Mali: Libération du chef de la Forsat - Le gouvernement malien veut rassurer sans reculer

Militaires de la force conjointe G5 Sahel, dans la région d'In Tillit, au Mali, début novembre 2017

Les autorités maliennes sont enfin sorties de leur silence, samedi. Un communiqué du gouvernement est tombé dans la soirée, il fait suite à la brève incarcération et surtout à la libération du commandant de la Forsat vendredi. Le commissaire divisionnaire Oumar Samaké avait été inculpé notamment pour « meurtres » et « coups mortels » dans le cadre de l'enquête sur la répression meurtrière des manifestations anti IBK de juillet 2020, qui avaient fait 14 morts. Incarcéré à la maison centrale d'arrêt de Bamako, il a été relâché sous la pression de policiers rassemblés devant la prison pour le faire libérer. Ce qui a suscité l'indignation de nombreux acteurs politiques et de la société civile malienne.

Le communiqué, sobrement signé du « gouvernement de la République du Mali », commence par s'adresser à « ceux qui ont manifesté » vendredi, sans nommer les policiers, pour les assurer que le gouvernement « ne veut leur nuire en quoi que ce soit ». Et pour leur rappeler qu' « il leur incombe d'assurer l'ordre et la sécurité ».

Le gouvernement exhorte également « au respect de l'autorité de l'Etat », rappelle avoir entamé « une action » pour lutter « contre la corruption et l'impunité », et assure que « cette action sera menée à son terme dans le strict respect des libertés, mais avec vigueur et fermeté ». Parce qu'il en va « de la crédibilité » des institutions maliennes et de la « restauration de la confiance entre les autorités et les citoyens », poursuit le communiqué, « il ne saurait être question de recul » ou d'« abandon ».

Une formulation qui laisse entendre, même si elle ne le dit pas clairement, que le commandant de la force antiterroriste Forsat pourrait à nouveau être interpellé et incarcéré, conformément au mandat de dépôt émis par la Justice malienne. Aucune précision en revanche sur les conditions qui ont permis la libération du Commissaire Samaké sans décision de justice vendredi, ni sur le lieu dans lequel il se trouve actuellement.

Indignation du M5 et des magistrats

Du côté du M5, pour le moment, c'est la colère. C'est ce mouvement qui avait organisé les manifestations de juillet 2020, réprimées dans le sang. Le porte-parole du M5, Jeamille Bittar, déplore cette entrave à la justice. « Nous condamnons avec la dernière vigueur ce qui s'est passé. C'est inadmissible. Nous avions entamé cette lutte du M5-RFP justement pour plus de justice. Les autorités doivent prendre les mesures idoines rapidement. Il doit retourner en prison, comme prévu. Qui est inculpé, qui doit être mis sous mandat de dépôt, etc, c'est au juge d'en décider. Toutes les personnes qui sont impliquées dans cette tuerie devraient répondre devant la justice. Que ce soit la Forsat, que ce soit d'autres individus, en tout cas nous voulons que justice soit rendue. Et nous demandons au peuple malien de rester mobiliser. »

Issu des rangs du M5, l'actuel Premier ministre Choguel Maïga« ne peut pas se soustraire de la position du M5-RFP, estime Jeamille Bittar. Choguel est avec nous, ainsi qu'Assimi Goïta qui est le président de la transition, on est tous dans la même dynamique parce que nous voulons un Mali nouveau. Il faut que chacun réponde de ses actes. »

Chez les magistrats, on parle de « stupéfaction ». C'est le mot employé par Bourama Konaté, président du SAM, le Syndicat autonome de la magistrature. Il exige la « ré-incarcération » du commandant de la Forsat. « Ce n'est pas du tout normal. C'est la première fois que j'entends parler de tels comportements. Nous demandons aux autorités que le commissaire divisionnaire Oumar Samaké retourne en prison où il avait été placé par un juge d'instruction. Et cela dans les meilleurs délais. Le juge, avant de placer sous mandat de dépôt, est obligé d'interroger. Quand il décerne le mandat de dépôt, il appartient à la justice éventuellement de le faire libérer et non qu'il sorte par des moyens détournés. Ce n'est pas parce que nous voulions le voir en prison, c'est pour le respect des principes et de la procédure pénale. »

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