Sénégal: Augmentation du nombre de pauvres - La cherté de la vie indexée

17 Septembre 2021

Un petit micro trottoir avec des Rufisquois a permis de voir que la paupérisation des populations est une réalité palpable. Dans nombre de familles, on assure plus qu'un seul repas celui de midi. Le soir c'est le système D (débrouillard). Pour beaucoup la situation est en rendue difficile par la cherté du coût de la vie.

Vêtue d'une camisole de wax, Coumba Faye est vielle femme septuagénaire, malgré son âge son avancé, elle reste une cheffe de famille active. Cette mère de famille, infirmière à la retraite qui vit au centre-ville de Rufisque, comme la plupart des sénégalais porte un jugement critique sur la situation actuelle. «Je suis au courant du débat sur l'augmentation de la pauvreté, et la situation est plus grave qu'on ne la décrit. Et tout cela relève plutôt de la cherté de la vie».

Selon Mme Faye, la situation est devenue intenable, car il est difficile aujourd'hui d'assurer les trois repas quotidiens, à moins de dépenser «dix mille francs par jour». «Je remercie Dieu, j'ai une famille nombreuse, et je dépense en moyenne dix mille pour pouvoir assurer les trois repas à la maison. Mais tout le monde n'a pas cette chance. Dans notre environnement immédiat on en connaît qui ne vivent que par la solidarité que les autres leur manifestent » explique-t-elle. Un sentiment que partage une autre dame que nous avons rencontré vendeuse de poissons fumés et autres produits séchés. Khady Ndiaye fait la navette entre Rufisque et les Iles du Saloum pour acquérir des produits et les revendre afin de pouvoir entretenir sa famille de 04 enfants et un mari au chômage. « Je suis responsable de famille, je me débrouille pour nourrir ma famille. Il m'arrive de m'absenter pour aller acheter les produits que je revends pour avoir des bénéfices que je réinvestis dans mon foyer. Mais pour dire vrai ce n'est pas facile, on se contente d'un repas quotidien et le soir si on a du couscous avec du lait en poudre», explique la dame, le cœur lourd et les yeux embués par des larmes qu'elle refuse de sortir. Sa peine est aggravée par la situation de sa jeune ville qui est enceinte, hors mariage. Des absences répétées qui ont malheureusement impacté sur l'éducation de ses enfants.

La dame Kiné Aw, vit à la cité Serigne Mansour en squattant les chantiers des maisons en construction. Son mari disparu, elle vit avec ses enfants et nous explique «ce sont les voisins qui nous donnent à manger mes deux petits-enfants et moi, en attendant que je puisse avoir une activité et subvenir à nos besoins ». Le phénomène de la pauvreté est perceptible dans le décor et dans la vie tous les jours, de plus en plus de personnes mangent dehors surtout le soir. Une preuve que dans beaucoup de famille, c'est chacun pour soi le soir. Dans certains quartiers les vendeuses de couscous et autres bouillies de mil sont prises d'assaut par des consommateurs.

D'autres lieux lotis se jettent sur les sandwichs et autres «fatayas» à 500frs. Adama est une dame qui, chaque soir aux premières heures du crépuscule, vient au niveau du quartier keury-Souf une grande calebasse remplie de couscous chaud. Elle est installée sur une marche d'un atelier de tailleurs sous l'éclairage d'un poteau électrique et est occupée à satisfaire la demande d'une clientèle composée en majorité de femmes qui viennent s'approvisionner avant de faire un saut dans la boutique sur l'autre trottoir pour acheter le sachet de lait en poudre qui va accompagner ce repas. Ce même spectacle est observé à la cité Tacko, dans les nouvelles zones d'habitation de Rufisque 2. Tous les soirs devant la pharmacie du quartier cité Tacko, une dame, assistée par sa fille, vend son couscous dans une grande bassine noire. «Cela fait un peu de plus de trois ans que je viens ici tous les soirs et je parviens à écouler toute la production et je peux me retrouver tous les soirs avec des revenus entre 12 et 17000. Les familles sont maintenant habituées à cela, je ne sais pas si c'est un choix ou c'est lié au manque d'argent».

Massamaba Diop, lui est un taximan qui a son garage sur le boulevard Maurice Gueye et avec sa voiture, il fait le tour de plusieurs quartiers rufisquois pour des courses en location avec les clients. Pour lui, ce phénomène est plus qu'une réalité c'est devenu presque un fléau, car cachant une certaine forme de prostitution avec les jeunes filles qui sont obligées de chercher par elles- mêmes, leur repas du soir et souvent ce n'est pas gratuit. « Il suffit de voir dans certains quartiers comment les vendeuses de couscous et de sandwichs sont assaillies pour savoir que dans les maisons ont fait plus les trois repas. On saute le diner parce que la vie est trop chère et certaines personnes en profitent pour exploiter la misère des jeunes filles. Tous les matins, je dois dépenser au moins 5000 francs et pourtant j'ai le riz et l'huile à la maison » nous explique. Une situation alarmante selon les personnes interrogées et les risques d'une explosion sociale sont grands.

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