Afrique de l'Ouest: Le Mali ne digère pas les critiques du Niger

Le président du Niger, Mohamed Bazoum (à gauche) et le président de la transition au Mali, Assimi Goïta
20 Septembre 2021
analyse

Les propos du chef de la diplomatie nigérienne contre la transition malienne et le groupe Wagner ne passent pas à Bamako.

Les relations entre le Mali et le Niger sont de plus en plus tendues. De récents propos du tenus par le chef de la diplomatie nigérienne ne passent pas à Bamako. Hassoumi Massaoudou a en effet critiqué sur la chaîne RFI, les militaires au pouvoir et insisté sur le délai de la transition. Il s'est ouvertement opposé à une quelconque collaboration entre le Mali et une société privée russe évoluant dans le domaine sécuritaire.

"Ventre mou"

Dans un communiqué le ministère malien des Affaires étrangères a rejeté dimanche [19.9.21] "les propos inacceptables, inamicaux et condescendants de la part d'un responsable dont le pays a toujours entretenu d'excellentes relations avec le Mali." Cet incident diplomatique n'est pas le premier du genre entre Niamey et Bamako.

Dans la série des escarmouches entre Niamey et Bamako, on retient des commentaires tels "le Mali est le ventre mou de la sécurité dans le Sahel" du président Mohamed Bazoum alors candidat à la présidentielle. "La situation actuelle au Mali a un impact direct sur la sécurité intérieure de notre pays. C'est pourquoi notre agenda diplomatique sera centré sur le Mali", avait-il ensuite déclaré lors de son discours d'investiture en avril dernier.

L'actuel président nigérien accusait encore en juillet les putschistes maliens de vouloir masquer à travers les coups d'état "leurs déboires sur le front ou ils devaient être".

Il y a eu aussi cette sortie en juin dernier de Kalla Moutari, ex-ministre nigérien de la Défense, dans la foulée de l'annonce du retrait des troupes françaises :

"Cela donne au Mali la possibilité de servir d'exemple en chassant toutes les forces étrangères présentes sur son sol et de ne compter que sur son armée. Moi j'ai la conviction que l'armée malienne ne peut même pas sécuriser Bamako".

Amadou Aya est le secrétaire général de la Convergence pour le développement du Mali (Codem), il est un proche de l'ex majorité présidentielle d'Ibrahim Boubacar Keita. Il salue la réaction de Bamako suite aux propos du ministre nigérien des Affaires étrangères :

"La réponse du gouvernement est à la hauteur des accusations du ministre nigérien des Affaires étrangères à l'endroit de notre pays. Bamako devait réagir de la sorte et avec la dernière rigueur. Nous encourageons le gouvernement du Mali à réagir par les voies diplomatiques les plus appropriées à chaque fois que notre honneur et dignité sont remis en cause".

"Diplomatie malencontreuse"

Cet incident diplomatique pourrait nuire aux relations bilatérales entre Bamako et Niamey.

C'est du moins, ce que pense Baba Dakono, chercheur et secrétaire exécutif de l'observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité :

"Nous sommes dans le cadre de collaborations multilatérales sur le plan sécuritaire. La force conjointe du G5 Sahel notamment au niveau de son fuseau Centre a besoin d'une coalition armée, Mali, Niger, Burkina Faso pour opérer efficacement et surtout pour pouvoir matérialiser une des dispositions du concept note de cette force qui est la possibilité de poursuite au-delà des frontières nationales.

Au départ, c'était sur 50 kilomètres, mais il s'est agi d'aller au-delà de ces 50 kilomètres. Donc, de ce point de vue, il est important que les relations diplomatiques, la coopération politique entre ces différents pays soient au beau fixe".

Les tensions entre les deux pays font réagir aussi le journaliste nigérien Moussa Askar qui dénonce pour sa part, "une diplomatie malencontreuse des autorités nigériennes qui pourraient être préjudiciables aux communautés vivant de part et d'autre des frontières".

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