Afrique de l'Ouest: Coup d'Etat en Guinée - Que peut bien faire la pauvre CEDEAO ?

Sommet des chefs d'Etats et de Gouvernements de la CEDEAO (Photo d'archives)

72 heures après le putsch qui a renversé le Pr Alpha Condé, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), après les condamnations de principe, bande les muscles.

Hier mercredi 8 septembre 2021, réunis en sommet extraordinaire en visioconférence, les chefs d'Etat de l'organisation sous-régionale ont en effet exigé la libération du désormais ex-président, dont on est toujours sans nouvelles depuis dimanche, et le retour à l'ordre constitutionnel normal. Et comme il fallait s'y attendre, ils ont décidé de la suspension de la Guinée de toutes les instances communautaires.

Jusque-là, rien de nouveau, est-on tenté de dire, puisque c'est la même mesure qui a toujours été appliquée aux militaires qui ont osé descendre par effraction sur la scène politique. Un régime de sanctions dont on se doute de l'efficacité, car, sauf erreur ou omission de notre part, on n'a jamais vu des putschistes restituer le pouvoir sous la pression de ce qui est considéré à tort ou à raison comme un syndicat de chefs d'Etat.

La dernière preuve en date, c'est le cas malien, où la CEDEAO a payé au prix fort ses errements et son manque de fermeté. Ultime affront, les militaires, qui avaient renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020, n'ont pas hésité quelques mois après l'instauration d'une transition dirigée par des civils à renvoyer au champ, pour ne pas dire en prison, le président et le Premier ministre pour mieux accaparer le pouvoir. Et depuis, le colonel Assimi Goïta et ses frères d'armes se la coulent douce à la tête de l'Etat malien. Dans ces conditions, rien n'exclut qu'il ait pu inspirer, comme on l'a entendu ces derniers jours, l'ancien légionnaire qui a pris le pouvoir chez le voisin guinéen.

La CEDEAO réussira-t-elle à faire mieux avec la Guinée ? Rien n'est moins sûr. On craint fort qu'ici également les sanctions et les condamnations de l'organisation fassent l'effet d'un coup d'épée dans le château d'eau de l'Afrique. Cela est d'autant prévisible que le colonel Mahamady Doumbouya a certainement pris sa décision en connaissance de cause, c'est-à-dire convaincu de l'impuissance de l'organisation sous-régionale à lui faire lâcher prise.

L'envoi aujourd'hui d'une mission de haut niveau composée de la ministre ghanéenne des Affaires étrangères et du président en exercice de la Commission de la CEDEAO, l'Ivoirien Jean-Claude Brou, s'annonce comme une virée touristique.

Certes, les missi dominici du président en exercice, le Ghanéen Nana Akufo-Addo, seront accueillis à la hauteur de leur rang et écoutés, mais rien n'indique qu'ils seront entendus.

A moins que, face à un éventuel irrédentisme des putschistes, l'instance communautaire prenne de nouvelles mesures, de nature économique et financière. Mais l'expérience a montré que les premières victimes de ce type de sanctions sont les populations et non les auteurs des coups de force.

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