Mali: Nouvelle détention politique au pays

Mahamadou Camara, ex-ministre de la Communication du Mali.
communiqué de presse

Un conseiller politique détenu arbitrairement devrait être remis en liberté en l'absence d'accusations crédibles contre lui

Le Dr Kalilou Doumbia, juriste respecté et conseiller des plus hautes personnalités politiques du Mali, a disparu le 6 septembre, alors qu'il se rendait à une réunion à l'Université de Bamako où il enseigne le droit et les sciences politiques. « Il m'a dit qu'il était en route, mais quand il ne s'est pas arrivé, nous avons commencé à appeler les gens le long de l'itinéraire qu'il aurait emprunté pour se rendre au travail, pour voir s'ils avaient observé quelque chose de suspect », a déclaré l'un de ses collègues à Human Rights Watch.

Le lendemain, la famille de Doumbia a officiellement signalé sa disparition, mais deux semaines plus tard, aucune information officielle n'a filtré à son sujet. Plusieurs personnes, dont un responsable de l'ONU, ont déclaré à Human Rights Watch que, d'après des sources internes, les services de renseignement maliens avaient appréhendé Doumbia et l'avaient placé en détention secrète pendant 10 jours dans un centre non autorisé du camp militaire de Soundiata Keïta, dans la banlieue de Kati à Bamako.

« Nous avons entendu dire qu'il était détenu dans le camp de Kati, mais personne n'a osé demander de ses nouvelles », a confié un membre de sa famille. « Nous sommes terrifiés à l'idée de nous approcher cet endroit. »

Des sources internes ont informé sa famille le 17 septembre que Doumbia pourrait avoir été transféré dans un camp de la gendarmerie à Bamako. Il n'a pas été traduit devant un juge ni inculpé, comme l'exige pourtant le droit international relatif aux droits humains.

Doumbia, âgé de 35 ans, a été le conseiller du président Ibrahim Boubacar Keita, destitué en 2020, puis le Secrétaire général du président de transition qui lui avait succédé, Bah N'Daw, et qui a lui-même été destitué en mai 2021.

La détention arbitraire de Doumbia est la dernière de plusieurs affaires impliquant des personnalités politiques. Après le coup d'État de 2020, les autorités militaires ont arrêté plusieurs hauts responsables. En décembre, elles ont fait arrêter cinq hommes, dont un ancien Premier ministre et un journaliste, accusés d'avoir œuvré au renversement du gouvernement de transition ; tous ont été remis en liberté en avril, faute de preuves. L'armée a placé le président déchu Bah N'Daw et son Premier ministre en résidence surveillée pendant trois mois à partir de mai. En juillet, un homme accusé d'avoir tenté de poignarder le président par intérim Assimi Goïta est décédé en détention dans des circonstances suspectes.

Les autorités ont l'obligation de traduire rapidement les personnes arrêtées devant un juge, et de les inculper d'une infraction crédible. Détenir au secret des personnes comme Doumbia pourrait s'apparenter à une disparition forcée. S'il n'a pas été inculpé, il doit être immédiatement relâché.

Les troubles politiques au Mali au cours de l'année écoulée, notamment deux coups d'État militaires, ont sans aucun doute fragilisé la confiance des Maliens dans leur gouvernement. Un système de justice impartial et indépendant y est plus que jamais nécessaire.

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