Madagascar: La religion du remblai

Les aménageurs sur remblais et les concepteurs modernes de quartiers polders devraient relire une bible : «Dix ans d'équipement (1959-1969)», publié par le Ministère de l'Équipement et des Communications en 1970.

C'était l'époque héroïque où «les marais envahis par les jacinthes d'eau» (1959) allaient faire place à «une vaste opération d'extension de Tananarive vers l'Ouest» : les ministères, les bâtiments des Domaines, du Cadastre et du Service topographique, la Maison de la Radio, le Lycée moderne et technique, l'Hôtel Hilton, les cités d'Ampefiloha, l'Hôpital général, le Complexe scolaire.

Le remblaiement est parfois une religion confiée à un SAUH, à une Direction Générale, à un Ministère, tous dédiés son culte. Dans la plaine du Betsimitatatra et dans les «zones de développement mixte» le long du bypass, le remblaiement fait encore des adeptes malgré les déboires, prouvés, démontrés et évidents, de l'absurdité des aménagements au Sud et à l'Ouest du lac Anosy.

Une seule «réclame» résume cette époque héroïque et ses malheureux bateleurs : «Paul Ralison, terrassements et génie civil, remblaiement des emplacements du nouvel hôpital de Tananarive (220.000 m3), du complexe scolaire de Tananarive (250.000 m3), du futur abattoir de Tananarive (150.000 m3)». Dans les mêmes encarts publicitaires, l'entreprise Monloup et Cie présentait fièrement son lotissement Forello, à force de remblais sur la rive gauche de l'Ikopa.

Le Ministère de l'Équipement lui-même donnait le ton : «À l'Ouest du quartier d'Isotry, une vaste opération dite des «67 hectares» est actuellement en cours de réalisation. Un nouveau quartier équivalent à un arrondissement verra le jour à l'emplacement des anciennes rizières d'Antohomadinika. Grande opération de synthèse, les 67 hectares grouperont une population de près de 20.000 habitants occupant différents types d'habitat : logements économiques mis au point à Ampefiloha, pavillons de bon standing, immeubles collectifs. Les équipements seront à la mesure de ce vaste ensemble : groupes scolaires, marchés couverts, artisanat et commerces de toutes natures, édifices cultuels et culturels, 30.000 m2 de bureaux».

Quand on voit ce que sont devenus les «67 ha», on se demande si les aménageurs de 1959-1969 sont encore fiers du monstre urbain qu'ils ont enfanté. À l'époque, 1959-1969, la population d'Antananarivo était passée de 200.000 à 350.000 habitants : les concepteurs des «67 ha» avaient donc voulu créer le dixième de la Capitale sur une zone inondable remblayée à grands frais.

En pages 20 et 27 de cet ouvrage hagiographique, le Ministre Eugène Lechat revendiquait le forfait : «le remblaiement d'une zone de 67 ha, à Tananarive, a pu être mené à bien grâce à un matériel spécialisé de 32 wagons auto-déchargeurs (... ) Transports spéciaux commencés en 1967, de la région d'Anjeva à la zone des 67 ha de Tananarive-Isotry en cours de remblaiement. En 1969, plus de 1.3000.000 tonnes ont déjà été transportées».

Amen.

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