Afrique de l'Ouest: Sommet extraordinaire de la CEDEAO - Sanctions ciblées contre les putschistes guinéens

C'est un sommet extraordinaire marathon de la CEDEAO qui s'est tenu hier à Accra sur la Guinée et le Mali. Sur la table des discussions à huit clos des chefs d'Etat de la Communauté régionale, il s'est agi principalement de l'examen du rapport de ses émissaires à Conakry suite au coup d'Etat perpétré par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya.

A la fin de leur conclave, les chefs d'Etat de la CEDEAO ont décidé, outre le maintien de la suspension de la Guinée des instances de l'organisation, que les chefs de la junte et leurs familles seraient frappés d'interdiction de voyager et du gel de leurs avoirs financiers. Ils sont aussi appelés à nommer un premier ministre civil et à organiser des élections d'ici 6 à 12 mois. Par ailleurs, le président en exercice de la Communauté, le Ghanéen Nana Akufo Addo, devrait se rendre prochainement à Conakry pour exiger la libération inconditionnelle du président déchu, Alpha Condé.

Ces décisions de l'organisation régionale entrent en droite ligne dans ses principes fondateurs. En effet, son Protocole additionnel en matière de promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance et des droits de l'homme est clair à ce propos : la prise du pouvoir par les armes entraîne des sanctions et pour le pays concerné et pour les putschistes.

Que faire alors quand un soutien populaire au coup de force donne une bonne dose de légitimité au nouveau pouvoir contre la légalité ainsi bafouée ? Par ailleurs, comment sanctionner le « pays fautif », la Guinée en l'occurrence, sans que sa population en soit négativement impactée ? En tout cas, les sanctions ciblées contre les chefs de la junte et l'appel à une libération hic et nunc d'Alpha Condé font courir un risque d'impopularité à la CEDEAO, qui aux yeux de certains de ses citoyens, est un « syndicat des chefs d'Etat » peu au service des communautés de base.

On le voit bien, les chefs d'Etat de la CEDEAO marchent comme sur des œufs à propos de la Guinée et du Mali, ballotés entre l'application des sacro-saints principes de l'institution, le respect de la légalité constitutionnelle, la tolérance zéro aux putschs et le pragmatisme qu'imposent ces situations socio-politiques atypiques en Guinée et au Mali. On se demande alors si les conclusions du sommet d'Accra seront bien accueillies par les Guinéens, particulièrement, par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya et son Comité de rassemblement national pour le développement. Rien n'est moins sûr.

L'exemple du Mali voisin illustre bien le schéma d'une CEDEAO qui propose des mesures de retour à un pouvoir issu des urnes et de putschistes qui disposent dans la gestion de l'Etat, suivant un agenda écrit à l'aune des rapports de force en interne. En tout cas, le mauvais exemple malien dans l'acceptation des recommandations de la CEDEAO pourrait inspirer les nouveaux maîtres de Conakry, eux qui font courir les rumeurs d'une transition de 5 ans, consultent les Guinéens à tout-va, et appellent la communauté internationale à « accompagner le processus (de transition) sans pression, sans injonction, en faisant primer le réalisme sur la théorie et les principes ».

C'est à croire que les chefs d'Etat de la CEDEAO sont restés sourds à cette supplique du chef de la junte, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya.

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