Madagascar: Vente d'avion militaire - On ne peut accabler qu'un plus faible que soi

L'affaire de la Casa CN-235, cet avion de transport militaire acheté puis repris par le vendeur pour insolvabilité est sur toutes les lèvres. Encore une bourde pour le pouvoir diront certains, malheur aux clients désargentés penseront d'autres. En effet, comme toujours, plus prompte à parader pour l'immédiat qu'à agir pour le long terme, le pouvoir en place, comme La Cigale de la fable, se trouve fort dépourvu quand la bise (gifle,plutôt) fut venue.

Le sérieux quotidien Le Monde a pris la plume de la presse à scandales en relatant cette affaire. « Mauvais payeur, Madagascar... » titre le journal et l'article commence ainsi « L'histoire est celle d'une gabegie dans un pays confronté à la famine : plus de 4 millions d'euros ont été dépensés en pure perte par le ministère de la défense de Madagascar » ce qui illustre le ton adopté par le journaliste. Moqueur, dédaigneux à la limite injurieux, l'auteur n'y va pas sur le dos de la cuillère quand il finit son papier par « En attendant une hypothétique issue, la facture continue de s'alourdir pour les Malgaches, pauvres débiteurs de l'éphémère coup d'éclat de leur président dans le ciel d'Antananarivo »

Le lecteur malagasy même s'il n'est pas un fervent partisan de son président se sent un peu lésé sans son amour propre et il y a de quoi quand la peine a été prononcée par le Directeur Général de la Sofema, Monsieur Giscard d'Estaing Guillaume de son prénom, cousin de l'autre, le président dindon de la grosse farce « des avions renifleurs », oui celui qui a reçu des diamants de l'empereur Bokassa.

« La Sofema est une société française spécialisisée dans la négoce de matériels militaires d'occasion avec les pays pauvres » note le journal, c'est-à -dire qu'elle navigue dans les eaux troubles des marchands de canons, mais se figure comme un commerçant au coeur tendre parce qu'elle équipe les pays pauvres et « son catalogue offre une palette d'équipements au passé souvent compliqué mais à la portée des bourses les moins garnies» et la bienveillance à l'égard de ses clients est son point fort. Pour ce Casa CN-235, par exemple, qui date de 1987 (34 ans), il a servi au Botswana pendant 25 ans et a été revendu au Togo puis racheté de nouveau par la Sofema car mal ou peu entretenu, cet aéronef pouvait ternir l'image de l'entreprise selon Guillaume Giscard d'Estaing. Enfin,revendu en 2019 soit après 5 ans ??? à 7,3 millions d'euros plus les prestations supplémentaires.

Les acheteurs non connaisseurs de la « chose aéronautique » ont déboursé quelques 4 milliards d'euros mais l'ardoise comporte encore 4 973 658 euros à devoir et nous n'aurons que nos yeux pour pleurer.Et la conclusion de l'article laisse un goût amer « Le marché des pays à faible pouvoir d'achat est notre spécialité. Les discussions ne sont pas toujours faciles. Nous avertissons nos clients mais nous ne sommes pas des censeurs. Notre rôle n'est pas d'empêcher des Etats d'acheter du matériel militaire : l'époque de Tintin au Congo est terminée. J'ai fait preuve de beaucoup de souplesse avant de prononcer la résolution du contrat », précise M. Giscard d'Estaing.

Nos dirigeants ont beau protesté et dire qu'ils ont payé mais « business is business » et en réglant la facture mais hors délai ne vous rend pas propriétaire de la chose vendue.

Aux dernières nouvelles la France s'est fait doubler par les Américains dans la vente de 12 sous-marins à l'Australie pour un marché de plus de 50 milliards d'euros et son ministre des affaires étrangères de dire que c'est un couteau dans le dos de la part d'un allié. Et oui, on ne peut accabler qu'un plus faible que soi et Il n'y a pas d'etat d'âme chez les marchands de canons.

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