Ile Maurice: Affaire Kistnen - De nouveaux squelettes sortent du placard

19 Septembre 2021

L'affaire Kistnen pourrait prendre une autre tournure dans les jours à venir. Selon plusieurs sources officielles, si la Major Crime Investigation Team (MCIT) devrait en principe procéder à l'interpellation d'un ou plusieurs suspects potentiels, pas de grande information ne transpire, pour l'heure, à ce sujet. En attendant, alors que l'enquête judiciaire a pris fin il y a quelques semaines, de nombreuses incohérences ont été notées du côté des médecins légistes dans cette affaire.

Si c'est la Dr Shaila Prasad Jankee qui s'était rendue sur les lieux, dans le champ de canne à Telfair, lors de la découverte du corps de Soopramanien Kistnen, c'est le Dr Ananda Sunnassee qui a autopsié la victime. Autre fait qui est ressorti lors de l'enquête judiciaire sur la mort de l'exagent du MSM : le corps, qui devait en principe être autopsié à l'hôpital Victoria, a été envoyé finalement à l'hôpital Jeetoo.

Rama Valayden, un des avocats de la famille de Kistnen, avait récemment posé la question afin de savoir pourquoi on a changé de médecin légiste et dans quels buts ? De faire ressortir que dans un premier temps, la raison évoquée pour ce changement était que l'hôpital Victoria était en rénovation. «Mais après une enquête des 'Avengers', il a été trouvé que la rénovation a débuté à partir du 21 octobre et qu'entre-temps, d'autres autopsies avaient été faites le 18 jusqu'au 20 octobre...»

Par ailleurs, d'après un rapport de police, c'est la Dr Jankee qui a fait transférer le corps de Kistnen à l'hôpital Jeetoo. C'est le chef inspecteur de police (CI) Nohur, station manager de Moka, qui a signé ce rapport qui ressort pour la première fois et dont nous détenons une copie. Les noms de tous les policiers concernés par cette enquête y sont mentionnés, notamment celui de l'ASP Buchoo, dont le nom est revenu souvent pendant l'enquête judiciaire au tribunal de Moka.

Mais le plus surprenant dans ce rapport, c'est qu'au point numéro 3, il est écrit que c'est bien la Dr Shaila Prasad Jankee qui a donné les instructions pour que le corps soit transféré à l'hôpital Jeetoo. Et non à Candos. La médecin-légiste a confirmé (voir l'express du 15 septembre) ce qui a été dit notamment par le Dr Ananda Sunnassee dans l'enquête judiciaire à l'effet qu'elle n'a pas donné cet ordre. Elle prenait ainsi à contre-pied ce qu'a avancé le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, dans une interview accordée à l'express le 5 septembre.

Sollicitée hier, la Dr Shaila Prasad Jankee maintient ce qu'elle nous a déclaré le 15 septembre, à savoir qu'elle n'a pas émis cet ordre. Qui dit vrai alors ? La police de Moka et le Dr Gungadin d'une part, ou les docteurs Prasad Jankee et Sunnassee, d'autre part ?

Confusion de dates

Autre indication du rapport : on a bien retrouvé sur les lieux un morceau de papier, qui serait les restes d'une prescription médicale au nom de Soopramanien Kistnen. Ce qui interpelle, c'est que cela soit écrit au point numéro 5 alors que cela aurait dû être au numéro 6, le rapport contenant deux fois le numéro 5. Ce qui laisse penser que ce numéro 5 aura été ajouté après, à moins que le CI Nohur ne se soit trompé de chiffre. Ce qui est tout de même inconcevable dans un rapport policier !

Autre incohérence relevée dans le rapport : au même paragraphe et point numéro que nous appellerons 5 (2), puisqu'il aurait dû être le numéro 6, il est écrit que Simla Kistnen s'est rendue au poste de police de Moka «on same day». Si le mot «same» se réfère à la date du 19 octobre, citée juste avant, au numéro que nous appellerons 5 (1), cela veut dire que Simla Kistnen a rapporté la disparition de son mari à 22 h 38 le lundi 19 octobre.

Or, Simla Kistnen a en fait donné sa déposition la veille, c'est-à-dire le dimanche 18 octobre vers 22 heures, et pas le lundi 19 octobre. Pour rappel, le corps retrouvé à Telfair le dimanche 18 octobre était déjà suspecté d'être celui de son mari, grâce à la bague retrouvée et au témoignage de Nanda Arian, qui s'était rendu le premier sur les lieux à la demande de la police. Encore une erreur du CI Nohur ?

Toujours dans ce même fameux paragraphe 5(2), il est mentionné que c'est Simla Kistnen qui a identifié le corps de son défunt mari, alors que c'est son neveu Nishay qui l'a fait le lendemain, donc le lundi 19 et non le dimanche 18. Cette confusion n'est pas sans rappeler ce qu'a déclaré un policier au tribunal de Moka, que c'est Neha Motee, l'esthéticienne amie du décédé, qui a procédé à l'identification à l'hôpital de Candos. On s'y perd...

«No foul play»

La dernière phrase de l'ultime paragraphe (numéro 6) du rapport est tellement éloquente que nous avons choisi de la citer textuellement. «Cause of death certified as pulmonary oedema, natural cause and no foul play suspected so far. Body handed over to relative for burial.» En effet, cette phrase est d'autant plus étonnante qu'elle montre comment la police a exclu d'emblée tout foul play sur un corps retrouvé partiellement calciné dans un champ de canne. Aucune date ne figure sur ce document.

En tout cas, toutes ces confusions notées dans ce rapport sur la mort d'un high profile donnent à réfléchir. Soit la police a fait preuve d'une incroyable légèreté, soit elle a voulu modifier le rapport ou du moins le rédiger d'une façon qui ne reflète pas la vérité.

Après Koomadha Sawmynaden, la police s'intéresse à Subbaroyan

Pooneven Subbaroyan, dit Vinessen, l'ex-partenaire d'affaires de Soopramanien Kistnen, serait actuellement inquiété par la MCIT. Pour rappel, c'est lui qui a remis à la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath le nom de ceux qu'il suspectait d'être derrière le meurtre de Kistnen et il a reçu une protection de la police pendant un certain temps. Or, pour le moment, les enquêteurs auraient décidé non seulement de l'interpeller mais aussi de fouiller dans toute sa vie. Son implication, il y a 20 ans, dans l'affaire de hold-up et mort d'homme à la MCB semble jouer contre lui, même si c'est une vielle histoire. Il semble que la piste du frère de l'ex-ministre Sawmynaden, Koomadha, a été abandonnée. Pour le moment. En revanche, ceux qui ont donné des explications pas toujours convaincantes dans l'enquête judiciaire, notamment certaines hautes personnalités, ne semblent pas avoir été inquiétés par les limiers de la MCIT.

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