Congo-Kinshasa: Répression d'une manif de l'opposition - De quoi Félix Tshisékédi a-t-il peur ?

L’escorte du commissaire divisionnaire adjoint de la Police nationale congolaise (PNC) de Kinshasa, Sylvano Kasongo. Mercredi 15 septembre 2021.
15 Septembre 2021
analyse

A l'appel de la coalition de l'opposition Lamuka menée par l'ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2018, Martin Fayulu, il était prévu une marche sur toute l'étendue du territoire congolais, hier, 15 septembre 2021.

L'objectif était de protester contre « la politisation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) » dont la nomination du futur président fait toujours l'objet d'une bataille rangée sur fond de calculs politiques à la petite semaine. Mais ladite marche a été reprimée par les autorités de Kinshasa qui n'ont pas hésité à sortir l'artillerie lourde pour empêcher Martin Fayulu et ses ouailles, de se rassembler aussi bien à Kinshasa que dans d'autres localités du pays.

En effet, des policiers déployés en grand nombre ont fait usage de gaz lacrymogènes et procédé à l'arrestation d'une vingtaine de manifestants, si l'on en croit un des porte-parole de Lamuka. Même les journalistes présents sur les lieux des événements, n'ont pas été épargnés puisque certains d'entre eux dont le correspondant de RFI, en plus d'avoir reçu des coups de matraque, ont vu leur matériel volé.

Pire, Patient Ligodi, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a été interpellé avant d'être plus tard libéré sur intervention du chef de la police et du ministre congolais de la Communication qui, tout en déplorant des « bavures policières », promet l'ouverture d'une enquête pour situer les responsabilités. On veut croire en la bonne foi du ministre mais quand on suit de très près le film des événements, tout porte à croire que le correspondant de RFI était dans le collimateur de la police congolaise.

Quand on sait les conditions de son arrivée au pouvoir, on comprend pourquoi toute réforme exigée de la CENI hérisse son poil

Tant et si bien que sitôt arrêté et jeté à l'arrière de leur véhicule, certains éléments n'ont pas hésité à s'asseoir sur lui pendant un bon moment, comme s'ils voulaient en découdre avec le journaliste. Il s'agit là d'une grave dérive qui mérite d'être sanctionnée avec la plus grande sévérité. Car, tout comme les forces de police qui avaient pour mission de prévenir tout débordement au cours de la marche, Patient Ligodi y était avec, lui, pour mission de couvrir l'événement aux fins d'informer l'opinion sur ce qui s'est réellement passé.

Il n'y avait donc pas de raison de s'en prendre à lui, étant donné qu'il ne faisait que son travail. Du reste, on en vient d'ailleurs à se poser la question suivante: de quoi les autorités congolaises ont-elles peur au point d'interdire une marche de l'opposition qui, on le sait, était annoncée de longue date ?

Pour autant que le président Félix Tshisékédi n'ait rien à se reprocher, il aurait dû laisser manifester les responsables de Lamuka qui, non seulement sont dans leur bon droit, mais aussi soulèvent là un problème très sérieux : celui de la politisation de l'organe chargé de l'organisation des élections. Mais en fait, quand on sait les conditions dans lesquelles Tshisékédi fils est arrivé au pouvoir, on comprend pourquoi toute réforme exigée de la CENI hérisse son poil.

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