Afrique: Covid-19 - Le variant Delta met des pays d'Afrique au bord d'une 3e vague

Site de vaccination Covid-19 au Ghana.
24 Septembre 2021

Yaounde, Libreville, Lome — Dans une note datée du 10 août 2021 adressée au ministre de la Santé publique du Cameroun, Malachie Manaouda, l'ancien directeur du Centre Pasteur du Cameroun (CPC), Elisabeth Carniel, affirmait que 14 cas du variant Delta du coronavirus ont été détectés entre mai et juillet 2021 derniers dans les villes de Douala et de Yaoundé.

L'identification de ce génome a été effectuée grâce à la méthode de séquençage partiel des échantillons collectés dans les deux principales villes du pays.

Dans une seconde note signée le 28 août 2021, le CPC indique avoir effectué des tests dans les régions du Centre, l'Est, l'Extrême-Nord et le Nord-Ouest. Sur les 105 personnes testées positives, 18 étaient porteuses du variant Delta.

L'organisme conclut donc que le variant Delta « est devenu le virus majoritaire circulant dans la ville de Yaoundé ».

Une situation quasi similaire au Togo où des cas de contamination sont en nette augmentation, s'alarment les autorités. Elles indiquent que le pays est passé des centaines de contaminations par semaine au mois de juin à des milliers de contaminations par semaine au mois d'août 2021.

D'après le site officiel du gouvernement togolais, le pays a enregistré 2308 cas positifs en l'espace de deux semaines (1er septembre-15 septembre 2021).

« Ces augmentations de cas sont concentrées dans le grand Lomé, mais dispersées dans les préfectures », affirme Djibril Mohaman, responsable de la coordination nationale de riposte contre la COVID-19.Selon lui, cette résurgence des cas s'explique par la présence du variant Delta qui circule également dans le pays.

Le Gabon n'est pas en reste. « Actuellement nous observons un regain de nouvelles contaminations, voire un dédoublement des contaminations qui sont liées au relâchement des mesures barrières au sein de la population et à la propagation du variant Delta au sein des communautés », indiquait Guy Patrick Obiang Ndong, le ministre de la Santé, lors d'une conférence de presse le 8 septembre.

« Les séquençages effectués sur les prélèvements positifs à la COVID-19 montrent un pourcentage de 18% du variant Delta, dont 60% chez les voyageurs en provenance de l'étranger », précisait-il.

Prévalence

Cette prévalence peut même être un peu plus grave en fonction des régions du pays ; du moins si l'on en croit le Centre interdisciplinaire de recherches médicales de Franceville (CIRMF) au Gabon.

Dans la province du Haut-Ogooué, « nous montrons qu'aujourd'hui, dans les séquençages que nous faisons précisément, ce variant Delta circule fortement, il dépasse les 75% », affirme Jean Bernard Lekana Douki, directeur général du CIRMF.

Le variant Delta a été détecté pour la première fois en Inde en octobre 2020. Prédominant dans plusieurs pays en proie à une recrudescence de la COVID-19, il est présenté comme la mutation la plus contagieuse et dangereuse du coronavirus.

D'après les spécialistes, ce variant est doté de mutations spécifiques dont la propriété est d'augmenter la capacité de liaison du virus avec les récepteurs cellulaires à la surface des cellules humaines.

« Lorsque cette capacité de liaison est augmentée, le virus va davantage infecter nos cellules et par la suite, les personnes infectées auront une charge virale assez élevée et elles pourront contaminer un grand nombre de personnes autour d'elles », explique Célestin Godwe, chercheur au Centre de recherche sur les maladies émergentes et réémergentes du Cameroun (CREMER).

Pour ce dernier, c'est cette forte propagation du virus qui rend ce variant dangereux. « C'est une autre forme du virus souche, qui est plus contagieuse et plus dévastatrice, que le virus originel », renchérit le docteur Koffi Agbétiafa, le directeur préfectoral de la Santé du Golfe au Togo.

Symptômes

Les personnes infectées par ce variant développent tous les symptômes connus du coronavirus initial. Mais par la suite développent de nouveaux symptômes. « On a constaté, dans les populations des personnes infectées, qu'elles faisaient la diarrhée, avaient des douleurs musculaires, la fatigue globale... », Affirme célestin Godwe du CREMER.

Pour sa part, Koffi Agbétiafa précise que l'une des particularités de ce variant est qu'il peut s'attaquer à toutes personnes de n'importe quel âge peu importe sa situation sanitaire.

« De nos jours les jeunes ne présentant aucune comorbidité sont testés positifs au variant Delta... Il ne fait aucune différence », soutient-il.

« Quand on compte les variants qui ont fait le plus de dégâts dans le monde, on a Alpha, Beta, Gama, Delta. C'est le quatrième. Certaines données indiquent que ce variant Delta est plus virulent. Mais, ce qu'il faut comprendre c'est qu'en fonction du contexte, la gravité va être plus ou moins importante », explique Jean Bernard Lekana Douki.Pour les autorités camerounaises, gabonaises et togolaises, cette résurgence des cas de contaminations est due au relâchement observé dans le respect des mesures barrières à savoir le port du masque, la distanciation sociale, le lavage régulier des mains...

« Dès lors, on compte sur l'effet de la vaccination pour réduire la courbe des contaminations, prévenir les formes graves de la maladie et les décès. Notre objectif est d'avoir moins de malades en hospitalisation en cas de troisième vague », espère Shalom Tchokfe Ndoula, le secrétaire permanent du Programme élargi de vaccination (PEV) du Cameroun.

« D'autant plus qu'on se rend compte que les personnes les plus touchées par cette pandémie sont pour la plupart non vaccinées. Raison pour laquelle, nous invitons les uns et les autres à se faire vacciner au plus vite », exhorte-t-il.

Caravane itinérante

« Plus des 90 % des personnes présentant des formes graves, sont des personnes qui ne sont pas encore vaccinées », corrobore le ministre de la Santé du Gabon, Guy Patrick Obiang Ndong.

« Il est important et urgent de remobiliser, de resensibiliser et surtout de trouver les voies et moyens pour que le personnel de santé, à l'instar des autres tranches de la population, se vaccine pour être protégé et protéger leurs entourages », préconise pour sa part Marielle Bouyou Akotet, président du Comité national de vaccination contre la COVID-19 (COPIVAC) au Gabon.

Seulement, avec 104 253 personnes vaccinées au 8 septembre, et 450 000 personnes vaccinées au Togo au 15 septembre, les pays de la sous-région enregistrent encore une forte résistance de la population face à la vaccination.

Une situation qui a poussé les autorités gabonaises à lancer une caravane itinérante de vaccination à travers le pays.

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