Rwanda: Paul Rusesabagina condamné à 25 ans de prison

20 Septembre 2021

Déjà reconnu coupable de terrorisme, le héros de "Hôtel Rwanda" a été jugé pour son soutien au Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d'avoir mené des attaques au Rwanda en 2018 et 2019.

Le parquet avait requis une peine de prison à vie. Paul Rusesabagina écope donc d'une sentence moins lourde : 25 ans de prison.

C'est à 11h, heure locale, que la session, retransmise en direct, a débuté au tribunal de Kigali. Pendant plusieurs heures, les magistrats se sont relayés pour présenter le contexte, les liens entre Paul Rusesabagina et ses co-accusés, ainsi que les connexions qu'il aurait eues avec des groupes rebelles notamment présents dans l'Est de la RDC.

"Mon père a été kidnappé"

Pour Carine Kanimba, la fille de l'opposant, le procès de son père est une pièce de théâtre. Et elle assure que la famille va poursuivre le combat. "Ce verdict ne veut rien dire, assure-t-elle avant d'ajouter, les sentiments pour nous restent les mêmes".

Carine Kanimba affirme que son père "a été détenu illégalement avant ce verdict" et l'est encore actuellement. "Nous continuons notre campagne pour sa libération. Mon père a été kidnappé, mon père n'a toujours pas accès à son équipe internationale d'avocats. Nous allons continuer la campagne, nous espérons que d'autres mesures politiques vont être prises, mon père est un prisonnier politique, il faut une solution politique à ce problème", explique cette filles de Paul Rusesabagina.

Continuer coûte que coûte

Une solution politique, c'est aussi le souhait de Vincent Lurquin, l'avocat belge de Paul Rusesabagina. Pour lui, les droits de son client n'ont pas été respectés : "C'est un procès qui a été écrit d'avance, c'est un procès qui aurait pu s'écrire le jour avant le début du procès.

On ne parle pas de l'enlèvement de Monsieur Rusesabagina, on ne parle pas du fait qu'il ait été torturé, tout ça n'est pas remis en question. On ne parle pas du fait qu'il n'ait pas pu avoir des avocats de son choix.

On a donc un procès qui me semble plutôt formel, un procès plus politique que judiciaire. Je ne dis pas qu'il n'y a rien dans le dossier, on ne demande d'ailleurs pas qu'il soit blanchi, on demande uniquement qu'il puisse être jugé selon les règles normales du droit judiciaire, ça n'a pas été le cas", fustige l'avocat.

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Opposition rwandaise déligitimée

Pour l'analyste allemand Gerd Hankel, le cas Rusesabagina brise les chances d'une opposition forte et légitime face au président Paul Kagamé. "Paul Kagame a pris sa revanche mais il faut avouer aussi que Paul Rusesabagina a fait une boutade. En faisant ce commentaire sur la vidéo qui circule et en justifiant les attaques des FLN, il a, dans une très large mesure, facilité la tâche à Monsieur Kagame. En agissant ainsi, Paul Rusesabagina a, à mon avis, et je le déplore, délégitimé l'opposition nécessaire au régime de Kigali", analyse Gerd Hankel.

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Le 5 septembre dernier, le président rwandais Paul Kagame a rejeté les nombreuses critiques formulées à l'encontre de ce procès pour terrorisme visant Paul Rusesabagina.

Le chef de l'Etat rwandais a souligné qu'il méritait "d'être jugé équitablement devant un tribunal" et qu'il serait "jugé aussi équitablement que possible".

Reaction d'Amnesty international

Dans sa réaction, l'ONG de défense des droits humains dénonce les "nombreuses violations de l'équité du procès, notamment l'arrestation de Rusesabagina sous de faux prétextes et son transfert illégal au Rwanda, sa disparition forcée et sa détention au secret après sa remise au Rwanda".

Sarah Jackson, directrice régionale adjointe d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Est, la Corne de l'Afrique et les Grands Lacs ajoute : "Les victimes et les survivants d'attaques attribuées aux Forces de libération nationale méritent que justice soit rendue. Les violations de l'équité du procès dans cette affaire ont desservi le cours de la justice et les victimes et survivants des attaques dont Rusesabagina et d'autres personnes étaient accusés d'être responsables."

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