Burkina Faso: Gouvernance MPP - «Celui qui fait du fonfonfon et est épinglé... » (Simon Compaoré, président)

interview

Dans la livraison d'hier, nous vous avons proposé le premier volet de l'entretien avec le président du MPP, Simon Compaoré. Entre autres sujets abordés, son bilan à la tête du parti au pouvoir, la stratégie de lutte contre les forces du Mal, décriée par une certaine opinion, ainsi que le récent jugement des présumés terroristes. Pour cette édition, il sera question des dossiers judiciaires les plus emblématiques (Norbert Zongo et Thomas Sankara), l'actuelle gouvernance impulsée par le MPP et la chute d'Alpha Condé.

D'aucuns estiment que sur le plan de la gouvernance, il n'y a pas de changement entre le pouvoir actuel et celui de Blaise Compaoré. Est-ce un mauvais procès qu'on vous fait ?

Tout dépend. Nous sommes tous des Burkinabè et nous savons ce qu'on appelle la corruption. C'est une des gangrènes de ce monde. Pouvez-vous comprendre que pendant que les Etats-Unis étaient en guerre en Irak, des responsables ont profité du conflit pour s'enrichir, notamment dans le commerce des armes et autres. II n'y a pas un seul pays où la corruption n'existe pas. La lutte contre ce fléau est une lutte de tous les temps.

Il n'y a pas un moment où on peut dire que nous en avons fini avec la corruption. Même quand vous avez pris des mesures et que ça marche, à un moment donné, si on constate que vous avez baissé la garde, la corruption revient au galop. Je suis le premier à reconnaître que durant notre gestion, il y a eu des insuffisances, et nous avons chaque fois qu'il y a ces insuffisances, attiré l'attention et demandé que des mesures soient prises. Mais la différence avec le régime passé, puisque vous semblez dire qu'il n'y a pas de changement, c'est que nous avons enlevé de notre management tout esprit de vengeance.

Sinon beaucoup de ceux qui parlent, ne seraient pas dehors en train de parler. Certains nous demandent pourquoi cette décision ? C'est parce qu'on ne veut pas que le fait qu'on soit au pouvoir soit une occasion pour nous de rendre à certains la monnaie de leur pièce. Sur des bases objectives on pouvait causer des ennuis à plus d'un. Ce qu'il faut souligner avec force c'est que le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré est un pouvoir dont nulle part on ne peut retrouver des signes de vengeance. C'est cela aussi qui a donné à certaines personnes l'occasion de penser qu'elles peuvent poser certains actes, mais rapidement, on détecte ces cas-là pour que le droit soit dit. Tous les efforts qui ont été faits, il n'y avait pas ça avant. Est-ce qu'avant quelqu'un pouvait aller à la présidence pour fouiller, et faire ce qu'il veut ? Vous qui êtes des anciens, est-ce que vous avez déjà vu ça ?

C'est sous Roch que des enquêteurs peuvent se rendre à la présidence, fouiller des documents, faire des rapports, dire ce qu'ils pensent et marcher sans rien craindre. Cela veut dire que les choses ont changé. Ceux qui disent que l'impunité règne sont les mêmes qui disent quand il y a des jugements que ce sont des règlements de comptes. Mais c'est une mauvaise querelle qu'on nous fait. Le président n'a rien à voir avec les dossiers conçus par les structures de contrôle. Il y a des dossiers qui sont transmis à la justice, mais comme l'a dit le contrôleur général d'Etat, il arrive quelquefois que des dossiers ne rentrent pas dans les cordes de la justice. Il faut seulement retenir que ce n'est pas le président Roch qui les appelle pour donner le chemin à suivre. Combien de fois la justice a condamné l'Etat ?

C'est pour dire que ceux qui prétendent que la justice n'est pas indépendante ont menti. Aujourd'hui il y a plein de décisions qui ont été prises, et si la justice n'était pas indépendante cela n'aurait pas été le cas. Aujourd'hui vous avez vu que le procureur, est libre d'interpeller qui il veut et d'investiguer là où il veut sans que le ministre de la Justice n'ait la possibilité de lui donner des directives. Il y a des dossiers qui sont en traitement et qui sont sous l'initiative des juges, mais rien n'est arrivé à ces juges-là. Est-ce que depuis que nous sommes au pouvoir il y a des juges qu'on a tués pour avoir traité des dossiers sensibles ?

Il n'y en a pas. Je suis le premier à reconnaître avec vous que nous traînons certaines insuffisances, et il faut durcir le ton. Tous ceux qui arrivent à faire des manquements surtout dans la gestion des deniers publics doivent être sanctionnés, d'où qu'ils viennent. Que vous veniez de la majorité ou de l'opposition, si on vous prend la main dans le sac, vous devez être jugé. Ce n'est pas à la tête du client. Ça c'est notre position et au MPP, c'est clair. C'est pourquoi quand certains de nos camarades ont été arrêtés, nous n'avons pas sorti une note pour nous inquiéter ou nous questionner sur les causes de leurs ennuis.

Plusieurs faits de corruption, de détournements de biens publics ou de dépenses somptuaires ont été révélés par la presse. Et chaque fois, le MPP s'aligne derrière l'Exécutif comme dans le cas de l'affaire du véhicule de 96 millions de la ministre de la Culture. N'est-ce pas un soutien aveugle au gouvernement ?

L'affaire du véhicule de la ministre n'est pas un détournement. Si vous dites que c'est un dossier lié à la bonne gouvernance, je suis d'accord. Nous avons déjà opiné sur le sujet. Nous avons dit aux journalistes lors d'une conférence de presse tenue au siège : oui c'est vrai et si on était à la place de la camarade ministre on aurait agi autrement. C'est d'abord une question d'opportunité. C'était aux services de contrôle de voir un peu la valeur de la dépense avant d'engager une telle procédure. Regardez même, pendant qu'on était au gouvernement, le président Roch a dit qu'on n'achète pas de véhicule. Et lui-même s'est imposé cette austérité. Et même pour les véhicules qui sont venus après, il y avait des restrictions : on ne pouvait pas en avoir plusieurs. Personnellement, sauf pour les tournées, j'ai toujours roulé avec mon véhicule personnel.

On a arrêté des camarades qui gèrent des collectivités, nous avons décidé de ne pas nous en mêler. Mais s'il arrivait qu'ils nous demandent une assistance pour prendre un avocat, parce qu'ils n'en sont pas capables, cela ne pose pas de problème. Mais ce n'est pas nous qui allons faire des démarches à l'endroit de la magistrature pour demander qu'on les libère. Ce qu'on demande, c'est que les règles et les procédures soient respectées et que le droit soit dit. Ce que vous ne savez pas, c'est que nous rencontrons souvent les ministres. Il y a des réunions. Ce n'est pas un scoop, je vous le dis. Nous leur disons de faire attention au niveau de la gestion de leur cabinet. Le camarade qui est attaqué lâchement et injustement, nous allons le défendre.

Cependant celui qui commet des bêtises va non seulement répondre de ses actes mais nous n'allons pas bouger le petit doigt. On ne manque pas l'occasion de répéter à nos maires que chacun est responsable de ses propres turpitudes. Pour vous dire combien sensibiliser nos camarades responsables fait partie de nos préoccupations. Il y a peu de temps, nous avons tenu une réunion avec les directeurs généraux membres de notre parti et dont la plupart sont d'ailleurs des jeunes. En substance, nous leur avons fait comprendre la nécessité de bien se tenir et d'être réglo. Sinon, celui qui fait du «fonfonfon» et vient à être épinglé, le parti ne sera pas derrière lui. C'est notre manière de contribuer à ce qu'il y ait la bonne gouvernance dans notre pays : sonner donc le tocsin quand il le faut et ne pas entraver la bonne marche de la justice quand des faits peu catholiques sont avérés.

En vous prenant aux mots, est-ce que le tocsin a été sonné après la chute de la dalle d'un bâtiment à l'université Norbert-Zongo le 31 juillet 2021 ?

D'ores et déjà, je vous informe que nous sommes à l'aise. Lorsque les faits se sont déroulés, on a écouté le camarade Alkassoum Maïga et on lui a dit ce qu'on en pensait. Il m'a envoyé un rapport de la part de ceux qui sont chargés du contrôle sur les chantiers. Et j'avoue qu'on est satisfait du travail qu'il a abattu. Autre aspect, l'ASCE-LC a été interpellée, la justice est en train de faire son job et le ministère suit pour que toute la lumière soit faite à tous les niveaux. Tous ces éléments montrent que ce n'est pas un dossier que quelqu'un peut mettre sous le boisseau.

De plus, les propos du ministre de l'Enseignement supérieur sont clairs puisqu'il a annoncé que même si c'est lui que les rapports indexaient comme étant responsable de ce drame, il doit être sanctionné. Je salue son courage. Et comme tout le monde, on attend ces fameux rapports. Mais en attendant, on a écrit au chef du gouvernement pour lui faire part de nos propositions pour ce qui a trait au contrôle sur les chantiers de construction. Et comme vous l'imaginez, ce n'est pas une lettre qu'on va divulguer. C'est pour dire que le MPP fait son job.

Donc des têtes vont tomber ?

Naturellement des têtes vont tomber si les rapports viennent à situer les différentes responsabilités. Il y a eu mort d'hommes. De ce fait, c'est le type d'affaire qui va sur la table des juges, en dehors du fait qu'il y a des mesures administratives. Parlant de mesures administratives, si par exemple les rapports désignent l'entreprise chargée d'exécuter les travaux comme fautive dans le drame de Koudougou, si vous n'êtes pas une entreprise sérieuse vous pouvez être blacklistée. Par conséquent, à tous les niveaux, il y a une série de mesures qui vont être prises en fonction de ce que diront les rapports d'inspection.

Cependant, il est vrai qu'il s'agit d'un drame mais je pense qu'il faut être mesuré dans les critiques. Cela est adressé à ceux qui jasent alors qu'ils ont eux-mêmes des entreprises de construction et ne sont pas blancs comme neige. Qu'ils arrêtent de se moquer des gens. L'attitude correcte consiste à dire qu'il faut que toute la lumière soit faite et que les sanctions à la hauteur des faits soient appliquées. C'est justement dans cette démarche qu'on s'inscrit. C'est pourquoi on n'a pas attendu que l'opposition s'exprime avant de se prononcer. L'Etat a pris ses responsabilités de même que le MPP. Donc si le rapport indique quelqu'un comme responsable, il tombera.

Il y a quelques mois L'Observateur Paalga relevait que plusieurs ministres burkinabè faisaient de gros investissements dans des pays voisins notamment au Sénégal. Au cours d'une conférence de presse vous avez demandé des preuves avant de prendre d'éventuelles mesures contre vos camarades. Le Groupe d'action financière (GAFI) vient de placer sous surveillance le Pays des Hommes intègres, le Royaume Chérifien et le Pays de la Téranga pour leurs manquements dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. N'est-ce pas là une preuve de ce que le doyen des quotidiens pointait du doigt ?

C'est aller vite en besogne. Quand vous accusez quelqu'un, c'est suffisamment grave. C'est pourquoi il faut apporter des éléments de preuve qui permettent de confondre la personne. Si vous m'accusez, il y a deux attitudes : ou votre accusation est fondée et là je dois me chercher et être discret ; ou votre accusation n'est fondée sur rien, auquel cas j'engagerai toutes les procédures contre vous car l'honneur n'a pas de prix. C'est ce qui explique qu'étant maire, j'ai animé des conférences de presse à n'en pas finir au moment de la construction de l'Hôtel de ville de Ouaga pour faire le point de ma gestion. J'ai demandé à passer devant les juridictions de jugement si on estimait qu'il y avait eu des choses pas claires dans ma gestion. Je me suis trouvé blessé dans mon amour propre par certaines accusations. Par ailleurs, le procureur est là, les différents corps de contrôle également, sans oublier que l'indépendance de la justice est une réalité. Ce faisant, on n'a pas besoin de s'inquiéter.

C'est nous même qui avons jugé nécessaire de convoquer des ministres pour nous entretenir avec eux sur la bonne gouvernance. Ce sont des camarades qui gèrent des départements sensibles. Et ils se doivent de le faire avec toute l'honnêteté requise. En ce qui me concerne, si quelqu'un cherche des noises à Simon Compaoré au motif qu'il a des immeubles par-ci par-là, il va se fatiguer. Et c'est certainement lui qui sera condamné pour avoir chargé Simon à partir de rien. Car je n'ai pas d'immeubles. Revenant au GAFI que du reste je ne connais pas, je pense que c'est une structure de droit. Et si tel est le cas, ses acteurs ont des éléments. Il leur suffit de saisir la justice et c'est même une procédure directe.

Dieu merci au Burkina, il n'y a pas de difficultés pour chercher là où il y a la vérité. On respecte la justice et c'est mon cas. La preuve est qu'on m'a appelé pour m'entendre par rapport à l'insurrection populaire d'octobre 2014. Bien que je n'en fusse pas content, j'ai répondu présent à la convocation. Je suis allé tout sagement. C'était relativement aux destructions de biens pendant cette période. Qu'est-ce que Simon a à voir avec des saccages de biens ? J'ai tenu à respecter la justice car il n'y a personne qu'elle ne peut entendre.

L'une des priorités du second mandat du président Kaboré, c'est bien la réconciliation nationale qui a fait

l'objet de la création d'un ministère rattaché à la présidence. Quel contenu doit-on mettre dans cette réconciliation nationale ?

Aujourd'hui, on n'a pas besoin d'épiloguer sur la question de la réconciliation nationale. Je pense que tout le monde consent à dire qu'on a besoin de panser nos blessures, de recoller les morceaux et créer une nouvelle dynamique car la cohésion sociale est gage et source de développement. Si dans une nation, il n'y a pas de cohésion, ce n'est pas facile d'amorcer le développement. La question pour l'heure, c'est comment y parvenir car on veut voyager loin, on veut faire face aux défis existentiels, à savoir la lutte contre le terrorisme. C'est d'ailleurs là qu'il y a des divergences. Et c'est aussi vrai que cette réconciliation nationale ne peut se faire en occultant la justice et la vérité.

Vous parlez de justice, vérité et réconciliation pour qu'on puisse aboutir à la réconciliation nationale. D'autres évoquent, eux, le retour des exilés. Quelle est votre lecture de la situation ?

Des gens passent leur temps à dire qu'il faut qu'un tel ou un tel revienne alors que ce sont les circonstances qui expliquent leur départ. De plus, à ma connaissance, aucune note n'a été adoptée pour interdire à qui que ce soit de mettre pied dans son pays, le Burkina. Donc tous ceux qui veulent que ces questions soient traitées, il suffit de s'insérer dans le canevas qui a été dressé pour la réconciliation nationale car les points de ce canevas vont faire l'objet de débat au cours du forum qui est convoqué pour janvier prochain.

La justice française a accepté l'extradition de François Compaoré, en relation avec l'assassinat du journaliste Norbert Zongo en décembre 1998. Comment avez-vous accueilli cette décision en attendant celle de la Cour européenne des droits de l'homme saisie par les avocats du frère cadet de l'ancien président ?

Tous les Burkinabè, sans exception, savent maintenant que le gouvernement a fait de l'affaire Norbert Zongo une de ses priorités. Tous les moyens ont été engagés pour avoir comme résultat que cette affaire soit résolue. Qu'on soit au Burkina ou en France, il y a des règles du jeu. Elles sont en train d'être appliquées et nous ne pouvons que nous y conformer. Mais gageons que ce que tout le monde souhaite se produise, c'est-à-dire que François Compaoré vienne, ne serait-ce que pour donner sa lecture.

Dans le cas où la Cour européenne des droits de l'homme confirmerait l'extradition de François Compaoré, Simon Compaoré pourrait-il être tranquille quand on sait qu'au temps des marches du Collectif contre l'impunité, vous étiez un acteur de premier plan dans la répression des manifestations ?

Comme un poisson dans l'eau, je suis serein. J'étais le maire de la commune de Ouagadougou au moment des faits. Pour rien au monde, je n'ai agi dans un cadre illégal ; je n'ai posé que des actes qui vont dans le sens de mes compétences. Et de façon générale, je n'ai agi que dans les limites des attributions d'un maire d'une ville comme Ouagadougou. C'est vrai que j'étais un des responsables politiques, là également j'ai fait ce que je devais faire. S'il y avait des faits à me reprocher, j'aurais été appelé par les juges qui ont instruit le dossier depuis longtemps. Par ailleurs, si je suis appelé à la barre le jour du jugement, s'il y a un jugement, même alité, je vais demander qu'on m'y emmène sur un brancard car je n'ai rien à me reprocher. Donc je n'ai pas peur. Mieux, je n'ai pas de problème avec ma conscience.

Le dossier Thomas Sankara s'ouvre bientôt. Seriez-vous également à l'aise quand on sait que vous avez servi pendant des années, avant votre disgrâce, ceux qui seront à la barre ?

Je n'ai aucun problème à ce niveau non plus. Quelque soit celui qu'on appelle à la barre et qu'on pense qu'il détient une part de vérité, cette personne a l'obligation d'aller et de dire ce qui s'est passé. Outre cela, je souhaite simplement comme tout le monde d'ailleurs, que les choses se passent comme cela se doit.

Parmi les accusés dans l'affaire Thomas Sankara, il y a Blaise Compaoré qui sera jugé par contumace puisque se trouvant en Côte d'Ivoire. Est-ce que la tenue de ce procès n'est pas un frein à un éventuel retour de l'ancien chef de l'Etat, prôné par ses partisans dans le cadre de la réconciliation nationale ?

Je ne pense pas. Il n'y a pas une animosité contre le président Compaoré. Que l'affaire dans laquelle il est mis en cause soit jugée, est un engagement que le peuple veut voir exécuté. Même si on décidait de ranger ce dossier dans les tiroirs, il n'y a rien à faire. Ceux qui vont nous remplacer vont travailler à faire remonter le dossier en surface. Donc il ne faut pas faire durer les choses, il faut liquider ce dossier qui pollue l'atmosphère afin que ce chapitre soit clos. Si on ne travaille pas dans ce sens, on sera responsable devant l'Histoire. De plus, quelle que soit la situation au moment du jugement, le dossier n'est pas de nature à arrêter le processus de la réconciliation nationale. Ça peut être une facilitation si ça se passait autrement. Etant donné que ce n'est pas le cas et que tous les protagonistes vont passer à la barre, ce n'est pas grave car on va continuer à discuter pour voir comment trouver la manière de refermer enfin les fractures.

Quel regard portez-vous sur le secteur du foncier considéré aujourd'hui comme une bombe qui peut exploser à tout moment ?

Je relève que vous semblez aimer les termes à sensation ! « guerre des clans » par-ci, « bombe foncière » par-là... La question foncière est une préoccupation sérieuse pour les autorités de ce pays. La preuve en est que des dispositions conservatoires et certaines mesures drastiques ont été prises depuis notre arrivée au pouvoir pour freiner la dérive et nous donner le temps de mieux réformer le secteur. La délicatesse et la complexité du sujet commandent qu'on y aille avec des pincettes, histoire de ne pas dégoupiller maladroitement la bombe comme vous l'appelez. Pour autant, les responsabilités sont prises et les choses sont en train d'être mises à plat, pour repartir d'un meilleur pied dans la maîtrise et la gestion du foncier. En la matière, les pratiques et les mauvaises habitudes ont malheureusement la peau particulièrement dure. Il n'empêche que le gouvernement a bien pris le taureau par les cornes et finira certainement par le terrasser.

Sauf erreur de notre part, on n'a pas entendu le MPP réagir au coup d'Etat en Guinée qui a renversé le président Alpha Condé. Est-ce qu'ici on peut appliquer l'adage selon lequel « qui ne dit mot, consent » ?

Alpha Condé fut un militant et dirigeant de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF). Nous sommes nombreux, les anciens étudiants du Burkina qui avons fait la France et y avons milité bien après lui. Et avant qu'on le voie physiquement, on l'a connu dans les documents de la FEANF qui le citaient. Outre cela, il a passé beaucoup de temps au Burkina. Il a connu sa traversée du désert et a pu gravir les hautes marches et ainsi devenir président. On a tous applaudi car c'est le couronnement d'un long parcours. On est nombreux à avoir du respect pour cet homme.

On était aussi nombreux à ne pas être d'accord avec la trajectoire qu'il prenait concernent son 3e mandat. Cela ce comprend d'autant plus que notre parti s'est créé sur la base de la contestation contre le projet de modification de l'article 37 de notre constitution. Donc ce qui s'est passé en Guinée est l'une des conséquences du troisième mandat. Mais on ne peut pas aussi applaudir en disant que les coups d'Etat constituent une bonne chose. Les coups d'Etat ont toujours quelque chose de pervers, ça nous ramène en arrière, ça terni l'image du pays et ça ouvre d'autres blessures qu'il faut panser. Mais c'est fait, c'est un coup d'état consommé et ce qu'on souhaite à l'instar de l'Union africaine et de la CEDEAO, c'est qu'on n'attente pas à la vie du président Condé mais, qu'on lui réserve tous les honneurs dûs à un ancien chef d'Etat.

En dehors des activités politiques et de la lecture de la Bible, comment Simon Compaoré passe ses journées libres, si vraiment vous en avez ?

Peut-être qu'après je vais penser à avoir des loisirs. Sinon après notre entretien, je vais continuer mon travail. Concrètement, mes activités au quotidien consistent à gérer les affaires du parti, rendre visite à des gens et me reposer car en tant que personne âgée, j'ai mes petits bobos. Et c'est le même train-train tous les jours sauf quand j'ai des réunions.

Malgré vôtre âge, vous semblez jouir d'une certaine forme olympique. Quel est votre secret ?

C'est la marche que je pratique de manière intensive car c'est bon pour le cœur.

Lors des élections passées, vous avez gratifié les Burkinabè de formules dont vous seul avez le secret. La plus célèbre d'entre elles, c'est bien «Hakuna Matata». Où êtes-vous allé dénicher cette expression ?

Ayant été maire pendant longtemps, j'ai milité dans des associations telles l'association internationale des maires francophones. Ce faisant, lors d'un de mes voyages au Kenya, j'ai passé mon temps à capter certains mots dont Hakuna Matata qui veut simplement dire qu'il n'y a pas de problème. Et lors d'un de nos meetings quand j'ai vu le stade qui était plein à craquer malgré toutes les difficultés auxquelles on faisait face, j'étais dans tous mes états et l'inspiration m'est venue ; je me suis donc dit qu'il n'y avait rien à faire et que notre affaire était pliée d'où l'expression « Hakuna Matata ».

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