Afrique de l'Ouest: Lutte contre le terrorisme au Sahel - Voyage de course d'obstacles pour Florence Parly

La ministre de la Défense française, Florence Parly.
analyse

Elle est venue, a «clarifié des positions, réitéré des messages», mais a-t-elle convaincu ? Elle, c'est Florence Parly, la ministre des Armées française, pendant son énième visite au Sahel, du 19 au 20 du mois courant.

De Niamey à Bamako, la bien-nommée et son missi dominici de charme à Ouagadougou, le général Laurent Michon, commandant de la Force Barkhane, poursuivent leur course d'obstacles dans les pays du G5 Sahel afin que Paris et ses partenaires africains parlent le même langage dans la lutte contre le terrorisme dans cette région.

Course d'obstacles s'il en est, car les incompréhensions sont nombreuses et les victoires dans cette guerre, inversement proportionnelles aux attentes des populations. Surgissent alors des questions lancinantes, récurrentes, passionnées et corrosives des relations privilégiées que la France a toujours entretenues avec ses partenaires traditionnels : pourquoi en bientôt 10 ans d'engagements de milliers de combattants français dans le Sahel, l'insécurité est toujours si prégnante dans cette région ? La France fait-elle ce qu'il faut et comme il faut pour payer à l'Afrique ce que le président Hollande avait qualifié de dette de sang ? Les armées des pays du G5 Sahel se battent-elles sérieusement contre l'hydre pseudo-djihadiste ? Doivent-elles seulement compter sur la coopération militaire française dans cette dure épreuve, ou doivent-elles, souveraineté oblige, prospecter ailleurs, etc. ?

Il ne se passe plus une semaine, depuis les 10 dernières années, sans que ces interrogations meublent les colonnes et les espaces médiatiques d'ici et d'ailleurs, preuve de leur prégnance dans les opinions publiques au Sahel et en France. L'image de l'Hexagone n'en sort pas toujours polie, au point que Paris passe pour une conspiratrice qui se satisfait de cette insécurité au Sahel pour des raisons de néocolonialisme. De quoi faire monter la morve de l'agacement au nez des autorités françaises qui multiplient les gages d'un engagement franc de leur pays au Sahel, sans calculs, au nom de sa relation historique avec l'Afrique.

C'est donc dans cette dynamique de Paris de raffermir un partenariat sincère, fructueux et victorieux contre les groupes terroristes de l'EIGS et du GSIM que l'on peut inscrire cette visite de Florence Parly au Niger et au Mali, tout comme le récent séjour du commandant de la force Barkhane au Burkina. Pour l'une et l'autre de ces autorités françaises, il s'est agi d'un exercice d'explication de la réorganisation militaire française au Sahel, de la capitalisation de l'élimination du chef de l'EIGS, Abou Walid al-Sahraoui, dans la lutte contre le terrorisme, de l'inopportunité d'un contrat entre le Mali et la société russe de sécurité, Wagner.

Concernant la réorganisation militaire française au Sahel, Paris ne se lasse de répéter qu'il ne s'agit pas d'un désengagement mais plutôt d'un redéploiement de ses effectifs qui pourraient passer de plus de 5000 à environ 2500 hommes afin que la force européenne, Takuba, mais aussi les armées nationales, prennent toute la place qui est la leur dans la lutte contre le terrorisme dans la région. En vérité, les autorités françaises chercheraient à battre en brèche la critique d'une occupation aliénante des parties du territoire du Mali qu'elles n'agiraient pas autrement !

Pour ce qui est de l'élimination d'Abou Walid al-Sahraoui, il est clair que Paris communique abondamment sur cette « victoire collective » afin de montrer que la Force Barkhane a des acquis au Sahel et aussi pour que ses partenaires africains profitent de l'inorganisation temporaire de l'EIGS pour marquer des points contre cette katiba qui a fortement endeuillé la zone des 3 frontières Niger, Mali, Burkina. C'est la condition pour que cette élimination ciblée du chef de l'EIGS ne soit pas un coup d'épée dans le sable du Sahara dans cette guerre asymétrique.

Quant au projet de contrat entre la société Wagner et le Mali, pour Paris, sa signature serait « une ligne rouge » qui ferait bouger d'autres lignes dans son engagement aux côtés de Bamako, et, par ricochet, auprès des pays du G5 Sahel. Des partenaires européens de la France et des Etats africains, comme l'Allemagne, mettent aussi à l'index ce possible accord. Cela internationalise les enjeux de ce partenariat qu'envisagent les autorités maliennes avec la société Wagner, au risque d'exposer la région sahélienne à des luttes d'influences induites par la nouvelle guerre froide qui se déclare de nouveau entre l'Est et l'Ouest.

Alors, Florence Parly à Bamako avec son paquetage d'arguments militaires et économiques a-t-elle franchi l'obstacle des souverainistes maliens ? A-t-elle pu les convaincre qu'ils ont plus à craindre pour leur souveraineté avec les mercenaires de la société Wagner qu'avec les légionnaires de l'armée française ? On attend de voir, non sans faire remarquer que, pour une course d'obstacles, la dernière visite du ministre des Armées française à Bamako en a été vraiment une !

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