Madagascar: Dr Vahinala Baomiavotse Raharinirina - « La lutte contre les feux de brousse est l'affaire de tous »

interview

Face à l'ampleur des feux qui ravagent l'ouest de l'île, la ministre de l'Environnement et du développement durable, le docteur Vahinala Baomiavotse Raharinirina, souligne que la lutte incombe pas à tous. L'Armée, les forces de l'ordre et d'autres acteurs sont concernés par le combat.

Quelles sont les raisons qui ont particulièrement accéléré la propagation des feux à Marohogo et Ankarafantsika?

Nous faisons face actuellement à trois points de feu. À Ankarafantsika, à Maroho- go, site de reboisement du ministère de l'Environnement et du développement durable (MEDD) et au PK30, toujours sur la RN4. Il y a les effets directs des feux de brousse et la pratique du sur-brûlis. Mais en cette période sèche, la savane peut également s'embraser naturellement à une certaine température comme nous pouvons le constater dans de nombreux pays. De simples éclats de verre restés par endroit dans les savanes ou dans les pâturages, avec l'effet réfléchissant du soleil, peuvent entraîner le feu. Mais la culture sur brûlis et le charbonnage provoqués par l'Homme restent les principales sources de feu non négligeables.

Pourquoi ces formes de pression sur la nature ne peuvent-elles pas être maitrisées?

C'est d'abord une situation climatique dont Madagascar ne peut s' échapper. En outre, Ankarafantsika devient une zone de migration climatique. L'année dernière, un pacte communautaire a été établi entre les autorités locales, les notables, les parlementaires et les migrants. Le « Titika » ou pacte, rassemble les acteurs autour de certains engagements de ne pas détruire le parc. Mais actuellement, ce pacte reste à réactualiser car de nouveaux migrants arrivent et exploitent sans réfléchir tout ce qu'ils voient dans l'aire protégée. Le charbonnage ou la culture sur brûlis ne sont plus contrôlés et restent une problématique. Avec le souffle du vent dans cette partie ouest de l'île, le feu n'est toujours pas maîtrisé jusqu'à maintenant.

Comment faire pour maîtriser le feu alors? Y a-t-il un plan de lutte?

Madagascar dispose d'une stratégie nationale de lutte contre le feu depuis l'année dernière. Elle inclut entre autres l'utilisation de divers outils tels que la météo des feux, le géoportail , outre les satellites qui permettent de détecter les points de feu et aussi le comportement des feux à divers endroits en temps réel. La stratégie souligne la mobilisation des acteurs dans la lutte. Toutefois, la forêt constitue une souveraineté de l'Etat, sa protection doit relever de plusieurs autres entités et départements ministériels et non seulement du MEDD. En pareil cas, l'implication du BNGRC (Bureau national de gestion des risques et des catastrophes), de l'Armée, des forces de l'ordre, est vivement attendue. C'est l'affaire de tous. Ce n'est plus possible de repousser le feu avec des branches, comme ce que nous faisons depuis des années. Pourtant, la lutte dure des mois. En 2020, elle a duré six mois, cette année, nous luttons depuis quatre mois contre la propagation des feux. Le MEDD, avec son modeste budget, ne peut assurer à lui seul la lutte. Nous avons besoin de bombardiers d'eau, d' hélicoptères et d'autres moyens plus efficaces. De véritables investissements. Les quelques huit-cents personnes qui essaient d'éteindre le feu actuellement n'arrivent pas à eux seuls à abattre cette vaste besogne.

Des enquêtes sont-elles menées actuellement au niveau de ces trois points de feu?

Oui. Les origines des feux sont détectables. La stratégie de lutte que j'ai évoquée souligne la nécessité de la forte implication de la base. Pour le cas d'Ankarafantsika par exemple, des solutions doivent être trouvées pour freiner la migration vers cette aire protégée. Mais des réflexions en plus hautes sphères doivent aboutir à un plan de gestion de ce flux migratoire qui détruit à très grande échelle la forêt, la nature et la biodiversité. La stratégie nationale réprimande les communes dans lesquelles les feux sont nés et prennent de l'ampleur. Cela peut aller jusqu'à la réduction de 2% de leurs subventions au minimum. La tolérance zéro reste notre leitmotiv.

Qu'en est-il des ressources humaines auprès du MEDD pour faire face à ce genre de situation?

Nous avons des forestiers, des agents forestiers, des spécialistes de la forêt mais pas encore assez. Il y a seulement un agent forestier pour 200 000 ha alors qu'ailleurs un forestier s'occupe d'entre 1000 et 5000 ha au grand maximum. Réaliser des contre-feux n'est pas donné à qui veut, cela exige de la technique et des compétences. Pour l'heure, nous comptons sur ce qui est disponible et sur les communautés ou ce que nous appelons « les pompiers ruraux », à qui certaines techniques ont été transmises. Mais de nombreuses autres bonnes volontés nous ont prêté main forte depuis quelques jours.

Vous avez effectué un lobbying vert pour Madagascar au Congrès de la nature, organisé dernièrement à Marseille. La protection des forêts a-t-elle obtenu du financement?

Nous avons entre autres approché le Global Environment Fund (GEF) qui lance sa huitième phase. Nous demandons un peu plus pour notre enveloppe qui sera dédiée à la nouvelle Aire protégée de Makay. Il y eut d'autres bailleurs motivés. Le secteur privé est aussi très dynamique dans les actions avec le MEDD. Et d'ailleurs, les sites de reboisement du secteur privé dans le pays ne sont pas l'apanage des feux. Et pourquoi pas, en revanche, autant pour les sites relevant du domaine public?

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X