Afrique de l'Ouest: Soutien de syndicats à la junte malienne en négociation avec Wagner

23 Septembre 2021

L'USTM joue gros

Dans la polémique sur l'éventuelle arrivée de mercenaires russes du groupe Wagner sur les bords du fleuve Djoliba, l'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), la principale centrale syndicale du pays, est sortie de son silence, le 21 septembre dernier, pour « apporter son soutien au gouvernement du Mali pour le renforcement des liens avec d'autres partenaires ».

Une sortie qui ne manque pas d'intérêt d'autant qu'il s'agit là de partenaires sociaux généralement opposés au gouvernement dans la lutte pour la défense des intérêts matériels et moraux de leurs militants. Si fait que l'on en vient à se demander si le syndicat n'est pas un peu sorti de son rôle même si, dans le cas d'espèce, tout porte à croire que cette affaire de négociations souterraines des autorités de la transition avec Wagner, est devenue une cause nationale au Mali où les pressions et autres gesticulations de la France pour dissuader Assimi Goïta et compagnie de franchir ce qu'il conviendrait d'appeler la ligne rouge, passe difficilement au sein d'une certaine opinion. Comme si dans une sorte de symphonie diachronique, Bamako cherchait de son côté à constituer son carré de soutiens pour contrebalancer l'offensive de Paris dans sa croisade anti-russe.

Rien ne dit que la présente polémique ne procède pas de la même diversion que les prétendues assises nationales annoncées

Et l'on peut d'autant plus comprendre les Maliens qu'après près d'une décennie de lutte, l'hydre terroriste est loin d'être vaincue et continue de troubler le sommeil des populations qui ne savent plus... à quelle armée se vouer. En outre, la reconfiguration de la force Barkhane qui prévoit la baisse de ses effectifs et la fermeture de certaines de ses bases dans le pays, au-delà de l'échec de la France que cela pourrait traduire, laissera sans nul doute un grand vide qu'il sera difficile de combler.

C'est dire si dans le fond, on ne peut pas dénier aux Maliens, le droit de prendre position dans ce débat qui engage visiblement l'avenir de la Nation. Bien au contraire. Cela est de bonne guerre. Seulement, on se demande si en tant que syndicat, l'UNTM ne s'aventure pas un peu trop loin, en affichant un soutien indéfectible aux autorités de la transition, sachant que ces dernières sont attendues au tournant en ce qui concerne le respect de la parole donnée et des délais de la transition. Le président en exercice de la CEDEAO, le Ghanéen Nana Akufo-Addo, l'a encore répété, le 22 septembre dernier, à la tribune de la 76ème Assemblée générale de l'ONU.

Et rien ne dit que la présente polémique ne procède pas de la même diversion que les prétendues assises nationales annoncées par le gouvernement et rejetées par une bonne partie de la classe politique, pour parvenir à une prolongation indue de la transition. C'est pourquoi l'on est porté à penser que par ce soutien indéfectible et sans réserve, l'UNTM joue gros. D'autant que dans le cas d'espèce, elle est un peu sortie de son rôle de vigie et de contre-pouvoir pour enfiler le manteau des partisans du pouvoir.

Les autorités de la transition gagneraient à bien peser le pour et le contre avant de prendre une décision définitive

Et si les Russes venaient à échouer dans leur mission, ou à commettre des exactions sur les populations, sa responsabilité pourrait aussi être engagée. C'est pourquoi en manquant du recul nécessaire, l'on peut dire que l'UNTM joue aussi sa crédibilité aux yeux d'une certaine opinion. Car, si l'enjeu ici, et cela se comprend aisément, est de combler le vide du départ de la France par l'arrivée d'un autre partenaire, le danger est de voir Paris entraîner dans son sillage, d'autres partenaires stratégiques face au tollé général que suscite une éventuelle arrivée des Russes.

Dans une telle éventualité, l'on peut se demander si le Mali gagnerait véritablement au change, s'il devait perdre le soutien de plusieurs partenaires au profit de la seule société privée de sécurité russe. Sachant que certains pays de l'Union européenne (UE) ont déjà clairement signifié l'incompatibilité de leur présence avec celle des mercenaires russes sur le terrain.

L'équation n'est donc pas aussi simple qu'elle pourrait le paraître. C'est pourquoi les autorités de la transition gagneraient à la retourner dans tous les sens et à bien peser le pour et le contre avant de prendre une décision définitive. L'avenir du Mali en dépend. Et cela pourrait être lourd de conséquences pour le reste de la sous-région.

Au-delà, on peut s'interroger sur les chances de succès des seuls mercenaires russes là où les forces de la MINUSMA, du G5 Sahel, de Barkhane et de la force européenne Takuba, venues en renfort des forces armées maliennes, n'ont pas encore réussi à venir à bout de la pieuvre tentaculaire. A moins que le recours aux mercenaires russes, ne réponde à d'autres impératifs. L'histoire le dira.

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