Centrafrique: Des diplomates onusiens fustigent le rôle du groupe russe Wagner

En proie à des troubles depuis 2013, le pays n'a pas encore renoué avec la paix en raison d'exactions commises par les rebelles, les forces gouvernementales et leurs alliés russes du groupe Wagner, selon l'ONU et les ONG. Ces organisations demandent au gouvernement centrafricain de prendre les mesures nécessaires pour que les responsables des exactions dont ceux de la société Wagner « aient à répondre de leurs actes ».

Pointant du doigt la responsabilité non seulement des rebelles mais aussi des « instructeurs militaires russes » en soutien à l'armée régulière, qui seraient « responsables de 46% des incidents confirmés », les experts affirment que ces membres du groupe Wagner, déployés en Centrafrique en vertu d'un accord bilatéral avec la Russie, sont d'anciens militaires russes, épaulés par des mercenaires syriens et libyens. Et c'est essentiellement grâce à la présence de ces paramilitaires combattant aux côtés de l'armée loyaliste que les forces gouvernementales ont réussi depuis le début de l'année à reprendre aux rebelles les agglomérations et une bonne partie des deux tiers du pays qu'ils contrôlaient depuis plusieurs années.

Si le gouvernement centrafricain ne veut pas réagir à ces accusations, Moscou ne reconnaît officiellement, de son côté, que la présence de 1135 « instructeurs non armés ». Mais sur le terrain, les ONG et témoins ainsi que la France et l'ONU évoquent une présence plus conséquente de ces mercenaires qui participent ouvertement aux hostilités.

Au siège de l'ONU, les ambassadeurs déplorent le fait que plusieurs incidents ont mis aux prises les Casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) avec les mercenaires russes (mise en joue de responsables onusiens, pillages, fouilles de véhicules, destruction d'un drone de l'ONU), aggravant les tensions au Conseil de sécurité avec la Russie.

Une captation du pouvoir

Par ailleurs, de nombreux témoignages dans de multiples lieux de Centrafrique, d'autorités locales, des forces de sécurité internes, font aussi état « d'une participation active des instructeurs russes dans des combats au sol, souvent en tête des opérations et non comme soutien aux Forces armées centrafricaines lors de leurs avancées dans les villes et villages ».

Les rapports de l'ONU « pointent la responsabilité d'un acteur qui intervient aux côtés des forces armées centrafricaines et dont le statut est un mystère ». « Certains s'efforceront de nier la présence de la société Wagner. Dès lors, qui sont ces hommes impliqués dans les combats, à quel titre sont-ils présents en Centrafrique et à qui répondent-ils de leur action ? », s'interroge l'ambassadeur français à l'ONU, Nicolas de Rivière.

Partant du fait que des centaines d'entre les membres du groupe Wagner figurent parmi les instructeurs de l'armée centrafricaine, Paris y évoque depuis quelque temps une « captation du pouvoir », en particulier le pouvoir militaire. Ce qui a amené les autorités françaises à prendre des mesures de retrait d'un certain nombre de leur personnel militaire. La France est allée plus loin en gelant son aide budgétaire à la Centrafrique et en suspendant sa coopération militaire avec cet Etat, qu'elle juge « complice d'une campagne antifrançaise téléguidée par la Russie ».

« La Centrafrique est devenue un Etat Wagner », assure, pour sa part, un autre diplomate qui s'exprimait sous couvert d'anonymat. Quant à l'ambassadeur des Etats-Unis, Richard Mills, il condamne « dans les termes les plus forts toutes les attaques contre les Casques bleus ». Citant les rapports continus sur des violations des droits humains et de l'embargo sur les armes par les forces centrafricaines et des instructeurs russes, il affirme que ces derniers « opéraient directement comme une extension du ministère russe de la Défense ».

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X