Burkina Faso: Une Lettre pour Laye - La famine aux portes du Centre-Nord

Cher Wambi,

Bientôt, ce sera l'heure de la vérité, avec la saison des pluies qui tire inexorablement vers la fin. Chacun récoltera ce qu'il aura semé, pour reprendre cet adage connu sous tous les cieux. Sauf que, pour certains de nos braves paysans qui suent sang et eau pour travailler la terre, la moisson risque, dans certaines localités, d'être en deçà du labeur à cause, soit du déficit de pluie, soit du fait de l'excès d'eau.

Dans la région du Centre-Nord, par exemple, une longue poche de sécheresse a compromis de nombreuses spéculations, comme tu le constateras dans la suite de la présente lettre.

En attendant donc, voici le relevé pluviométrique de la semaine du 16 au 22 septembre 2021 :

Bobo-Dioulasso : 32,9 mm ; Bogandé : 13,7 mm ; Boromo : 00 mm ; Dédougou : 17,6 mm ; Dori : 46,7 mm ; Fada N'Gourma : 29,3 mm ; Gaoua : 6,9 mm ; Ouagadougou-Aérodrome : 6,9 mm ; Ouahigouya : 17,8 mm ; Pô : 11,8 mm.

Cher Wambi, comme tu as pu le constater à travers les nombreuses radios FM dont le champ de couverture atteint Laye, il n'était question, cette semaine, que de Simon Compaoré, qui squattait littéralement les rédactions des médias.

Et sans nul doute que tu connais la raison de ce « Simon show » qui n'est autre que le deuxième congrès extraordinaire du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) qui s'ouvre aujourd'hui vendredi 24 pour s'achever dimanche 26 septembre 2021 au Palais des sports de Ouaga 2000.

A cette occasion, en sa qualité de président du parti au pouvoir, Simon, comme on l'appelle affectueusement, a accordé un grand entretien au journal de ton oncle Nakibeuogo.

Au regard de la longueur de l'interview, une première partie a été publiée hier jeudi dans les colonnes du journal, et la seconde est parue dans la présente édition de L'Observateur Paalga.

Cher cousin, comme il fallait s'y attendre, lorsqu'un parti au pouvoir tient un congrès, cela donne lieu à toutes sortes de conjectures. Et cette deuxième grand-messe extraordinaire du MPP n'a pas échappé à la règle. D'autant plus que si l'on doit prendre les propos de Simon Compaoré à la lettre, il ne devrait plus briguer la présidence du parti, car dans l'interview qu'il a donnée aux journalistes de L'Obs., il a déclaré, la main sur le cœur, qu'il n'a plus d'ambition, politique, cela s'entend.

Simple stratagème d'un vieux loup de la faune politique qui voudrait par cette annonce faire sortir du bois les louveteaux aux dents longues et acérées ou paroles de sincérité d'un guerrier couturé par plus de trois décennies d'engagement politique ?

Rendez-vous le soir du congrès qui sera marqué sans nul doute par un renouvellement de l'organe dirigeant dont on ignore jusque-là l'ampleur.

Cher Wambi, tu te rappelles que je t'avais fait part de cette espèce de pacte de non-agression conclu entre les terroristes et les populations locales dans la commune de Pobé-Mengao, province du Soum. Une initiative qui avait été suivie d'effet puisqu'une sorte d'accalmie y avait été constatée en début d"année du fait de l'arrêt des attaques incessantes qui avaient cours dans la zone.

Mais avec le temps, l'on s'est rendu compte que de paix, ça n'en était pas une, il s'agissait plutôt d'une paix fourrée qui cachait un sombre dessein des groupes armés.

En effet, cher cousin, dans la nuit de dimanche à lundi, dans la perspective d'une nouvelle attaque, les terroristes ont fait irruption à l'entrée de Pobé-Mengao pour conduire une partie de la population, désignée selon son appartenance ethnique, en lieu sûr.

Ce jour-là, ils ont défini, au son du canon, deux couloirs qui leur serviront désormais de voies de passage d'une localité à une autre. Promettant d'être intraitables envers quiconque s'opposerait à leur projet.

Le premier couloir partirait de Pobé-Mengao jusqu'à Séguénéga dans le Yatenga en passant par Gargabouli Yitè ;

le second est constitué par l'axe Pobé -Mengao- Zana-Bassé- Zanamogo- Rollo.

Cher Wambi, inutile de te préciser que depuis l'annonce de cette intention funeste, la psychose s'est emparée de toute la commune et des villages environnants. Et nombreuses sont actuellement les voix qui appellent les autorités administratives et militaires à prendre toutes les dispositions nécessaires avant que le drame ne survienne.

Cher Wambi, dans une action conjuguée, l'Autorité supérieure du contrôle d'Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC), la gendarmerie nationale et le parquet du tribunal de grande instance de Ouagadougou viennent de donner un grand coup de pied dans la fourmilière de la contrebande de carburant. Cette opération a permis sur la période allant du 17 au 20 septembre 2021 :

- d'interpeller 72 personnes actuellement en garde à vue pour les besoins de l'enquête ;

- de saisir des pièces documentaires et des numéraires en lien avec les activités illicites des mis en cause et une importante quantité de produits de contrebande, des moyens roulants et autres biens servant à la commission des faits ;

- de sceller des stations-service et dépôts.

C'est le fruit d'une longue et minutieuse enquête qui a débuté en août 2019 sur une simple dénonciation faite par un citoyen dans l'anonymat. Le dénonciateur affirmait que les trafiquants se ravitaillaient à Koualou et que les produits étaient transportés dans des fûts à l'intérieur de camions appelés "10 tonnes" à destination de Fada-N'Gourma, Koupéla, Pouytenga, Zorgho, Mogtédo, Minassem (Koulbila) et Ouagadougou. Le dénonciateur ajoutait que d'un point de vue organisationnel, les contrebandiers se livrant à ce trafic se seraient répartis les axes routiers suivants dans la commission de leur forfait :

- l'axe Nadiagou-Fada N'Gourma ;

- l'axe Nadiagou-Koupéla ;

- l'axe Nadiagou-Mogtédo ;

- l'axe Nadiagou-Minassem.

Toutes ces précisions apportées ont donné du crédit à cette dénonciation et à partir de là, l'ASCE-LC a rapidement ouvert une enquête.

Il faut espérer, cher cousin, qu'il n'y aura pas d'interférences politiques dans cette affaire et qu'elle sera conduite jusqu'à son terme judiciaire, car le manque à gagner par l'Etat, en recettes fiscales, est très grand. Mais déjà, c'est le lieu pour moi de féliciter l'ASCE-LC, la gendarmerie nationale et le parquet du tribunal de grande instance de Ouaga-I pour ce joli coup de filet.

Le journal de ton oncle Nakibeuogo te propose en page 4 l'intégralité du communiqué que le procureur du Faso, Harouna Yoda, a produit hier sur cette affaire.

Cher Wambi, le sort s'acharne-t-il contre certaines parties de la région du Nord et du Centre- Nord qui ont connu une poche de sécheresse compromettant ainsi toutes chances de récoltes ?

La question mérite d'être posée tant dans ces localités déjà éprouvées par le terrorisme et ses conséquences humanitaires, Dame Nature a été particulièrement peu généreuse, pour ne pas dire avare, pendant deux à trois semaines décisives, plongeant ainsi les paysans dans un grand désarroi.

Je ne sais pas si tu les a vues, mais sur des images que m'a envoyées mon oncle Toundbamba, on aperçoit des champs calcinés par la poche de sécheresse.

Ces photos, qui font froid dans le dos, concernent des parcelles de cultures irrécupérables à Bourzanga dans le Bam, à Ramsa, Ouindigui, Titao entre autres localités du Yatenga. Moi, petit-fils de Gorel, le cultivateur de renom, je n'ai pu retenir mes larmes.

Comme quoi, décidément, le malheur ne vient jamais seul: victimes d'attaques terroristes depuis des années, ces populations, ayant cultivé à la sauvette, se retrouvent ainsi abandonnées par la Providence. Et le contexte de vie chère, caractérisée par la hausse des prix des produits de première nécessité n'est pas de nature à arranger les choses. Il urge donc que l'Etat et ses partenaires prennent les devants en mettant au point des mesures anticipatrices pour conjurer un nouveau désastre humanitaire qui se profile visiblement à l'horizon.

Cher Wambi, le lundi 20 septembre 2021, ton neveu Kuiliga s'est rendu à Gourcy dans la province du Zondoma afin d'assister à un enterrement dans le village de Kasseba-Mossi. Il m'a raconté qu'en entrant dans le village, il a croisé une foule bigarrée de femmes portant des accoutrements peu ordinaires. En effet, elles portaient des vêtements d'hommes. En fait, chacune portait les habits de son mari et tenait en main un instrument de travail de ce dernier. On pouvait ainsi reconnaître des accoutrements de forgeron, de berger, de griot, de cultivateur, de chasseur, etc.

Intrigué par cette rencontre qui sort de l'ordinaire, il s'est aussitôt renseigné, une fois au village, pour savoir à quoi tout cela rimait. C'est ainsi qu'il lui a été répondu que ces braves dames étaient sorties pour supplier le ciel d'ouvrir ses vannes, car cela faisait déjà plus de deux semaines que le village n'avait reçu aucune goutte d'eau. Ce stress hydrique, m'a-t-il affirmé, était visible dans les champs, car le maïs, le sorgho ou le mil n'avaient plus fière allure au point que les paysans s'inquiétaient de ne pouvoir rien récolter comme fruits de leurs durs travaux champêtres. C'est donc pour conjurer la perspective de cette non-récolte que les femmes ont décidé d'exécuter ce rite propitiatoire pour provoquer la pluie.

Coïncidence ou pas, toujours est-il que, dans l'après-midi, une forte pluie a arrosé le village à tel point que la route était quasi impraticable même pour les véhicules tout terrain.

Cher Wambi, à présent, je t'invite à feuilleter avec moi le carnet secret de Tipoko l'Intrigante.

- L'affaire du charbon fin de la mine d'Essakane est toujours pendante devant les juridictions burkinabè. Déclenchée en décembre 2018, cette affaire est depuis bloquée sur le point capital de la contre-expertise demandée par la société minière. Cette contre-expertise avait finalement été ordonnée en mai 2020 par le juge, qui avait commis les experts Moussa Gomina,

ingénieur et docteur en sciences physiques, et Joël Ilboudo, métallurgiste, de lui déposer, dans un délai de trois mois à compter de leur prestation de serment, les conclusions de leurs travaux devant déterminer la nature, les quantités et les teneurs en métaux précieux contenus dans les sacs de charbon fin.

Plus d'un an après, toujours rien. Mais selon des sources généralement bien informées, il semble que les experts s'apprêtent à déposer courant octobre 2021 les résultats de leurs travaux.

Ce rapport est très attendu, car il permettra de mettre fin ou au contraire d'aller de l'avant dans l'instruction de cette affaire qui dure depuis bientôt trois ans.

- Lentement mais sûrement, le Marathon Paalga du Grand Ouaga est au trot pour être au rendez-vous tant attendu par les amateurs de la plus célèbre des courses d'endurance.

En effet, la commune de Ouagadougou, qui porte désormais avec L'Observateur Paalga cette compétition annuelle, a procédé hier jeudi 23 septembre 2021 à une signature de convention de partenariat avec l'Association des journalistes sportifs du Burkina (AJSB).

Par contre, la cérémonie d'installation du comité d'organisation de l'édition 2021 du Marathon Paalga du Grand Ouaga, qui devrait avoir lieu le même jour, a été reportée pour des contraintes de dernières minutes.

- Le 3 octobre prochain, notre confrère le journal « Le Pays » célèbre le trentième anniversaire de son lancement.

L'événement sera marqué par différentes activités sous le très haut patronage de M. Lassina Diawara, président de la délégation consulaire régionale des Hauts-Bassins, la présidence de M. Apollinaire Compaoré, P-CA du groupe Telecel, le coparrainage de M. Blaise Sanou, DG d'Air Burkina, et de M. Joseph Fadoul, DG de Diacfa.

Au programme :

- Jeudi 30 septembre : panels sur les thèmes : « Contribution des médias à l'enracinement de la démocratie au Burkina » et « Traitement de l'information en temps de crise sanitaire » à l'université de l'Unité africaine, ex-IAM ;

- Vendredi 1er octobre : Journées portes ouvertes au siège du journal de 8h00 à 17h30 ;

- Samedi 2 octobre : soirée de gala à la salle des fêtes de Ouaga 2000 à partir de 19h30 ;

- Dimanche 3 octobre : messe d'action de grâce à 9h00 à l'église Saint-Camille.

Tipoko l'Intrigante n'apprend rien d'elle-même, elle n'invente jamais rien. Tipoko l'Intrigante est un non-être. Elle n'est ni bonne en elle-même, ni mauvaise en elle-même. Elle fonctionne par intuition, car "l'intuition c'est la faculté qu'a une femme d'être sûre d'une chose sans en avoir la certitude..."

Ainsi va la vie.

Au revoir.

Ton cousin

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X