Sénégal: Sédhiou / La palme de région la plus pauvre du Sénégal fait des ondes de choc - Mépris, faiblesse des investissements, culte de la paresse, le diagnostic ouvert !

16 Septembre 2021

L'Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages, menée par l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et rendue publique lundi dernier 13 septembre 2021, continue de susciter des réactions diverses et multiformes chez les populations de la région de Sédhiou. Cette étude organisée entre 2018 et 2020 révèle que Sédhiou est la région la plus pauvre au Sénégal, avec un taux de 65,7%. Pour les uns, c'est parce que l'Etat n'a pas assez investi dans la région, et pour les autres, ce sont les populations elles-mêmes qui manquent d'initiatives et d'engagement. Le débat est lancé sur les places publiques comme sur les différentes plateformes sur internet.

La région de Sédhiou est la première productrice d'anacarde au Sénégal, 2e région productrice de riz pluvial, 2e région productrice de banane, grande productrice de crevette et région déclarée Pôle aquacole par une Etude de la conférence des territoires du 20 novembre 2019. Les produits de cru arrivent à maturité à foison, les eaux douces coulent tranquillement entre les méandres irriguant les zones de bas-fonds à flot. Malgré la disponibilité de ce riche potentiel naturel, Sédhiou est classée région la plus pauvre du Sénégal, avec 65,7%. Ce qui, aux yeux de nombre de Sédhiois, constitue une ambivalence assez troublante.

Les réactions sont plus nombreuses et diverses sur les différentes plateformes animées par les citoyens de Sédhiou d'ici et d'ailleurs. Nombreux sont les citoyens qui pensent que l'Etat doit renforcer ses investissements dans la région de Sédhiou pour valoriser au mieux son potentiel moisissant en zone de production, du fait de l'enclavement et de l'absence d'infrastructures dans les domaines de la santé, de l'énergie, de la téléphonie, de la mécanisation de l'agriculture, entre autres. «C'est un mépris que Sédhiou, la première capitale administrative de la Casamance, soit reléguée dernier au classement des régions les plus pauvres du Sénégal. C'est même une honte pour notre Etat qui fonctionne comme si le pays ne s'arrête qu'à Dakar et Thiès. On ne sent pas des investissements dans le Sud, le SudEst (Kédoufou et Tamba) et le Nord (Matam), car, avec les milliards investis dans Dakar, alors que la route Sénoba-Mpack est impraticable, c'est une aberration. Les écoles en abris provisoires, l'accès à l'eau et à l'énergie... Il y a des exemples à n'en plus finir», se désole un fonctionnaire à la retraite qui a préféré garder l'anonymat.

APPEL A DES INITIATIVES INDIVIDUELLES ET COLLECTIVES POUR IMPULSER LE DEVELOPPEMENT A LA BASE

Toutefois et pour l'Agence régionale de développement (ARD) de Sédhiou, l'Etat est en train de faire d'énormes efforts avec notamment les constructions de pistes de production via les projets et programmes PPDC, PUMA, PUDC, l'ANRAC, etc. «Certes le besoin est immense, mais avec un peu de densification de ces investissements structurants, Sédhiou va très vite décoller», a indiqué Nfally Badji, le directeur de l'ARD de Sédhiou. Pour Cheikh Bounama Traoré, le président de l'Association pour le développement de Sédhiou (ADS), «il faut des initiatives personnelles et collectives pour impulser le développement à la base. Au niveau de l'ADS, nous avons tenté d'inciter les jeunes et les femmes à des activités génératrices de revenus, après des sessions de renforcement de capacités et des cadres d'incitation à l'entreprenariat et à l'auto-entreprenariat. Ces actions méritent d'être poursuivies et amplifiées. Mais, tant que le Sedhiois estimera que pour réussir il doit être salarié, on n'avancera pas de beaucoup. Et tant qu'on attendra de l'aide de quelqu'un d'autre, on restera toujours derrière. Il faut que l'on prenne conscience ce de cela», a-t-il dit.

IL FAUT UNE STRATEGIE DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE

Pour l'économiste et consultant Dr Ousmane Birame Sané, ancien directeur de la Bourse régionale des valeurs immobilières (BRVM), «en réalité, la région de Sédhiou n'a que des Communes rurales y compris même la «ville» de Sédhiou. Il y a des leviers à rechercher pour déclencher un cycle de développement auto-entretenu, en attendant le support de l'Etat. L'île dite du Diable pourrait être valorisé en la transformant en un Parc national, pour la préservation de la biodiversité, comme Djoudj à Saint-Louis... Elle deviendrait ainsi l'île du Paradis de la biodiversité. Il y a plusieurs de bonnes idées que nous pouvons mettre dans une Stratégie de transformation structurelle de Sédhiou...», a-t-il écrit sur la page WhatsApp de l'Association pour le développement de Sédhiou. Quant au colonel de la Gendarmerie à la retraite, Sankoung Faty, par ailleurs président du Collectif régional des organisations de la société civile de Sédhiou, il retient que «c'est incontestable que les investissements soient poursuivis dans les plaies du désenclavement, de l'accès à l'électricité, à l'eau et à la santé. Mais il faut reconnaître aussi nos tares sociales qui freinent notre développement. Au Sénégal, on a tendance à tout mettre sur le dos de l'Etat, en n'oubliant l'engagement et la détermination individuels et communautaire pour s'en sortir. Cela s'est passé comme ça dans tous les pays qui ont émergé».

LA RESPONSABILITE POLITIQUE ENGAGEE

Sur sa page Facebook, l'écrivain chroniqueur et éminent homme de lettres de Sédhiou, El Hadji Omar Massaly, glisse ces quelques observations : «je l'avais, hélas, souligné. Nous avons besoin des hommes politiques structurés qui ne se servent pas de nos collectivités pour avoir une base, afin d'être pistonnés à un poste politique. Nous avons besoin des hommes politiques fiables, sérieux et honnêtes qui, en plus des réalisations de l'État, feront face aux problèmes avec une vision large».

REQUISITOIRE CONTRE LA PARESSE TRANS-GENERATIONNELLE ?

Manifestement très critique dans ce même panel de l'Association pour le développement de Sédhiou, Eblen Salomon, journaliste à la retraite et acteur du développement local et de l'alphabétisation en langue mandingue, de jeter le pavé dans la marre de la réflexion : «y a-t-il une relation entre la Pauvreté et le mandingue ? Nous avons mal, quand les autres nous taxent de paresseux. Si on sait que notre région est culturellement mandingue, on peut se demander si la "mandinguisation" de notre terroir, dans le mauvais sens, n'est pas une source de Pauvreté ?» Et de poursuivre : «quand vous allez dans le Baol, les marabouts cultivent des milliers d'hectares dans leur Baol, mais se déplacent jusqu'au Walo pour faire de la riziculture». Eblen de lancer, ensuite, un défi sur son raisonnement adossé à des exemples qu'il se plait à citer : «dites-moi, à part El Hadj Sidiya Dramé de Ndiama Pakao qui a créé un village pour s'adonner à l'agriculture et à l'enseignement du Coran avec des centaines de talibés qui ne mendient pas et à un degré moindre El Hadji Sidiya Diaby de Taslima, quels sont les marabouts qui cultivent à une échelle importante ? Saviez-vous que dès qu'une famille compte un de ses enfants en Europe, cultiver devient une honte pour cette dernière ? Saviez-vous que les Saloum-Saloum seront bientôt plus nombreux que nous dans le Bounkiling (surtout dans le Sonkodou) ? Parce qu'ils croient au travail et au don de soi», a-til souligné avec force conviction.

AIDES-TOI, LE CIEL T'AIDERA

Le réquisitoire d'Eblen Salomon est telle une promenade dans les couloirs de la région de Sédhiou, avec le constat de la paresse érigée, par endroits, en règle de conduite (la facilité ?). «Quand une famille compte un fonctionnaire (ou salarié) dans ses rangs, adieu la terre ! Alors, ne refusons pas de voir le soleil, alors qu'il fait midi... Nous ne voulons que ce qui est facile. La politique nous a causé beaucoup de tort... Je crois qu'il faut une vaste et longue opération de sensibilisation, d'informations vraies, de conscientisation et de mobilisation, pour que nos mentalités changent. Sinon, toute notre génération mourra et notre région sera toujours dans les profondeurs du classement des régions les plus pauvres du Sénégal...»

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