensions et les ego afin de mieux faire face aux groupes armés.

Lisez plutôt :

« C'est avec le cœur gros que j'ai appris, par voie de presse, les récents massacres ayant conduit à l'hécatombe dans notre cher pays. Le Burkina Faso et son peuple viennent de subir, une fois de plus, une lâche attaque qui a coûté la vie à nos forces de défense et de sécurité, aux vaillants Volontaires pour la défense de la patrie ainsi qu'à de paisibles citoyens qui ne demandaient qu'à vivre en paix. Hélas, ce malheur arrive après la terrible nuit de Solhan, après les nombreuses pertes du 4 août, celles du 9 et du 18 août 2021.

J'adresse aux autorités politiques, aux familles endeuillées, à nos Forces de défense et de sécurité dans toutes leurs composantes, mes condoléances les plus attristées, ma compassion ainsi que ma solidarité.

Face à ces drames qui ne cessent de se répéter laissant le peuple dubitatif sur son avenir et sur celui du pays tout entier, il est essentiel de se souvenir que sans une union sacrée nous ne parviendrons pas à arrêter la barbarie de ces assassins et à préserver l'intégrité de notre territoire.

Je veux encore une fois saluer la résilience de notre peuple dans cette guerre sans visage qu'il subit.

Je veux encourager toutes nos Forces de défense et de sécurité dans leur combat malgré les nombreux sacrifices suprêmes qu'elles encourent.

Je veux interpeller l'intelligence de chacun afin que nous soyons unis et solidaires dans cette grande épreuve, conscients que ce qui arrive à nos populations désarmées au Nord, à l'Est et dans d'autres régions du pays peut arriver à chacun de nous personnellement ou des proches.

Il est temps de taire nos querelles, nos incompréhensions et nos égos pour nous donner toutes les chances de préserver notre patrie en très grand danger.

J'élève des prières pour le repos des âmes des victimes et pour que le Dieu unique console le cœur de nos compatriotes en deuil ! »

Abidjan, le 27 août 2021

Blaise Compaoré

Ancien président du Burkina Faso

- Bien triste nouvelle ! Le rappel à Dieu de celui qui dirigea la Banque commerciale du Burkina avant de se lancer dans ses propres affaires tant dans l'Hexagone que dans son pays d'origine, la Libye. Beaucoup l'auront sûrement deviné, il s'agit bel et bien de Mahmud Hammuda, celui-là qui passait aux yeux de certains comme l'ami des jeunes commerçants. Eh bien, sa vie terrestre s'est arrêtée le vendredi 27 août dernier à Tripoli, où il a été emporté par un asthme contre lequel il se battait depuis quelques semaines, avons-nous appris de sources bien informées. Si Misurata pleure un fils, le Burkina verse des larmes pour un de ses serviteurs resté dans la mémoire de bien des gens en dépit de la distance qui les séparait. Le sexagénaire qui nous a quittés a foulé pour la première fois le sol burkinabè en 1994 pour occuper le poste de directeur central de la Balib (Banque arabe libyenne), l'ancêtre de la BCB dont il sera trois ans plus tard le Directeur général. Si Hammuda Al Hadi Mahmud a été maintes fois honoré tant aux niveaux africain qu'européen pour sa maîtrise des dossiers bancaires, la distinction qu'on gardera de lui est sans conteste celle de président d'honneur du Club des dirigeants de banques et d'établissements de crédit d'Afrique qui lui a été décernée à Lomé en mars 2019. Soit il y a deux ans et demi.

- Samedi 4 septembre 2021, à partir de 12h30, à l'hôtel Amiso de Ouagadougou, panel organisé par le Comité de l'Appel de Manéga sur le thème : « La reconstitution de la Haute-Volta en 1947 : quels enseignements aujourd'hui pour un sursaut national et patriotique contre l'adversité ?»

Panélistes :

- Pr Mélégué Traoré, diplomate et ancien président du Parlement ;

- Pr Basile Guissou, universitaire ;

- Dr Issaka Sourwèma, Naaba Boalga, chef de Dawelgué ;

- M. Yéro Boly, ancien ministre, ancien ambassadeur.

Entrée libre.

Tipoko l'Intrigante n'apprend rien d'elle-même, elle n'invente jamais rien. Tipoko l'Intrigante est un non-être. Elle n'est ni bonne en elle-même, ni mauvaise en elle-même. Elle fonctionne par intuition, car "l'intuition c'est la faculté qu'a une femme d'être sûre d'une chose sans en avoir la certitude..."

Ainsi va la vie.

Au revoir.

Ton cousin

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