Afrique de l'Ouest: Défiance de l'organisation ouest-africaine par les putschistes guineens et maliens - La CEDEAO victime de ses propres turpitudes

19 Septembre 2021
analyse

Le 16 septembre dernier, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) était en conclave à Accra, à l'effet de statuer sur le cas des putschistes de Conakry. De cette rencontre sont sorties des mesures, on ne peut plus draconiennes, à l'endroit de Mamady Doumbouya et de ses acolytes. Ainsi, les putschistes ont été interdits de voyager et leurs comptes bancaires ont été gelés. Ils ont également été sommés d'organiser des élections présidentielle et législatives sous 6 mois maximum, sans la possibilité d'y participer eux-mêmes. La CEDEAO a, en outre, exigé la libération sans condition d'Alpha Condé. Les présidents Akufo-Addo du Ghana et Alassane Ouattara de Côte d'Ivoire ont été dépêchés le 17 septembre dernier à Conakry, pour informer les putschistes de ce message de fermeté. Mais, il en fallait plus certainement pour ébranler la sérénité de ces derniers. En effet, la junte a répondu par une fin de non recevoir à toutes les exigences de la CEDEAO. En tout cas, son porte-parole a été, on ne peut plus explicite, sur le sujet.

Les deux émissaires de la CEDEAO ont quitté Conakry la queue entre les jambes

Ainsi, le colonel Amara Camara, puisque c'est de lui qu'il s'agit, au sujet du délai de six mois, a laissé entendre que cela dépendra de la seule volonté du peuple souverain de Guinée. En ce qui concerne l'interdiction faite aux putschistes de voyager, le colonel Camara, avec une désinvolture qui frise la moquerie, a déclaré que lui et les autres membres de la junte, en tant que soldats, sont en mission en Guinée. De ce fait, ils n'ont pas pour vocation de voyager. Pour ce qui est du gel de leurs comptes bancaires à l'étranger, les putschistes se disent sereins puisque, selon eux, ils n'en ont point. Enfin, le porte-parole a fait savoir que le président déchu ne quittera pas la Guinée et qu'aucune pression ne changera cette décision. Comme on le voit, les putschistes ont opposé une turlututu à la batterie de sanctions de la CEDEAO. L'on peut même se risquer à dire que cette fin de non recevoir des putschistes, s'apparente à une défiance vis-à-vis de l'Organisation ouest-africaine.

Et cette défiance peut être décrite ainsi qu'il suit : « Notre avènement au pouvoir répond à une attente légitime de notre peuple. Et seul ce dernier a le droit de nous juger. De ce fait, la CEDEAO peut aller se faire cuire un œuf ». Bien sûr, les putschistes n'ont pas employé ces mots mais c'est tout comme. En tout cas, l'on peut dire que les deux émissaires de la CEDEAO ont quitté Conakry la queue entre les jambes. De ce point de vue, l'on peut affirmer que c'est pour sauver les apparences qu'à la fin de la visite, Nana Akufo-Addo a declaré ceci : « Nous avons eu des entretiens très francs, fraternels avec le Colonel Doumbouya et ses associés et collaborateurs ». « Je pense que la CEDEAO et la Guinée vont trouver le moyen de marcher ensemble », a-t-il ajouté. Et ce ne sont pas seulement les putschistes guinéens qui défient la CEDEAO. Les putschistes maliens sont pratiquement dans cette posture, non seulement au sujet de la date de la tenue de la présidentielle, mais aussi à propos d'une éventuelle collaboration de leur pays avec la société militaire privée russe, Wagner.

La CEDEAO a l'obligation d'opérer sa mue

Relativement à l'exigence de la CEDEAO de tenir la présidentielle en févier prochain, Choguel Maïga, le Premier ministre de la transition, a été clair et net : cette question ne fait pas partie des priorités de son gouvernement. Par rapport à l'éventuelle arrivée des mercenaires russes sur les bords du fleuve Djoliba, chose que la CEDEAO a déjà condamnée, fermement, le même Choguel Maïga persiste et signe dans l'argumentaire selon lequel le Mali a le droit de collaborer avec qui il veut. Et le Premier ministre malien d'ajouter ceci : « On ne peut pas nous empêcher d'envoyer des gens pour être formés dans un pays donné parce qu'un autre pays ne veut pas ». En outre, Choguel Maïga a martelé qu'il y a des zones abandonnées qu'il faut occuper aujourd'hui . A mots couverts, le Premier ministre a évoqué dans ses propos, et la société russe Wagner et la France. Sur le sujet de Wagner, l'on sait que la CEDEAO et la France sont sur la même longueur d'onde. Pas question d'entendre parler de ces pestiférés de mercenaires du pays des Popov. De ce point de vue, l'on peut dire qu'en s'adressant à la France, les autorités maliennes s'adressent également à la CEDEAO.

A Conakry comme à Bamako donc, l'organisation ouest-africaine ne fait plus peur. Les peuples du Mali et de Guinée, peut-on dire, ont déjà fait le procès de la CEDEAO. Elle est, à leurs yeux, une structure ringarde, accrochée aux basques des chefs d'Etat, y compris les dictateurs et autres pouvoiristes. Et ce jugement n'est pas loin de la réalité. C'est pourquoi les putschistes de tout poil surfent sur cela pour légitimer leurs coups de force. L'on peut donc dire que la CEDEAO est victime de ses propres turpitudes. L'organisation ouest-africaine serait donc bien inspirée de déconstruire cette image par des actes concrets allant beaucoup plus dans le sens des intérêts des peuples que dans celui des intérêts égoïstes des présidents. Et elle a eu l'occasion de le faire, quand Alpha Condé s'est retranché au palais Sekoutoureya pour tailler la Constitution à sa mesure.

En tout cas, la CEDEAO a l'obligation d'opérer sa mue. Faute de cela, elle mourra de sa belle mort. Cela dit, et pour revenir aux velléités des putschistes maliens de collaborer avec les mercenaires russes de Wagner, l'on peut simplement leur suggérer de bien mesurer tous les enjeux d'une telle éventualité de sorte à ne pas prendre l'ombre pour la proie. Les autorités maliennes sont-elles absolument sûres que le vide laissé par les forces de Barkhane, auquel elles font allusion, sera comblé par les 1 000 mercenaires russes de Wagner ? Si oui, à quoi sert véritablement l'armée malienne, en dehors de son inclination maladive à perpétuer des putschs ?

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