Sénégal: Lycée Cheikh Oumar Foutiyou Tall de Saint-Louis - 500 millions de FCfa pour s'offrir une cure de jouvence

17 Septembre 2021

Créé en 1886, le lycée Faidherbe de Saint-Louis est rebaptisé du nom de Cheikh Oumar Foutiyou Tall le 13 juillet 1984. En 1919, l'établissement était le premier lycée de la France d'Outre-Mer. En 2010, il a bénéficié d'une première réhabilitation grâce à la coopération décentralisée avec Midi-Pyrénées. En quête de jouvence, les besoins pour sa réhabilitation sont estimés à environ 500 millions de FCfa.

SAINT-LOUIS - Le Lycée Oumar Foutiyou Tall de Saint-Louis, à l'origine nommé lycée Faidherbe, est un des monuments phares qui ont marqué l'histoire de la vieille ville. L'établissement, situé à quelques encablures de la Gouvernance, est un des lieux prisés par les touristes et autres visiteurs. La vieille bâtisse qui abrite cet établissement scolaire trône imperturbable au centre de l'île, non loin de la célèbre place Faidherbe. Son prestige et la qualité de son enseignement ont attiré des élèves venus de presque tous les pays de l'espace francophone. Saint-Louis étant la capitale de l'Afrique occidentale française (Aof), une bonne partie de l'élite africaine a été formée dans ce « foyer irradiant de culture et de savoir ». C'est un lycée qui a produit plusieurs meilleurs élèves du Sénégal au Concours général en sciences.

Une figure de l'histoire coloniale

Selon le Proviseur, Mme Mbodj Ndèye Arête Sarr, ce lycée a été créé en 1886. « L'établissement est devenu, en 1919, le premier lycée de la France d'Outre-Mer et c'est en 2010 qu'il a bénéficié d'une première réhabilitation grâce à la coopération décentralisée avec Midi-Pyrénées, une contrée de la France », révèle Mme Mbodj.

Hauts comme des piliers de cathédrale, ses badamiers (arbres géants appelés communément Guerté-Toubab en wolof) produisent toujours des amandes émulsives très agréables à manger et fournissant par l'expression une huile douce analogue à celle de l'olive. Selon Mme Mbodj Ndèye Arête Sarr, l'établissement au début de son histoire était dirigé par les Frères de l'Institut Ploërmel. M. Bally en a été le Directeur jusqu'en 1906 avant d'être remplacé par Antoine Morel, qui dirige l'école jusqu'en 1932. Entre temps, le 20 juin 1919 précisément, le décret portant création du lycée de Saint-Louis est signé et le 10 novembre de la même année, un autre décret lui attribue le nom de lycée Faidherbe.

L'établissement dispense des cours d'enseignement secondaire tout en abritant une École normale d'instituteurs, une école professionnelle et une école primaire.

C'est en 1924 que M. Charton, alors Inspecteur général de l'enseignement en Afrique occidentale française (Aof), transfère l'École normale d'instituteurs et l'école professionnelle. Et en 1947, les classes primaires quittent à leur tour le lycée. L'école prend alors la structure d'établissement strictement réservé au cycle secondaire. Depuis, le lycée ne cesse de grandir en termes d'effectifs, passant de 100 élèves à ses débuts à 800 en 1950 pour atteindre 1 600 élèves en 1974.

À partir d'octobre 1980, le lycée Faidherbe devient le premier établissement du Sénégal qui ne renferment que des classes de second cycle (de la Seconde à la Terminale).

Le 13 juillet 1984, il porte le nom du résistant Cheikh Omar Foutiyou Tall.

L'écrivain sénégalais, Birago Diop, auteur des « Contes d'Ahmadou Koumba », fait partie de la première promotion de ce lycée, qui a été fréquenté également par le Président Abdou Diouf, feu Amath Dansokho, Waldiodio Ndiaye, le Pr Amadou Makhtar Mbow, ancien Directeur général de l'Unesco, et plusieurs autres hauts cadres supérieurs du Sénégal et des pays de la sous-région. À en croire Mme Mbodj, ce premier lycée de l'Afrique occidentale française (Aof) est fréquenté aujourd'hui par 1750 élèves répartis dans 11 classes de Terminale, 13 classes de Première et 14 classes de Seconde. Il est encadré par 80 professeurs.

En termes de résultats, l'établissement a fait cette année un taux de réussite de 100% au Bac scientifique S1, plus de 80% au Bac S2. Une performance qui signifie, selon le Proviseur, que l'excellence est toujours là, malgré le manque d'équipements pédagogiques, surtout pour les séries scientifiques. Le pourcentage de réussite au Baccalauréat enregistré dans cet établissement scolaire est passé de 62% en 2020, à 51,75% en 2021. Le Proviseur a expliqué que cette baisse du taux de réussite est due au fait que l'année dernière, le lycée comptait des effectifs de 20 élèves de Terminale par classe, dans le souci de résilience de la Covid-19. Cette année, a-t-elle souligné, « on s'est retrouvé avec des effectifs de 50 élèves par classe, c'est ce qui explique cette légère baisse de performance, sinon, on peut toujours affirmer avec fierté que ce lycée demeure un centre d'excellence, avec des moyennes annuelles qui tournent autour de 16/20 dans les classes de Terminale ».

Une vétusté qui inquiète

Comme nombre de bâtiments coloniaux, l'ancien lycée Faidherbe est confronté à une vétusté de ses compartiments. Une situation qui commence à inquiéter ses responsables. Mme Mbodj a encore attiré l'attention des pouvoirs publics sur l'urgence et la nécessité d'aider ce lycée à mobiliser un financement estimé à 500 millions de FCfa pour lui permettre de bénéficier d'un deuxième projet de réhabilitation, car les bâtiments menacent ruines. Elle en veut pour preuve l'effondrement de la dalle d'une salle de classe, en juin 2021 ; heureusement en l'absence des élèves. Le Proviseur et les membres de son staff demandent avec déférence au Chef de l'Etat de les aider à réhabiliter et à rééquiper entièrement cet établissement scolaire, qui fut le premier lycée créé par la France en dehors de son territoire.

-----------------------------------

Un plaidoyer porté par les anciens du lycée

Lorsqu'on évoque l'histoire du lycée Cheikh Oumar Foutiyou Tall, une foule de sensations, de souvenirs de faits réels ou imaginaires se bousculent à l'esprit. Un vieux professeur de sciences naturelles, A. Fall, âgé de 76 ans, domicilié à Pikine Sor Daga, nous fait savoir qu'il a eu le privilège de fréquenter ce lycée et de revenir y enseigner, après l'obtention d'une maîtrise à la Faculté des Sciences de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. « Dans ce lycée, le pourcentage de réussite au Baccalauréat était, à l'époque, de 100%, nous étions tous brillants, nos professeurs étaient des Français », se souvient M. Fall. Selon lui, en période de préparatifs des examens de fin d'année, le week-end était mis à profit pour réviser et faire des devoirs jusqu'à des heures très avancées de la nuit. C'est pourquoi, fait-il savoir, un élève de la classe de Terminale était sûr de décrocher le Baccalauréat.

À Diaminar, un autre ancien élève du lycée, B. T. Diop, âgé de 72 ans, devenu un consultant international après avoir fréquenté l'Ecole polytechnique de Thiès, éprouve du plaisir à évoquer la belle histoire de ce centre d'excellence. Il ne passe pas par quatre chemins pour nous faire comprendre que ce lycée a toujours la particularité de produire des « génies » qu'on retrouve dans tous les domaines et secteurs de la vie économique de notre pays. Mes camarades de promotion, a-t-il poursuivi, sont tous devenus des professeurs, des ingénieurs agronomes, des médecins généralistes et spécialistes, des chirurgiens, pharmaciens, ingénieurs électroniques, des mines et de la géologie, des ponts et chaussées, des enseignants-chercheurs, des Directeurs généraux de sociétés et d'agences nationales, etc.

Un Directeur de recherches en poste à l'Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) a requis l'anonymat pour plaider avec véhémence « pour la réhabilitation dans les plus brefs délais de ce lycée qui demeure un monument historique et un site touristique.

Situé à quelques encablures de l'école, cet éminent chercheur, ancien de l'établissement, plaide aussi pour sa réhabilitation et son rééquipement. De l'avis de cet ancien du lycée, l'école occupe une place très importante dans l'histoire coloniale de l'Afrique occidentale française. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement doit, à son avis, impérativement faire en sorte que l'établissement retrouve son lustre d'antan.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X