Congo-Kinshasa: Littérature - « Et les portes sont des bouches » assure la rentrée à Wallonie-Bruxelles

Quelques extraits lus par deux comédiens en guise de présentation associés à la recension de Munkulu di Deni ont donné un aperçu du second roman de Richard Ali aux amateurs du livre réunis, le 10 septembre, dans la Bibliothèque du centre culturel belge enchantés par les propos du recenseur qui l'a tenu pour une « merveille de littérature ».

Baptisant Et les portes sont des bouches, l'écrivain Yoka Lye Mudaba lui a souhaité sur le champ « un parcours exceptionnel ». Déjà lui-même séduit par le roman qu'il a lu d'abord comme relecteur, puis recenseur, Munkulu di Deni a communiqué à ses auditeurs la délectation qu'il lui a procurée personnellement. Ainsi, une vente des premiers exemplaires s'est faite sur le coup à un prix de soutien supérieur à son prix. Mais encore, l'on a assisté à une enchère spontanée d'une lectrice d'offrir un troisième ouvrage à tout celui qui choisirait de s'en procurer à la fois. C'est dire que le vœu du parrain n'aura pas tardé à se réaliser.

Emu, Richard Ali a été témoin de l'engouement suscité par ce roman écrit en deux parties, que Munkulu di Deni a décrit « comme deux livres dans un seul ». La première, répartie en quatorze chapitres écrits sur 136 pages et la seconde en onze chapitres à lire en 123 pages.

Et les portes sont des bouches dont l'idée, a dit l'auteur, a « germé à partir des rumeurs de la ville », lui a pris quatre années d'écriture. L'on comprend dès lors la forte ressemblance de la République qui y est décrite avec sa patrie, la République démocratique du Congo. Même s'il se cache derrière un jeu de mots pour donner le change à l'instar de la prison de Kalama, anagramme du centre pénitencier de Makala, on sait le deviner. Le tour de force qu'a réussi Richard Ali a été de faire en sorte que, comme par prémonition, la trame de l'histoire colle à l'actualité du pays.

Aussi, connaissant le burlesque qui accompagne son quotidien, il n'est pas étonnant que les invraisemblances qui y sont racontées fassent apprécier Et les portes sont des bouches. Pareil pour la couverture qui rassemble les petites phrases lues qui sur les murs, les portails et autres ruelles, bien connues des Kinois. Ces habituelles semonces à l'instar de « Epekisami kobwaka matiti awa (Défense de jeter les ordures ici), Lopango oyo eza ya koteka te (Cette parcelle n'est pas à vendre, etc. » qui ne manqueront pas d'arracher un petit sourire à plusieurs.

Ne pas lire d'un trait

Quand il évoque les questions politiques, l'auteur signale que le recenseur « prend position sans vraiment prendre position ». Astucieux, « il met tout sur le dos de Wilfried », le personnage central du roman selon les passages lus par deux comédiens lors de la présentation. Et donc, le conseil du recenseur qui avoue avoir fait « la seconde lecture par plaisir », à savoir : « Ne le lisez pas d'un trait, vous aurez tout perdu » est une sorte de promesse non dite.

Car, a-t-il confessé, « vu la délectation que le livre m'avait offert lors de sa première lecture », il ne pouvait en être autrement. Munkulu di Deni a suggéré à ses futurs lecteurs de le lire de façon méthodique : « Calez-vous bien sur la chaise de votre restaurant littéraire. Prenez trois à quatre chapitres comme entrée, puis après un petit temps de repos. Revenez sur dix à vingt chapitres comme plat de résistance. Et terminez par le reste des chapitres après une petite pause ». Et de conclure : « Vous aurez alors raison de déclarer en âme et conscience que vous avez bien mangé et vous ne regretterez pas le petit pourboire que vous glisserez discrètement au restaurant ».

Pour sa part, Richard Ali a souligné que Et les portes sont des bouches est dédié à feu Jean-Claude Ntuala. L'écrivain fut le grand lauréat du premier Prix Makomi dont il a regretté la disparition et présenté comme « un aîné et un ami ». Et tout particulièrement revenant au titre de son second roman, il explique : « Puisque les murs ont des oreilles, ils entendent tous les secrets, alors j'ai pensé que les portes sont des bouches ». Ce qui, selon l'entendement Kinois, est la traduction littérale de « Monoko ya ndako » lorsqu'on veut parler de l'entrée, la porte de la maison. « J'ai écrit ce livre de bout en bout sans y penser », mais un ami m'a fait cette réflexion ce matin : « L'entrée d'une maison est considérée comme sa bouche ». Cette métaphore qui porte le livre se tient d'autant plus que rappelle Richard Ali, « la première partie est intitulée Les murs ont des oreilles ».

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