Mali: Coup de sang du premier ministre malien contre la France

Le Premier ministre malien Chogel Maïga face au chef de l'Etat français, Emmanuel Macron
26 Septembre 2021
analyse

La souveraineté ne se proclame pas

Depuis les révélations faites par les médias, d'un contrat probable entre les autorités maliennes et la société russe Wagner, l'on assiste à une véritable passe d'armes entre Bamako et Paris. En effet, alors que les autorités françaises jugent incompatible la présence de leurs troupes aux côtés des mercenaires, Bamako s'en défend, estimant qu'elle a le choix de diversifier ses partenaires surtout que Barkhane est en train de faire son paquetage.

En témoigne le coup de sang du Premier ministre, Choguel Maïga, contre la France qu'il accuse d'avoir abandonné le Mali. « La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l'exposant à une espèce d'abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d'autres partenaires de manière à combler le vide que ne manquera pas de créer la fermeture de certaines emprises de Barkhane dans le Nord du Mali », a-t-il déclaré à la tribune des Nations unies.

Le chef du gouvernement malien a été, on ne peut plus, clair. Il justifie le recours aux mercenaires russes par le retrait annoncé de Barkhane. Tout en clamant la souveraineté du Mali, il semble se complaire du remplacement annoncé d'une force d'occupation par une autre qui, en réalité, ne défend que ses intérêts. Or, la sécurité relevant du rôle régalien d'un Etat, l'idéal voudrait que le Mali, en tant que pays souverain, prenne ses responsabilités en travaillant à renforcer les capacités opérationnelles des forces armées maliennes.

On se demande si ce qui apparaît comme un « french-bashing » ne cache pas mal une quête de légitimité de la part des autorités maliennes

Surtout que le Mali, il faut le dire, est actuellement dirigé par des militaires dont on dit qu'ils sont rompus à l'art de la guerre. En tout cas, qu'on se le tienne pour dit : la souveraineté ne se proclame pas. Elle se vit ou se constate à travers des actes concrets et non par des sorties primesautières qui, parfois, frisent le ridicule.

Comment, en effet, ne pas sourire quand on entend des forces spéciales solliciter l'appui de mercenaires pour assurer leur sécurité ? Comment ne pas s'interroger sur l'avenir du Mali quand ceux-là qui étaient censés être au front, se recroquevillent au palais de Koulouba, abandonnant leurs compatriotes à leur triste sort ? Autant de questions que l'on est en droit de se poser. En fait, à l'analyse, l'on se demande parfois si ce qui apparaît comme un « french-bashing » ne cache pas mal une quête de légitimité de la part des autorités maliennes de la transition sur fond de diversion de l'opinion nationale et internationale.

Ce n'est pas impossible quand on sait que face à la pression montante, le Premier ministre, Choguel Maïga, un brin agacé, avait déclaré que les élections que les uns et les autres appellent de leurs vœux, ne constituaient pas une priorité. On le voyait venir et il a enfin tombé le masque d'autant qu'à quelques mois de la date prévue pour les élections générales, il n'y a aucun échéancier clair.

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