Algérie: Quand les journalistes militants payent le prix fort

communiqué de presse

Quatre journalistes algériens sont actuellement accusés d'appartenance ou de soutien à des organisations terroristes et font l'objet de poursuites, quand ils ne sont pas emprisonnés. Tous ont en commun de consacrer leur activité journalistique à la défense de causes qui dérangent le pouvoir algérien.

Les journalistes Mohamed Mouloudj, Hassan Bouras, Jamila Loukil et Said Boudour, connus pour leur engagement en faveur des droits humains ou de mouvements politiques non reconnus par le pouvoir algérien sont depuis plusieurs mois dans le collimateur des autorités judiciaires. La multiplication des procédures de ce type a conduit, le 17 juin dernier, sept rapporteurs de la commission des droits de l'Homme de l'ONU à dénoncer l'utilisation d'accusations de terrorisme pour harceler des journalistes et des militants des droits humains*. Reporters sans frontières (RSF) dresse le portrait de ces quatres journalistes.

Mohamed Mouloudj

Fonction : journaliste au quotidien francophone Liberté ; membre du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK).

Statut judiciaire : arrêté le 12 septembre à son domicile et officiellement placé en détention provisoire depuis le 14 septembre.

Faits reprochés : poursuivi pour "atteinte à l'unité nationale", "publication de fausses informations" et "adhésion au mouvement du MAK", récemment classé par les autorités algériennes comme organisation terroriste.

Contexte : son arrestation intervient alors que sept autres militants soupçonnés d'appartenir au MAK ont été arrêtés ces derniers jours par les services de sécurité.

Hassan Bouras

Fonction : journaliste indépendant ; membre de la Ligue Algérienne des Droits de l'Homme (LADDH).

Statut judiciaire : arrêté le 6 septembre 2021.

Faits reprochés : neuf chefs d'inculpation ont été retenus à son encontre : "atteinte à l'unité nationale", "atteinte à corps constitué", "propagation de fausses informations", " appartenance à une organisation terroriste", "apologie d'actes terroristes", "complot contre la sécurité de l'Etat en vue de changer le régime" et "utilisation de moyens technologiques afin de mobiliser des personnes contre l'autorité de l'Etat".

Contexte : en janvier 2017, le journaliste et activiste des droits humains a été condamné à six mois de prison avec sursis pour "outrage à magistrat" et "offense et diffamation" suite à une interview de trois personnes dénonçant des faits de corruption dans la ville d'El Bayadh publiée sur les réseaux sociaux.

Jamila Loukil

Fonction : photojournaliste pour le quotidien Liberté à Oran.

Statut judiciaire : en liberté provisoire.

Faits reprochés : poursuivie pour "complot contre la sécurité de l'État pour inciter les citoyens à prendre les armes contre l'autorité de l'État ou à porter atteinte à l'intégrité du territoire national" ; "enrôlement dans une organisation terroriste ou subversive active à l'étranger ou en Algérie" et pour "publications d'information pouvant porter atteinte à l'intérêt national".

Contexte : Jamila Loukil a couvert les manifestations du Hirak et travaille à médiatiser les problèmes liés à la situation des migrants en Algérie. Elle est aussi l'épouse de Kaddour Chouicha, vice-président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme (LADDH), également poursuivi et en liberté provisoire.

Said Boudour

Fonction : journaliste pour Radio M.

Statut judiciaire : sous contrôle judiciaire.

Faits reprochés : poursuivi pour "complot contre la sécurité de l'État pour inciter les citoyens à prendre les armes contre l'autorité de l'État ou à porter atteinte à l'intégrité du territoire national" ; "enrôlement dans une organisation terroriste ou subversive active à l'étranger ou en Algérie" et pour "publications d'information pouvant porter atteinte à l'intérêt national".

Contexte : Said Boudour est un journaliste et défenseur des droits humains qui travaille sur la corruption en Algérie. En juin 2018, il a contribué à révéler une affaire de corruption et de trafic de drogue dans le port d'Oran impliquant les autorités.

L'Algérie figure à la 146e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2021 établi par RSF. Le pays a perdu 27 places depuis 2015.

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