Madagascar: Aéroports et aérodromes - Enjeux et envols

Dernièrement, Aéroports de Madagascar (ADEMA) a lancé un appel à manifestation d'intérêt pour la gestion et l'exploitation des aéroports et aérodromes secondaires actuellement sous sa tutelle. Progressivement, cette société, délégataire du pouvoir de l'État, confie ces plateformes aéroportuaires à des partenaires privés. L'objectif étant de réunir les meilleures conditions pour améliorer la connectivité aérienne, développer le tourisme et de faciliter la mobilité des opérateurs économiques et des marchandises.

Et de quatre ! La cérémonie de passation de gestion de l'aérodrome de Mananara Nord a été effectuée mardi 14 septembre dans l'enceinte même de cette plateforme aéroportuaire. Honorée de la présence des autorités locales, une signature de convention a été faite entre Jean-Germain Andrianiaina et Kalfane Amine Mohamed, respectivement Directeur Général d'ADEMA et Président du Conseil d'Administration du groupe Malagasy Spices, nouveau gestionnaire de cet aérodrome. Ce n'a pas caché sa satisfaction et son enthousiasme, indiquant dans son discours que le district, difficile d'accès, peut désormais faire décoller ses projets de développement.

Le groupe Malagasy Spices es t présent dans plusieurs secteurs, mais il est surtout connu à travers sa filiale opérant dans la préparation et l'exploitation de vanille. Implanté en plein cœur de la région SAVA, il a promptement répondu à l'appel à manifestation lancé par ADEMA en 2020.

« Le district de Mananara-Nord est difficile d'accès. Pourtant, ce ne sont pas les produits à faire expédier qui manquent par ici. Ce qui handicape considérablement nos sociétés. C'est la raison pour laquelle nous avons tout l'intérêt à avoir la gestion et l'exploitation de cet aérodrome », explique Kalfane Amine Mohamed.

L'aérodrome de Mananara-Nord constitue, ainsi, la quatrième plateforme confiée à une partie privée. Le transfert de gestion de celui d'Antsirabe au profit du consortium Société de Gestion et d'Exploitation de l'Aéroport du Vakinankaratra (SOGEAV) est effectif depuis mars. Maintirano est dorénavant géré et exploité par la société NeraAirports et Maroantsetra par la société AutoMad. « Notre agenda pour les mois à venir sera marqué par l'officialisation d'une série de transferts de gestion. A l'heure où nous parlons, 22 aérodromes sur les 45 sous notre tutelle ont déjà trouvé leurs nouveaux gestionnaires », déclare le Directeur Général d'ADEMA.

Gérer et exploiter

« Les gestionnaires ont pour attribution d'assurer l'exploitation au quotidien de son aérodrome ainsi que la qualité de service offert aux usagers et également l'entretien, la réparation des infrastructures et des équipements. Ils sont aussi chargés de préserver le patrimoine de l'aérodrome et d'assurer la sécurisation foncière et la sureté aéroportuaire. Mais ils ont surtout la mission de réaliser les projets de développement à court, moyen et long terme de la plateforme conformément aux offres présentées dans les dossiers de soumission », a indiqué le Directeur Général d'ADEMA, citant les articles dans le contrat de gestion. Il précise toutefois qu'ADEMA accompagne le gestionnaire dans la réalisation de ses missions en contribuant financièrement au fonctionnement et à la concrétisation des activités liées aux investissements prévues dans la convention.

ADEMA indique toutefois que la gestion et l'exploitation de ces plateformes présentent de belles opportunités pour les partenaires gestionnaires et de grands intérêts pour les opérateurs locaux. Ils peuvent acheminer plus facilement leurs produits et faciliter l'accessibilité de leur district. « Ils perçoivent également des différentes recettes, notamment passager. Mais à part les activités aéronautiques, ils peuvent aussi proposer des produits extra-aéronautiques pour augmenter leurs recettes », note Jean-Germain Andrianiaina. Pour le cas de l'aérodrome d'Antsirabe, SOGEAV qui le gère et l'exploite prévoit de développer le fret aérien international. Le projet est prometteur sachant que le Vakinankaratra est une zone d'aménagement agricole.

Le consortium est actuellement à la recherche de partenariat pour ce projet. « Des hangars seront alors construits et loués. Une aire de stationnement pour camions sera aménagée. D'autres activités seront développées aux alentours de la plateforme, si nous ne citerons que l'hôtellerie et la restauration », indique le Directeur Général d'ADEMA.

Une vague de transfert en vue

ADEMA a dans son giron dix aéroports principaux, à savoir celui d'Antsiranana, de Sambava, de Mahajanga, de Toamasina, de Sainte Marie, de Fianarantsoa, de Mananjary, de Morondava, de Taolagnaro et celui de Toliara. Elle gère aussi 45 aérodromes secondaires. En 2019, l a socié té décide de confier la gestion et l'exploitation de ces plateformes à des acteurs privés. « Des appels à manifestation d'intérêt ont été lancés. Concernant les principaux aéroports, nous n'avons pas eu de réponses satisfaisantes du fait notamment de la pandémie du covid-19. Nous allons relancer cet appel sous peu », fait savoir Jean-Germain Andrianiaina.

Les 22 aérodromes ont, quant eux, trouvé preneur. Les transferts sont en cours. Pour ce qui est de Tsiroanomandidy, Ampanihy, Antsalova, Betioky, Ambilobe, Ankazoabo, Beroroha, Morafenobe, Ambalavao,Ambatomainty, Andapa, Ankavandra, Befandriana-Nord, Bekily, Betroka, Mandabe, Malaimbandy, Port-Bergé, Soalala, Tsaratanana, Ambatondrazaka et Vatomandry, la recherche de partenaires va encore continuer.

Jean-Germain Andrianiaina - « ADEMA redécolle pour de nouveaux horizons »

Depuis 2017, la Société Aéroports de Madagascar, ADEMA S.A est devenue Délégataire de pouvoir de l'Etat pour la construction, la gestion et l'exploitation de tous les aéroports et aérodromes de Madagascar,à l'exception de ceux d'Ivato et de Nosy-Be. ADEMA a maintenant à son actif 30 années d'activité au cours desquelles les hauts et les bas se sont succédé. Mais actuellement, la société se trouve dans une situation difficile. Son nouveau Directeur Général, Jean-Germain Andrianiaina, nous accorde une interview pour faire un topo de la situation et donner des éclairages importants sur le plan de relance de la société.

ADEMA S.A fête son 30e anniversaire. Que pourriez-vous dire de cette célébration ?

ADEMA était créée un 26 février 1991, il y a donc trente ans. La célébration, qui a commencé en février et ne prendra fin qu'au mois de décembre, a retenu pour thème : « Trente ans de passion au service des aéroports. » Cette année, la société entame sa phase de maturité et sa vie d'adulte. Nous avons choisi de ne pas laisser passer un tel événement, malgré la zone de turbulences que nous traversons ces cinq dernières années. Le nouveau ministre en charge des Transports, Roberto Raharoarilala Tinoka, a honoré de sa présence la cérémonie pour marquer le « Ivony » (mi-parcours) de la célébration. D'autres événements sont programmés jusqu'à la fin de l'année. Ce 30e anniversaire est surtout marqué par le changement au niveau de la Direction générale puisque la passation de service entre mon prédécesseur et moi a eu lieu juste une semaine avant la cérémonie inaugurale des festivités.

Vous parlez de zone de turbulences.

Effectivement, puisqu'ADEMA se trouve actuellement dans une situation particulièrement complexe. Depuis 2017, les deux aéroports internationaux, Ivato et Nosy Be, qui assuraient 90% des recettes de la société, ont été retirés de son périmètre de gestion. En outre, sans aucune mesure d'accompagnement, les décideurs de l'époque ont mis sous notre responsabilité les quarante quatre aérodromes secondaires qui se trouvaient déjà déficitaires. La crise sanitaire de la Covid-19 a rajouté de l'huile sur le feu. Les trafics aériens des passagers ont chuté de plus de 70%. Nous avons du plomb dans l'aile, tous les voyants sont au rouge. Malgré cela, tous les emplois sont gardés, les salaires sont régulièrement payés. Les cinquante cinq aéroports et aérodromes sous notre tutelle continuent à fonctionner, respectant les normes internationales imposées par l'Organisation Internationale de l'Aviation Civile (OACI).

Vous avez récemment présenté le plan de relance d'ADEMA. Quels sont les points saillants de ce document ?

Ce plan de relance repose essentiellement sur cinq points, au premier rang desquels figure la refonte organisationnelle. La structure actuelle n'est plus adaptée à la nouvelle mission d'ADEMA. La démarche allant dans ce sens est déjà actée. Le second point concerne la préparation de l'ouverture des frontières. Le troisième point est la révision tarifaire. En effet, la dernière fois qu'ADEMA a révisé ses redevances aéronautiques, c'était en 2001. Ainsi, le Conseil d'Administration et l'Assemblée générale ordinaire des actionnaires ont validé la proposition de la Direction générale pour cette révision de la grille des redevances, afin de pouvoir redresser les recettes de la société. Les études y afférentes sont terminées et la prochaine étape consiste à les présenter aux instances de tutelle de la société afin de déterminer ensemble avec toutes les parties prenantes le moment opportun de son application. Il ne faut pas oublier que le monde vient de traverser une longue période de crise.

Le quatrième point est le développement des activités extra-aéronautiques. Enfin, le cinquième point et non des moindres, consiste à la recherche de partenaires pour l'extension et la modernisation des dix principaux aéroports gérés par Adema. Sur ce point, le processus de relance de l'appel à manifestation d'intérêt à cet effet est en cours. L'étude de préfaisabilité y afférente a déjà été déposée à la Direction de la Promotion du ministère de l'Economie et des finances pour avis et la recherche de financement pour les études de faisabilité auprès des bailleurs de fonds se poursuit.

Y aurait-il encore une quelconque possibilité de renégocier le cas des aéroports de Nosy Be et d'Ivato ?

Nous savons que l'Entât est en train de plancher sur les solutions possibles pour le cas précis de ces deux aéroports. Je ne suis pas bien placé pour répondre à cette question. Toutefois, je voudrais lancer un appel pour conscientiser tout un chacun du péril que comporte une entente mal jaugée comme par le passé. Le ministre en charge des Transports l'a dit, d'ailleurs, lors de sa visite à notre siège social : « Toutes les parties devraient être gagnantes dans une convention de partenariat. »

Des activités extra-aéronautiques sont-elles envisageables ?

Effectivement, depuis toujours, les activités extra-aéronautiques dans nos recettes tablaient sur une part n'excédant pas 15%. Ce qui a toujours rendu la société particulièrement dépendante des produits aéronautiques. Cette configuration de notre chiffre d'affaires nous enfermait dans une situation de fragilité parce que, comme nous venons de voir, l'effondrement du trafic dû à la Covid nous a entrainés dans une chute vertigineuse. Nous envisageons de remédier à cela en augmentant progressivement la part des produits extra-aéronautiques. Nous gérons, entre autres, des biens immobiliers dont l'exploitation mérite d'être optimisée et nous disposons du savoir-faire pour insuffler un véritable changement de paradigme dans ce sous-secteur. ADEMA Immo, ADEMA Engineering ou autre, ce ne sont pas les alternatives pour mettre en orbite de nouveaux relais de croissance qui manquent.

La réouverture de nos frontières serait imminente. Les aéroports et aérodromes sous tutelle d'ADEMA sont-ils prêts pour cela ?

En matière de mesures sanitaires, nous pouvons affirmer que nos six aéroports internationaux, à savoir SainteMarie, Toamasina, Antsiranana, Mahajanga, Toliara et Taolagnaro sont prêts. Ils sont tous équipés de tunnels désinfectants. Des abris-passagers ont été également édifiés côté-piste. Des installations mises en place à l'arrivée pour mettre les passagers à l'abri du coup de soleil ou des intempéries au cas où un fil d'attente se crée au niveau des tunnels. Des locaux d'isolement ont été aussi aménagés pour accueillir et traiter les passagers montrant des symptômes de la Covid-19. ADEMA a anticipé, nous nous sommes préparés pour cette réouverture depuis longtemps. Il nous reste juste à mettre au point quelques détails concernant la sécurité aérienne. De concert avec l'Aviation Civile de Madagascar (ACM) et l'Aviation Civile Internationale, nous effectuons des descentes sur terrain et dispensons également des formations de recyclage aux techniciens postés sur place. Il faut comprendre aussi que la longue suspension des activités du fait de l'urgence sanitaire a eu un impact sur l'opérationnalité des techniciens.

Des aérodromes ont été cédés à des sociétés privées. Quelles en sont les raisons ?

Sur les quarante cinq aérodromes secondaires qui ont fait l'objet d'appel à manifestation d'intérêt, vingt deux ont déjà trouvé leurs nouveaux gestionnaires. Pour une durée de cinq ans, ces partenaires assurent le bon fonctionnement de ces aérodromes. Tous les jours, ils sont chargés de la sécurité et de l'entretien des infrastructures aéroportuaires sous leur responsabilité. Ils ont aussi pour rôle de mener des travaux de réhabilitation et d'extension suivant leurs possibilités. Dans ce cadre, comme il est prévu dans le cahier des charges, ils peuvent nouer des partenariats pour matérialiser leurs ambitions. ADEMA les accompagne et apporte sa contribution dans le financement, le fonctionnement et les investissements. La stratégie mise en œuvre par ADEMA consiste à trouver des gestionnaires préalablement au lancement des projets de réhabilitation et de mise aux normes des infrastructures. Notre objectif prioritaire est d'appliquer la politique du gouvernement en matière d'attractivité territoriale, d'amélioration de la connectivité et de la facilitation d'accès aux différents sites touristiques. Tout cela s'inscrit dans la réalisation des « Velirano » institués par le président de la République, notamment pour leurs parties 7 et 11.

Quel bénéfice tire ADEMA-t-elle du transfert de gestion de ces aéroports et aérodromes ?

ADEMA n'a pas engrangé des gains financiers à travers ces transferts de gestion. Ces quarante cinq aérodromes que l'État nous a confiés en 2017. Jusqu'ici, les plate-formes n'ont enregistré que peu de trafics. Il faut cependant souligner qu'elles disposent d'un potentiel de développement important aussi bien sur le plan aéronau- tique que concernant les opportunités extra-aéronautiques. Sans oublier qu'ils représentent une valeur sociale de premier ordre. Ils vont, en effet, jouer de grands rôles dans les évacuations sanitaires, le transport des éléments des forces de l'ordre, l'acheminement des aides alimentaires et, surtout, faciliteront grande- ment la mobilité des opérateurs économiques et l'acheminement des produits agricoles. Grâce à ces nouveaux gestionnaires, nous pourrons dynamiser la connectivité aérienne en dynamisant le maillage aéroportuaire, désenclaver les districts reculés et promouvoir le tourisme à Madagascar.

Nous prévoyons des retombées économiques pour le pays. Il ne faut pas oublier qu'ADEMA effectue un service public, nous sommes engagés pour accompagner ces gestionnaires afin qu'ils puissent mettre aux normes et moderniser les infrastructures aéroportuaires, accueillir des vols réguliers, développer leurs recettes et rentabiliser leur gestion. Il est également utile de noter que l'article 52 de la convention de gestion de ces aérodromes prévoit la possibilité d'extension de la durée de contrat de plus de cinq ans suivant leurs projets avec les partenaires techniques et financiers.

Où en est-on avec le projet de construction de trois hubs à Madagascar ?

Nous parlons plutôt d'éclatement des vols, plutôt que de construction de hubs. L'État ambitionne de compter cinq cent mille touristes à horizon 2023. Nosy Be et Ivato ne pourront pas assurer seuls ce grand défi. Une perspective qui nous impose de multiplier les pôles de desserte long-courriers. Ainsi, de par leurs atouts géographiques et socioéconomiques, Andrakaka-Antsiranana, Toamasina et Toliara sont positionnés pour être transformés en plateforme d'éclatement, d'autant plus que ce sont des aéroports proches situés dans une zone abritant un port maritime international. Ces trois aéroports contribueront d'une manière significative dans l'atteinte des objectifs d'émergence fixés par les plus hautes autorités.

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