Mali: Libération du chef de la Forsat - Les policiers s'expliquent, l'AMDH s'indigne

Militaires de la force conjointe G5 Sahel, dans la région d'In Tillit, au Mali, début novembre 2017

Au Mali, on ignore toujours où se trouve Oumar Samaké. Le commandant de la force spéciale antiterroriste (Forsat) a été brièvement incarcéré vendredi 3 septembre après avoir été inculpé notamment pour « meurtres » et « coups mortels » dans le cadre de l'enquête sur la répression meurtrière des manifestations anti-IBK de juillet 2020. Mais il a été relâché au bout de quelques heures suite à la vive protestation de policiers. Comment les policiers justifient-ils ce coup de force ?

Le commissaire Siméon Keita, le secrétaire général du SNP, syndicat national de la police, qualifie l'inculpation du chef de la Forsat d'« erreur judiciaire ». Joint par David Baché, de la rédaction Afrique de RFI, il explique les raisons qui ont poussé les policiers à agir de cette façon.

« La réaction des policiers hier soir [vendredi, NDLR] est du sentiment d'abandon. Il n'y a pas plus d'un mois, des policiers qui étaient en mission ont tous été placés sous mandat. Les policiers dans l'ensemble se sont dit qu'à ce rythme-là, ils seront un à un arrêtés. Et puis lorsque vous voyez les textes de création de la Forsat, elle est placée sous le commandement direct du ministre de la Sécurité et de la protection civile. Donc, la Forsat ne peut pas faire de mouvement sans l'ordre de celui-ci. Entre celui qui a reçu l'ordre et celui qui a donné l'ordre, qui doit être arrêté ? Je pense que l'intention des policiers, ce n'est pas d'entraver la justice, mais ce n'est pas le commandant qui devait être interpellé en premier lieu. »

À ce rythme-là, on finira tous en prison.

Il nuance toutefois en disant ne pas être sûr que les policiers se remobiliseraient si Oumar Samaké était arrêté une seconde fois : « On n'en arriverait pas là, même si nous sommes déterminés à défendre notre corporation, parce qu'à ce rythme-là, on finira tous en prison. »

Indignation de l'AMDH

Réaction très différente du côté de l'Association malienne des droits de l'homme (AMDH). L'association réclame la justice dans le dossier des tueries de juillet 2020, s'indigne du comportement des policiers et de la libération du commandant de la Forsat.

« Nous sommes d'abord indignés par cette attitude, explique son président, Me Moctar Mariko. Cela pourrait venir de tous les corps sauf de la police. C'est eux qui doivent aider les institutions républicaines à s'assumer et à avoir de l'autorité. Si les hautes autorités ne s'assument pas, on va vers l'effritement de la République du Mali. Nous attendons que les autorités s'affirment et que les choses rentrent dans l'ordre. »

Les juges ont eu le courage de s'assumer

Pour le président de l'AMDH, il faut qu'Oumar Samaké soit de nouveau arrêté et incarcéré : « Si on laisse les gens agir comme ça, tous les corps vont se lever. Quand un gendarme, un garde républicain, un douanier, un militaire se fera interpeller ça sera la même chose. C'est une confusion totale qui est en train de s'abattre sur le Mali. Une fois que la justice est réellement en train de lutter contre l'impunité, nous voyons des réactions contraires. Je dirais que les juges ont eu le courage de s'assumer. Il reste maintenant aux autorités politiques de s'assumer à leur tour, afin qu'on ne voit plus ce genre de comportement en République du Mali. »

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