Afrique de l'Ouest: Concertations guinéennes - Quatre jours pour profiler la Transition

analyse

Chose promise chose due. C'est déjà ça de gagné, même s'il faut le reconnaître, c'est un scénario classique pour la soldatesque qui entre par effraction dans la scène politique. Mamady Doumbouya, l'homme fort de Conakry qui a chassé du pouvoir le président Alpha Condé le 5 septembre dernier, vient d'en donner la preuve.

En effet, les concertations nationales qu'il a annoncées se sont ouvertes hier mardi 14 septembre au palais du Peuple de Conakry. Une grand-messe politique qui a débuté avec les partis politiques qui ouvrent ainsi le bal qui doit se poursuivre jusqu'à vendredi avec d'autres acteurs de la vie nationale du pays : société civile, organisations syndicales, leaders religieux, opérateurs économiques et représentants de sociétés minières feront tour à tour le passage obligatoire du palais du Peuple pour un face-à-face avec la junte militaire.

Lors de la rencontre avec les partis politiques, on notait, entre autres, la présence, bien sûr, de Cellou Dalein Diallo de l'UFDG et principal opposant au président déchu, Sidya Touré de l'UFR et Salou Cissé du RPG-Arc-en-ciel, ancien parti au pouvoir. La présence de ce dernier serait-elle le signe d'une quelconque allégeance au Comité national du rassemblement et du développement (CNRD) ou faut-il plutôt y voir une démarche effectuée sous la contrainte ? Même si au moment où nous tracions les présentes lignes pas grand-chose n'avait filtré de ce huis clos, nul doute qu'il y a été question de la feuille de route de la Transition, dont le moindre contour n'a toujours pas été ébauché par le CNRD.

Néanmoins, on espère qu'à l'issue de ces concertations marathon, on en saura davantage sur le nouveau cap que le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya entend donner au navire.

Pendant qu'au palais du peuple l'atmosphère est au dialogue « convivial », de l'autre côté du bâtiment se joue un bras de fer entre l'ancien locataire du palais Sékhoutoureya et ses tombeurs.

En effet, quand bien même la messe aurait été dite au son de la canonnière, le Pr Condé ne semble pas se résigner sur sort. Depuis le jour de son arrestation, il refuse de signer sa lettre de démission que les militaires lui ont tendue. Une posture qui tranche avec celle d'Ibrahim Boubacar Keïta du Mali, qui a vite fait de se plier aux injonctions des militaires qui l'ont renversé en août 2020. Condé s'accroche-t-il ainsi à un hypothétique renversement de situation ou s'agit-il d'un simple Baroud d'honneur ?

Pendant ce temps, ses anciens homologues de la CEDEAO se préparent à se réunir demain à Accra pour se pencher sur le rapport de la mission qui s'est rendue vendredi dernier à Conakry. Une rencontre qui s'annonce comme un requiem pour l'ancien président guinéen, car en dehors du maintien de la suspension du pays des instances sous-régionales, on ne voit pas ce que l'institution communautaire peut encore faire pour l'ancien leader de la FEANF. Tout au plus pourra-t-elle négocier une libération rapide de Condé et l'autorisation pour ce dernier d'aller ruminer son chagrin dans un autre pays.

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