Afrique du Nord: Alger et Rabat vont-ils entendre les appels au dialogue ?

Depuis la rupture de leurs relations diplomatiques décidée le 24 août par l'Algérie, la communauté internationale appelle les dirigeants des deux pays à s'abstenir de tout acte de nature à inciter à l'escalade.

L'organisation panafricaine, le monde arabe, la France, des personnes marocaines et algériennes, pour ne citer que ces exemples, demandent aux autorités algériennes de revenir sur leur décision dans l'intérêt de la stabilité au Maghreb.

Après avoir exprimé son regret concernant la rupture des liens entre l'Algérie et le Maroc, le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, déplore « toute détérioration des relations fraternelles, historiques, multidimensionnelles des deux États et des deux peuples maghrébins frères ». Il les appelle « à s'engager résolument dans une logique de paix et de coopération fructueuse dans les intérêts bien compris des deux peuples », selon un communiqué. Moussa Faki Mahamat réitère l'entière disponibilité de l'organisation continentale « à promouvoir toute initiative en vue de la reprise de leurs relations fraternelles au service de la paix et la prospérité au Maghreb et en Afrique ».

Dans le monde arabe, l'Organisation de la coopération islamique (OCI), la Ligue arabe, l'Arabie saoudite et la Libye exhortent l'Algérie et le Maroc à la « retenue » pour « résoudre les divergences éventuelles ». Dans un ton plus conciliant, l'Arabie saoudite, puissance régionale, demande aux parties concernées de tout faire pour « ouvrir un nouveau chapitre dans les relations (...) afin de garantir la sécurité et la stabilité ».

Du côté de Paris, la réaction ne s'est pas faite attendre. « La France reste naturellement attachée à l'approfondissement des liens et au dialogue entre les pays de la région, pour en consolider la stabilité et la prospérité », a déclaré le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des intellectuels, universitaires et acteurs de la société civile de l'Algérie et du Maroc ont également élevé leurs voix, appelant leurs dirigeants à un « retour à la raison ». Dans une pétition, les signataires disent refuser « la situation actuelle qui voudrait aboutir à une confrontation contre-nature (...) antinomique avec les intérêts des deux peuples et de ceux de la région ».

Des observateurs redoutent un conflit entre les deux pays

Reste à savoir si Algériens et Marocains mettront un peu d'eau dans leur vin pour revenir à la logique du dialogue et au réchauffement de leurs relations qui sont traditionnellement difficiles, en raison principalement de l'épineux dossier du Sahara occidental. Du fait de ce climat, la longue frontière entre les deux pays est officiellement fermée depuis plus de vingt-cinq ans (1994). Les tensions se sont accentuées l'année dernière quand l'ancien président américain, Donald Trump, a décidé de reconnaître la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental, en contrepartie d'une normalisation des relations du Maroc avec Israël. Cette normalisation a effectivement avivé les rivalités avec Alger, fervent soutien de la cause palestinienne.

S'y ajoute le fait que les autorités algériennes ont très mal pris les propos du chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, qui lors d'une récente visite au Maroc, a exprimé ses « inquiétudes au sujet du rôle joué par l'Algérie dans la région » ou encore « son rapprochement avec l'Iran ». Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, dénonce le fait pour les Marocains d'avoir introduit une puissance militaire étrangère dans le champ maghrébin, incitant son représentant à tenir des propos "malveillants à l'encontre d'un pays voisin". Ce qui constitue "un acte grave et irresponsable". Dans sa réponse, le royaume chérifien dit regretter la décision « complétement injustifiée » d'Alger de rompre les relations bilatérales.

Evoquant la situation actuelle entre l'Algérie et le Maroc, Pierre Vermeren, professeur d'histoire à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste du Maghreb, souhaite que le pire soit évité entre les deux parties. « Au fond, les deux pays ont des relations exécrables depuis très longtemps, ils ont déjà été en guerre, mais là, l'étape d'après c'est un conflit frontalier au Sahara », explique-t-il. « C'est la réponse différée aux accords d'Abraham (entre Israël et certains pays arabes sous les auspices des Etats-Unis) et au rapprochement du Maroc avec Israël », estime Pierre Vermeren, ajoutant que la rupture des relations qui vient d'intervenir « permet à Alger de se repositionner sur le nationalisme arabe (...) : vis-à-vis de la France, d'Israël, de la question kabyle et des islamistes ».

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