Afrique: Bataille autour du contrôle de l'alimentation

Une alliance de groupes confessionnels et de la société civile, agissant pour la souveraineté alimentaire et la durabilité en Afrique, a appelé les donateurs à cesser de financer l'Alliance pour une révolution verte (Agra) ainsi que des programmes qui promeuvent l'agriculture industrialisée sur le continent.

Il s'agit de mettre en lumière le rôle joué par les acteurs religieux et leurs communautés dans le renforcement des résultats du développement mondial. L'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) qui est le plus grand réseau du continent d'organisations confessionnelles, et d'autres groupes de la société civile, représentent plus de 200 millions d'agriculteurs, de pêcheurs, d'éleveurs et de peuples autochtones à travers l'Afrique. Elle a adressé une lettre - qui a été approuvée par les organisations internationales - aux donateurs de l'Agra dans laquelle elle déclare : « l'Agra a échoué sans équivoque dans sa mission d'augmenter la productivité et les revenus et de réduire l'insécurité alimentaire ».

L'Agra a été créée pour transformer les petites entreprises agricoles en entreprises agricoles et devrait bénéficier des appuis des donateurs pour soutenir à son tour les efforts des agriculteurs africains afin de développer l'agroécologie et d'autres systèmes agricoles à faible intrant.

« Après quinze ans et des milliards de dollars dépensés, les donateurs doivent reconnaître que l'approche de la révolution verte a échoué », selon l'Afsa qui n'a pas manqué de critiquer l'Agra pour sa promotion de la monoculture. Ce qui va obliger les agriculteurs à utiliser des produits chimiques nuisibles à l'environnement en les rendant dépendants des entreprises et des longues chaînes d'approvisionnement. Une stratégie d'organisation qui « sape la résilience et augmente les risques d'endettement des petits agriculteurs face au changement climatique », déplore l'Afsa.

L'objectif de l'Agra était de faire une « révolution verte », transformer l'agriculture, augmenter les rendements grâce à ce qu'elle appelle des « approches innovantes », pour augmenter les revenus et la sécurité alimentaire de trente millions de ménages de petits agriculteurs cette année. Pour atteindre ces objectifs, l'Agra va bénéficier des financement de la Fondation Bill & Melinda Gates ainsi que d'autres donateurs, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni.

Dans son rapport annuel 2020, la présidente de l'Agra, Agnès Kalibata, souligne que l'organisation a dépassé un nombre de ses objectifs, touchant 3,9 millions de petits agriculteurs au cours de l'année. Mais un groupe de chercheurs indique que pendant des années, les rendements des principales cultures de base sont restés aussi faibles qu'ils l'étaient dans les années précédant la création de l'alliance. « Au lieu de réduire de moitié la faim, la situation dans treize pays cibles s'est aggravée depuis le lancement de l'Agra. Le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de 30 % au cours des années Agra », déplorent les chercheurs. « Il n'y a aucun signe de révolution de la productivité dans les pays cibles de l'Agra - rien qui augmente considérablement les revenus et réduit la faim », constate Timothy Wise, l'un des chercheurs.

L'Afrique importe environ 72 milliards de dollars de nourriture par an. Les agriculteurs locaux sont désavantagés par les prix souvent élevés de leurs aliments par rapport à ceux en provenance de l'étranger. Au lieu d'aider les agriculteurs par le biais des politiques gouvernementales, les initiatives de l'Agra érodaient leurs droits, tel est le constat fait par Francesca de Gasparis, membre de l'Afsa. Pour Fadel Ndiame, vice-président de l'Agra, il faut augmenter la productivité en combinant les gains génétiques ayant pour base les cultures issues de la recherche. « Nous devrions être guidés par des preuves [scientifiques] et ne pas passer trop de temps sur des [discussions] idéologiques... parce que la réalité est beaucoup plus complexe. Vous devez combiner toutes les options, mais le faire avec la fin à l'esprit », a-t-il déclaré.

La Fondation Bill & Melinda Gates a indiqué dans un communiqué qu'elle partage le point de vue de l'Agra selon lequel il existe de nombreuses voies pour augmenter durablement la productivité et les revenus des petits agriculteurs en Afrique subsaharienne. Elle soutient également « les efforts de l'Agra pour surveiller en permanence les progrès et collecter des données pour informer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ».

Elle pense que les agriculteurs africains devraient être habilités à « choisir parmi une gamme d'innovations qui peuvent les aider à s'adapter à des conditions stressantes telles que les températures élevées, les sécheresses, les inondations, les ravageurs et les maladies qui continuent de s'intensifier en raison du changement climatique ». Mais Timothy Wise a insisté sur le fait que, sur la base des performances, l'Agra n'avait pas le droit de prétendre qu'elle parle au nom des agriculteurs africains.« Il est temps que les donateurs écoutent les agriculteurs africains et les dirigeants communautaires », a-t-il déclaré.

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