Sénégal: Répression d'une manif contre la vie chère - Macky Sall file du mauvais coton

Guy Marius Sagna
12 Septembre 2021
analyse

Des militants de la société civile ont battu le macadam hier, 12 septembre 2021, au Sénégal, pour protester contre la vie chère. Mais comme c'est de coutume sous nos tropiques, cette marche qui était interdite par les autorités, a été violemment réprimée. Cinq personnes dont des leaders d'OSC auraient été arrêtées par les forces de l'ordre.

L'on se demande de quoi a peur Macky Sall. Au lieu d'apporter des réponses aux populations dont certaines tirent le diable par la queue, il a plutôt préféré les réprimer. Macky Sall voudrait-il cacher le soleil avec son doigt ? On le sait, le panier de la ménagère se réduit comme peau de chagrin au Sénégal du fait de la flambée des prix des denrées de première nécessité.

Et à défaut de prendre des mesures idoines pour contrer cette situation, le pouvoir de Macky aurait dû instaurer un dialogue avec la société civile. Il est évident que la répression ne saurait constituer une réponse à la vie chère. Macky Sall, et c'est peu de le dire, file du mauvais coton. C'est d'autant plus vrai que la violence policière pourrait attiser davantage la colère de cette société civile.

En tout cas, il gagnerait à changer son fusil d'épaule. Et plus tôt il le fera, mieux cela vaudra. Car, avec les élections locales qui avancent à grands pas, une récupération politique est vite arrivée. Ce d'autant que des partis politiques et pas des moindres, ont déjà commencé à mutualiser leurs moyens, en vue de cette joute électorale.

En tout cas, le régime de Macky Sall aurait tort de persister dans la répression. Il a d'autant plus intérêt à se ressaisir que las d'attendre des promesses non tenues, le peuple sénégalais qui fait preuve de maturité politique, pourrait le sanctionner par les urnes à la présidentielle de 2024. C'est vrai que la conjoncture économique sous régionale y est pour quelque chose dans cette montée vertigineuse des prix des produits de grande consommation, mais cela ne saurait dédouaner le pouvoir de Macky Sall.

La mal gouvernance n'est-elle pas passée par là ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que le régime de Macky Sall a du pain sur la planche. C'est d'autant plus vrai que l'opposition promet de mettre du sable dans son «tiep bou dièn »*. Et si en plus, la société civile s'en mêle, Macky Sall pourrait avoir un sommeil léger dans les jours à venir.

On se rappelle que la coalition entre les deux entités avait mis Dakar à feu et à sang, lorsque le pouvoir avait mis l'opposant Ousmane Sonko aux arrêts pour trouble à l'ordre public, au moment où ce dernier faisait l'objet d'accusation de viol sur une jeune fille. C'est dire si les autorités de Dakar doivent travailler à éviter une émeute de la faim. Car, comme on le dit, ventre affamé n'a point d'oreilles. En tout état de cause, un homme prévenu en vaut deux.

*Plat national du Sénégal fait à base de riz, légumes et de poisson

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