Ile Maurice: Affaire St-Louis - Swalay Kasenally se sent comme «un bouc émissaire politique»

24 Septembre 2021

L'ancien ministre Swalay Kasenally a été arrêté par les enquêteurs de la Commission anticorruption (ICAC) hier, jeudi 23 septembre, dans le cadre de l'affaire St-Louis. Il a comparu au tribunal de Curepipe, mais a pu regagner son domicile après avoir fourni une caution de Rs 75 000 et signé une reconnaissance de dettes de Rs 175 000.

Le professeur Swalay Kasenally aurait agi comme consultant pour la firme Burmeister and Wain Scandinavian Contractor (BWSC). Lors d'une descente en début d'année chez lui, des enquêteurs avaient saisi des documents liés au redéveloppement de la centrale de St-Louis.

Par ailleurs, Alain Hao Thyn Voon, le directeur de PADCO, s'est rendu au bureau de l'ICAC hier matin en compagnie de son homme de loi, Me Shailesh Seebaruth de Glover Chambers. Après qu'il a été inculpé en vertu de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act 2002 en septembre de l'année dernière après qu'un montant de Rs 49 millions a été noté sur son compte bancaire, désormais, les enquêteurs l'interrogent sous la Prevention of Corruption Act.

Nouveaux éléments

Il se pourrait qu'il soit inculpé sous la loi anticorruption prochainement. Pendant toute la journée d'hier, les enquêteurs l'ont confronté aux nouveaux éléments en leur possession et aux déclarations de deux anciens de PADCO.

L'ancien directeur financier de l'entreprise, Patrice Lung Lam Hing, et l'excomptable, Khemraj Moojee, ont été arrêtés sous une accusation de «conspiracy to commit money laundering». Ils auraient agi sous l'instruction de leur ancien patron pour payer des fonctionnaires et des cadres du Central Electricity Board (CEB).

Verser Rs 38 millions

De plus, le serveur informatique saisi à PADCO l'année dernière aurait révélé qu'il y a eu des échanges de mails entre les protagonistes pour verser de l'argent, une somme de Rs 38 millions, aux fonctionnaires, aux employés du CEB et aux consultants lors des divers projets réalisés par le tandem PADCOBWSC.

La commission anticorruption a eu des informations selon lesquelles PADCO et la firme danoise ont surestimé les différents projets à Maurice et à Rodrigues pour payer ceux qui les auraient aidées à décrocher les contrats.

D'ailleurs, on nous fait comprendre que des fonctionnaires et des employés du CEB seront convoqués dans les locaux de la commission anticorruption dans les prochains jours. À ce stade de l'enquête, insiste-t-on, les politiciens ne sont pas concernés.

Et Collendavelloo ?

Avec les nouveaux éléments en possession de l'ICAC, d'aucuns se demandent si l'ancien ministre de l'Énergie, Ivan Collendavelloo, sera entendu par les enquêteurs pour les éclairer. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, l'avait révoqué en se basant sur «enn tibout papié», expression souvent utilisée par l'ancien numéro deux du gouvernement qui veut retrouver son poste. D'ailleurs, personne n'a lu le contenu du résumé du rapport sur lequel le chef du gouvernement s'est basé pour le virer.

Autre interrogation : est-ce que l'ancien Chairman du CEB Seety Naidoo sera entendu par les enquêteurs pour faire avancer l'enquête ? Il a toujours déclaré qu'il ne connaît rien à l'affaire. Il faut rappeler que Shamshir Mukoon, le directeur général par intérim du CEB, a été arrêté le 3 juin.

Cette enquête a démarré quand BWSC avait soupçonné que quelques-uns de ses employés auraient donné des pots-de-vin à des Mauriciens pour obtenir le contrat pour le redéveloppement de la centrale électrique de Saint-Louis du CEB. Il avait alors ouvert une enquête interne. Les autorités danoises enquêtent également de leur côté.

L'ICAC à côté de la plaque ?

Selon nos informations, Swalay Kadenally est poursuivi pour «influencing public official» sous la Prevention of Corruption Act (PoCA). Selon les limiers de l'ICAC, il aurait reçu Rs 500 000 de PADCO destinées à être remises à une ou plusieurs personnes au CEB pour que la décision d'achat de moteurs penche en faveur de la BWSC.

Bien que le choix ait été fait par le Central Procurement Board, toujours selon la commission anticorruption, Swalay Kasenally aurait utilisé cet argent pour obtenir des informations internes du CEB. Cependant, aucune preuve n'aurait pu être produite par les enquêteurs pour démontrer que cet argent a bien été remis à des cadres du CEB.

Mais il y a plus. La PoCA stipule que «any person who exercises any form of violence, or pressure by means of threat, upon a public official, with a view to the performance, by that public official, of any act in the execution of his functions or duties, or the non-performance, by that public official, of any such act, shall commit an offence and shall, on conviction, be liable to penal servitude for a term not exceeding 10 years». Mais dans le cas de Swalay Kasenally, même s'il est prouvé que de l'argent a été remis à quelqu'un du CEB, «il n'y a pas eu de violence ni de pression», nous dit un avocat.

Swalay Kasenally était un consultant pour la BWSC et cela il l'a reconnu. Il travaillait aussi pour des institutions financières arabes en recherchant des clients potentiels en Afrique y compris l'île Maurice et au Pakistan. Il agissait donc comme intermédiaire entre ces banques et les clients potentiels, principalement des Independent Power Producers.

Son rôle consistait à évaluer les besoins de ces producteurs et s'assurer en cas de manque de financement de le leur procurer grâce aux banques arabes. Il l'a déjà fait pour un projet de Tanesco en Tanzanie et un autre au Pakistan. Il aurait même montré son Cooperation Agreement en bonne et due forme qu'il a signé avec BWSC. Encore une charge et arrestation faite avec grand bruit pour rien ?

Swalay Kasenally: «L'ICAC m'a utilisé comme bouc émissaire politique... »

«Il est clair que mon arrestation a été orchestrée depuis le départ pour des raisons purement politiques. L'accusation provisoire abusive qui pèse sur moi vient confirmer qu'ils m'ont ciblé systématiquement avec pour but de ternir l'image d'une certaine personnalité politique citée dans le rapport (NdlR, résumé de l'enquête brandi par Pravind Jugnauth, où les noms de Paul Bérenger et Ivan Collendavelloo seraient cités). Cette accusation provisoire coïncide avec la mission des envoyés du GAFI à Maurice concernant la liste noire de l'Union européenne. Cette instance a pointé du doigt l'ICAC dans son rapport qui a failli dans son rôle comme une instance qui doit combattre la corruption.

Donc, pour contrecarrer ce rapport, l'ICAC m'a utilisé comme bouc émissaire politique pour montrer à la délégation du GAFI qu'elle joue son rôle. Cette affaire démontre et confirme à la communauté internationale de la manipulation et de l'implication des dirigeants du haut niveau du pays qui utilisent les institutions comme l'ICAC et la police à des fins politiques.

Pour revenir à l'affaire St-Louis, pour quelle raison l'ICAC n'a pas encore interrogé l'ancien président du conseil d'administration du CEB et ses membres qui sont pleinement concernés par l'achat des moteurs ? C'est un ciblage.»

Ahmud Swalay Kasenally de tout temps un géant

Après avoir entrepris de hautes études en chimie à Londres, réussissant même un doctorat dans le domaine, Ahmud Swalay Kasenally travailla pendant un certain temps dans l'industrie pétrolière aux États-Unis avant de rentrer au pays vers 1970. Swalay Kasenally est issu d'une famille éminemment travailliste de Rivière-du-Rempart. Son beau-père, Ameen Kasenally, fut candidat PTr-CAM (Parti travailliste-Comité d'action musulman) aux élections générales en 1967. Battu, il fut nommé par sir Seewoosagur Ramgoolam comme le tout premier haut-commissaire de Maurice au Pakistan.

Au début des années 70, les jeunes et les intellectuels, se démarquant de leurs parents, avaient tendance à soutenir le tout nouveau Mouvement militant mauricien (MMM) et Swalay Kasenally ne tarda pas à côtoyer les dirigeants du nouveau parti. Il siégea au sein de plusieurs commissions où sa contribution fut remarquable. Comme chargé de cours à l'université de Maurice, il était dans la pleine mouvance d'une remise en cause de l'ordre établi.

C'est sans surprise que Swalay Kasenally fut aligné comme candidat du MMM aux élections générales de 1976, dans la circonscription de Rivière-des-Anguilles- Souillac, où il fut élu avec un autre candidat du MMM, Suren Poonith. Harish Boodhoo, nouvellement lancé dans la politique, sauva l'honneur pour les Travaillistes. Moins de 500 votes le séparaient de Swalay Kasenally. Le chimiste du MMM maniait le bhojpuri avec autant d'aisance que Harish Boodhoo lui-même et, depuis, il était resté attaché au n°13.

En 1982, avec l'alliance MMM-PSM (Parti socialiste mauricien), Swalay Kasenally se retrouva colistier et allié de Harish Boodhoo avec le néophyte Vishnu Lutchmeenaraidoo. Ce fut un 3-0. Mais en 1983, Swalay Kasenally et ses deux colistiers du MMM furent tous trois battus par le MSM nouvellement créé et ses alliés. En 1987, nouvelle défaite.

En 1991, Swalay Kasenally fut élu, toujours dans le n°13. Toutefois, en 1993, quand une scission se produisit à l'intérieur du MMM, Swalay Kasenally se joignit au Renouveau militant mauricien (RMM) dirigé par le tandem Prem Nababsing-Jean Claude de l'Estrac. Le RMM ne fit pas long feu et fut balayé de la scène aux élections générales de 1995 par la toute nouvelle alliance PTr-MMM.

Swalay Kasenally se retira de la politique active depuis, bien qu'il cultivât ses liens avec divers hommes politiques. Il avait été question, lors des élections générales de 2019, que si le MMM allait l'emporter, Swalay Kasenally devait assumer les fonctions de président du pays. De 1982 jusqu'à 1995, Swalay Kasenally a occupé plusieurs portefeuilles ministériels. Homme affable, à la communication facile, il fut grandement apprécié au niveau de toutes les instances du parti. Il a un sens de l'humour très prononcé et était sollicité comme orateur dans plusieurs régions du pays. S'en prendre à Kasenally pourrait être perçu comme une façon de menacer Paul Bérenger...

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