Afrique: La figure de proue de la lutte contre la tuberculose en Indonésie se penche sur l'état des lieux

Des avancées majeures aux ravages du COVID-19, et ce qui vient après

La Dre Erlina Burhan a pris en charge des dizaines de milliers de patients atteints de tuberculose au cours de sa carrière, longue de trente ans.

An Biya Nur Melani (vidéo en anglais) est une patiente qu'elle n'oubliera jamais. An Biya avait seulement 17 ans lorsqu'on lui a diagnostiqué une tuberculose multirésistante. Elle a été la première enfant atteinte de tuberculose multirésistante que la Dre Burhan et son équipe ont traitée à l'Hôpital national de pneumologie Persahabatan, Jakarta.

« Les difficultés auxquelles nous faisons face en prenant en charge des enfants atteints de tuberculose multirésistante sont nombreuses, explique la Dre Burhan. À l'époque, les schémas thérapeutiques étaient uniquement destinés à des patients adultes. Il était donc difficile pour nous de définir la dose médicamenteuse et d'être sûrs qu'elle était adaptée à l'âge et au poids de l'enfant. Mais An Biya était vraiment très forte. »

Après 18 mois d'un traitement éreintant, au cours duquel elle passait plus de deux heures chaque jour à se rendre à l'hôpital, An Biya a guéri.

Aujourd'hui âgée de 25 ans, An Biya apparaît sur la couverture du Rapport 2021 sur les résultats du Fonds mondial [ télécharger en English | Français ] . Elle fait partie des quelque 44 millions de personnes dont la vie a été sauvée grâce au partenariat du Fonds mondial au cours des vingt dernières années.

Les investissements dans la lutte contre la tuberculose en Indonésie ont un impact significatif

La Dre Burhan est à la tête de la lutte contre la tuberculose en Indonésie depuis la création du Fonds mondial. Dans son centre de santé, on a traité des patients atteints de tuberculose multirésistante âgés de huit mois à 80 ans. Et même si l'on estime que l'Indonésie se classe au troisième rang mondial au chapitre du nombre de cas de tuberculose, le pays a réalisé des progrès importants.

La Dre Burhan se rappelle qu'avant les investissements du Fonds mondial, en 2009, seulement deux hôpitaux dans le pays prenaient en charge les patients atteints de tuberculose multirésistante, avec une capacité de seulement 50 patients chacun. Onze ans plus tard, près de 250 centres sont en mesure de fournir ces soins.

Entre 2010 et 2018, la couverture du traitement contre la tuberculose - le nombre de personnes découvertes, diagnostiquées et traitées - a presque doublé en Indonésie, passant de 36 % à 67 %. Bien que le nombre de décès imputables à la tuberculose demeure bien trop élevé, il a néanmoins chuté au cours de la même période, passant d'environ 112 000 à 92 000 par an.

Les médicaments vitaux sont désormais plus accessibles et moins onéreux, les laboratoires sont mieux équipés et les agents de santé sont mieux formés pour fournir des services de traçage, de dépistage et de traitement concluants.

Cependant, le COVID-19 a eu un effet dévastateur sur la lutte contre la tuberculose en Indonésie, comme partout ailleurs dans le monde.

L'impact catastrophique du COVID-19 sur la lutte contre la tuberculose

Pour la première fois dans l'histoire du Fonds mondial, les indicateurs clés des programmes de lutte contre la tuberculose ont enregistré des reculs importants. Par exemple, le nombre de personnes ayant été dépistées et traitées pour la tuberculose a chuté de 18 % entre 2019 et 2020, ce qui représente près d'un million de patients de moins.

En Indonésie, les nombres sont peu réjouissants. Les déclarations de cas de tuberculose ont chuté de 43 %, passant de 467 000 en 2019 à 267 000 en 2020.

La Dre Burhan en a elle-même été témoin.

« La diminution [du nombre de patients] est même de 50 %. Ce qui veut dire que des personnes se trouvent là, quelque part, avec des symptômes de la tuberculose, mais ne se rendent pas à l'hôpital. Cela signifie qu'elles sont probablement une source d'infection, désormais », déclare-t-elle.

La Dre Burhan explique qu'elle et son équipe ont également été témoins d'une augmentation importante du nombre de « patients perdus de vue », c'est-à-dire les personnes diagnostiquées porteuses de la tuberculose qui ont arrêté leur traitement et qui ne sont plus en contact avec l'hôpital. Ces patients sont particulièrement exposés au risque de développer une tuberculose multirésistante.

Comme de nombreuses structures, les systèmes de santé locaux ont dû réaffecter les ressources de la lutte contre la tuberculose à la lutte contre le COVID-19. Les agents de santé dans les centres dédiés à la tuberculose traitent désormais des patients atteints du COVID-19. Les laboratoires de dépistage de la tuberculose ont également dû s'affairer au dépistage du COVID-19.

Même la Dre Burhan a dû rediriger son attention. Elle a été nommée directrice de l'Équipe commando de lutte contre le COVID-19 de son hôpital et elle a participé de très près à l'élaboration des politiques nationales de riposte à la pandémie.

« Notre temps est principalement consacré au COVID-19 désormais, parce que les patients ne cessent d'être admis. »

La Dre Burhan se concerte avec le personnel médical à l'Hôpital national de pneumologie Persahabatan, Jakarta.

The Global Fund / Ed Wray

Le « bon côté » du COVID-19

Le Fonds mondial a riposté rapidement au COVID-19 et il avait, en date d'août 2021, approuvé 3,3 milliards de dollars US pour appuyer plus de 100 pays dans leur lutte contre la pandémie mondiale.

En Indonésie, le financement provenant du dispositif de riposte au COVID-19 du Fonds mondial a été utilisé pour soutenir le dépistage intégré de la tuberculose au moyen de radiographies pulmonaires parmi les populations à haut risque. Les fonds ont également appuyé les agents de santé communautaires pour qu'ils fournissent des services de prise en charge de la tuberculose à domicile, comme la délivrance de médicaments aux domiciles des patients, l'accompagnement des patients tout au long de leur traitement et le dépistage des cas contacts du foyer.

La Dre Burhan explique qu'elle y voit un « bon côté », puisque de nombreux protocoles sanitaires pour protéger les personnes du COVID-19 - comme le dépistage, le traçage, le lavage des mains et la distanciation sociale -, protègent également les personnes de la tuberculose. Et que pour son équipe, la pandémie a été l'occasion d'optimiser les avantages offerts par la technologie dans la lutte contre la tuberculose, comme le recours aux appels vidéo pour surveiller le traitement des patients.

« Nous devons nous assurer que ces éléments positifs mis en place dans la lutte contre le COVID-19 sont également utilisés dans la lutte contre la tuberculose », affirme-t-elle.

La Dre Burhan explique qu'avant tout, le COVID-19 est une démonstration de la vitesse à laquelle nous pouvons progresser dans la lutte contre une maladie infectieuse mortelle, si le monde entier unit ses forces.

« Avec le COVID-19, tout a été élaboré en un temps record - en moins d'un an, nous avions un vaccin. Je pense que nous pouvons en faire de même avec la tuberculose - il est grand temps. »

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